Cette 71e édition du Festival de Cannes a commencé plutôt doucement du côté de la compétition officielle. Heureusement, la présentation du nouveau film de Christophe Honoré a relevé le niveau. Le réalisateur français est de retour sur la Croisette – où il était déjà venu défendre Les Chansons d’amour et Les Biens-Aimés – avec Plaire, aimer et courir vite. Dans ce 12e long-métrage du cinéaste, on suit le jeune Arthur qui tombe amoureux de Jacques, écrivain trentenaire. Les deux hommes essayent de profiter de leur romance, même si Jacques sait que son temps est compté.

Si de nombreuses critiques comparent déjà le film à 120 battements par minute, qui avait bouleversé le Festival de Cannes l’année dernière, Plaire, aimer et courir vite ne partage pourtant que peu de choses avec le film de Robin Campillo. Certes, Christophe Honoré y traite du SIDA mais ne le fait absolument pas de la même manière. Ici, pas de militantisme à l’horizon. Le réalisateur de Dans Paris filme la fulgurance d’un amour, la beauté du désir et l’urgence de vivre le présent.

Après plusieurs adaptations littéraires, Christophe Honoré se livre comme il ne l’avait encore jamais fait et avoue avoir mis beaucoup de lui dans les personnages de Vincent et Jacques. S’il n’a pas pu raconter cette histoire avant, c’est qu’il lui a fallu du temps pour assumer lui-même son homosexualité et qu’il « faut avoir 50 ans pour réussir à raconter ses 20 ans », selon ses propres termes

© Jean-Louis Fernandez

Sans être jamais larmoyant, Plaire, aimer et courir vite réussit à émouvoir avec une sobriété dans la mise en scène – Honoré se fait encore bien plaisir en filmant Paris – et une subtilité que l’on ne peut que saluer. Le trio Deladonchamps-Lacoste-Podalydès est impressionnant de justesse. Mention spéciale au formidable Vincent Lacoste qui trouve un rôle où il peut explorer une autre facette de son talent et ça lui va à merveille. Exit les rôles d’ados, la maturité est (enfin) arrivée. Le monologue de son personnage sur la sexualité et les sentiments est un exemple parfait de cette évolution. Prix d’interprétation à la clé ? Il est encore trop tôt pour en juger mais il se place d’ores et déjà en tête des pronostics

On sait aussi combien la musique a de l’importance dans le cinéma d’Honoré. Cette fois-ci, elle n’est certes pas signée par son compositeur fétiche Alex Beaupain, mais le choix des morceaux est parfaitement réussi. On pense à cette scène où Jacques est dans sa voiture, au son de la très belle chanson « Les gens qui doutent » d’Anne Sylvestre ou encore la scène finale avec le titre « One » rendu célèbre par le groupe Three Dog Night. 

Émouvant, brillamment interprété et d’une justesse indéniable, Plaire, aimer et courir vite est à voir dans les salles depuis le 9 mai.


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