Anne Fontaine s’empare du livre d’Édouard Louis avec justesse et émotion.

Marvin Bijou vit dans un petit village des Vosges. C’est un enfant solitaire, martyrisé par deux brutes à l’école. On le traite de pédé avant même qu’il ne sache totalement ce que ça veut dire. L’ambiance à la maison n’est pas des plus détendues non plus. Un jour, il découvre le théâtre grâce à sa proviseure. C’est ce qui va le sauver et lui permettre de s’échapper vers Paris, où il jouera plus tard son seul en scène et deviendra Martin Clément.

L’histoire du petit Marvin c’est d’abord celle d’Édouard Louis, qui racontait son enfance douloureuse dans son roman En finir avec Eddy Bellegueule. L’auteur a laissé carte blanche à Anne Fontaine pour adapter son histoire. La réalisatrice ne souhaitait pas rester fidèle au roman. Elle voulait véritablement s’en emparer et aller plus loin. Alors qu’Édouard Louis relate les 12 premières années de sa vie, elle décide d’imaginer ce qu’il est devenu adulte.

En choisissant de s’approprier ce sujet, Anne Fontaine fait l’éloge de la différence sans occulter la violence qu’elle suscite chez les autres. L’environnement dans lequel grandit Marvin est difficile et les agressions physiques autant que psychologiques font partie de son quotidien. Cette violence tire d’abord son origine d’un manque de communication flagrant entre le jeune garçon et sa famille. Pour se faire entendre, on crie et on s’insulte. Les préjugés sont tenaces, et Marvin est obligé de rentrer dans le moule, de sortir avec des filles, de boire de la bière comme « un vrai mec » pour ne pas trop attirer l’attention.

     

La mise en scène, remplie de parallèles et de jeux de miroir, nous invite à suivre le point de vue de Marvin au fur et mesure de son émancipation. Anne Fontaine filme un récit initiatique où Marvin se construit à travers le regard de ses proches et de ceux qui croisent sa route. La proviseure (Catherine Mouchet) fait office de figure protectrice et tutélaire tandis que ses agresseurs lui font prendre conscience de son homosexualité de la pire des manières. Isabelle Huppert, qui joue son propre rôle, Abel (Vincent Macaigne) et Pierre (Sharif Andoura) le guideront vers sa première montée sur scène, pour son dévoilement ultime. Et ses parents, malgré leur maladresse, aiment leur fils et finiront par le dire à leur manière.

L’émotion qui émerge ne serait pas aussi forte sans l’interprétation incroyable du jeune Jules Poirier – dont on a du mal à croire que c’est le premier rôle au cinéma – et de Finnegan Oldfield. Tous les seconds rôles sont aussi formidables de justesse pour une narration qui l’est tout autant.

Anne Fontaine considère ce film comme son plus autobiographique car elle est allée puiser en elle pour évoquer sa propre différence. À la projection du film, elle a d’ailleurs cité Michel Bouquet qui disait qu’un film ne peut toucher un spectateur que s’il le renseigne sur lui-même. Et Marvin nous dit forcément quelque chose sur nous-mêmes ou en tout cas nous incite à respecter cette Différence encore si mal acceptée.

© Mars Films