« Comment rendre un article aussi spécial que la sortie d’un film de Steven Spielberg ? », est un peu le genre de question que je me pose alors que je commence à écrire…

Si sa carrière ahurissante et son œuvre globale pourrait donner des complexes à quiconque voudrait se mesurer à lui, il faut bien avouer que ce monsieur n’a plus grand-chose à prouver. Depuis quelques temps, chaque pierre posée au monumental édifice de succès qui est déjà le sien, fait figure de finition.

La thématique humaniste projetée sur fond de Guerre Froide, à savoir la relation inattendue entre James Donovan, avocat américain (Tom Hanks, qui en est à sa 4e collaboration avec Spielberg), et Rudolf Abel, agent russe emprisonné (Mark Rylance, dont on salue la performance), est finalement assez représentative du cinéma de Spielberg. C’est précisément de cette volonté de faire coexister cinéma d’auteur et cinéma grand public que Spielberg choisit ses projets.

La Liste de Schindler, Il Faut Sauver le Soldat Ryan (2e guerre Mondiale), Cheval de Guerre (1ere guerre Mondiale), Lincoln (guerre de Sécession) : tous ces films adoptent le point de vue d’un idéaliste, déterminé à aller au bout de ses convictions sur fond de drame historique.

2e photo-2Ce coup-ci, la raison d’aller voir ce nouveau long-métrage repose surtout sur la parfaite maîtrise technique du réalisateur. On ressent l’aisance avec laquelle Spielberg maîtrise son sujet et l’art du story-telling. On se laisse porter par un rythme jamais interrompu et un enthousiasme communicatif de part une mise en scène dynamique et a rebondissements. Chaque plan innove et frôle la perfection. On ne peut être que contemplatif face à un Spielberg plus que jamais au sommet de son art, ne livrant pas la plus poignante de ses œuvres mais bien une des plus maîtrisées.

Inventeur et chef de file du Blockbuster, Steven Spielberg ne semble guère se reconnaître dans ce qu’est devenu ce genre actuellement. Il préfère revenir aux fondamentaux de son cinéma : scénario solide (des frères Joel et Ethan Coen), mise en scène extrêmement bien ficelée, un héros humain et charismatique, et surtout une page de l’histoire méritant d’être racontée.

Le cinéma de Spielberg a évolué depuis E.T, et le virage historique de ces dernières années est d’ailleurs assez symptomatique de sa propre évolution. L’enfant qu’il a su rester nous a livré quelques-uns des plus beaux divertissements de ce dernier siècle, mais n’observe-t-on pas finalement un Spielberg plus sage et plus grand avec le temps ? L’adulte n’a-t-il pas pris la place de l’enfant, et par la même occasion, le divertissement avec le devoir d’éducation et de transmission ?

Le Pont des Espions est disponible dans les salles depuis le Mercredi 2 Décembre.