C’est dans son nouveau show room et atelier qu’elle a co-fondé avec Arnold Diveu qu’on a rencontré Philippine Pérouse, fondatrice de la marque de bijoux Pérouse Paris. Véritable entrepreneuse, cette jeune femme a su au fil des années se faire une place dans le milieu de la joaillerie. Elle nous raconte ses débuts, sa vision du monde de l’entrepreneuriat et les difficultés qui lui sont liés.  

Raconte-moi un peu, comment a commencé l’aventure Pérouse Paris ? 

J’ai toujours fait des petits bijoux. Déjà au lycée j’avais créé une petite marque que je vendais par-ci, par-là et qui me permettait de m’offrir des voyages à New York par exemple. Donc après le bac, j’avais envie de monter une société immédiatement mais je suis revenu à la raison donc je me suis inscrite dans une école de commerce. C’était encore un peu tôt pour l’entrepreneuriat. (rires) Mais je n’ai pas perdu de vue mon objectif et j’ai effectué tous mes stages dans de grandes maisons place Vendôme pendant mes années d’études supérieures principalement en marketing. Petit à petit, j’ai senti que les pierres m’attiraient donc j’ai suivi une formation de gemmologie en parallèle. Pendant la dernière année d’études, j’ai pu passer 6 mois en Thaïlande où j’y ai découvert beaucoup d’ateliers également et à mon retour j’ai eu des propositions pour travailler dans de grandes maisons mais cette fois-ci, je sentais que c’était le bon moment ! Je n’avais pas de crédits, pas d’enfants, pas de blocages quelconque, ni de pression sociale donc je me suis dit : « Lance-toi et au pire, tu pourras toujours retrouver un boulot si ça rate ! ».

Donc il y a deux ans et demi, j’ai commencé par réaliser une première collection de pierres de couleur, de bijoux à porter au quotidien. Ça a bien fonctionné et assez vite j’ai une amie qui m’a demandé de faire sa bague de fiançailles donc j’ai dû me rapprocher d’ateliers pour la fabriquer. Étant donné que je rentrais dans l’âge des premiers mariages, la nouvelle s’est vite répandue et le bouche-à-oreille a fonctionné. Des amies de cette amie sont venues et ainsi de suite. Je me suis retrouvée avec pas mal de demandes donc j’ai ouvert mon premier showroom dans ma chambre de bonne. J’ai fait une petite communication sur les réseaux sociaux et lorsque je me suis aperçue que de parfaits inconnus venaient au showroom j’ai décidé de lancer ma première collection d’alliances et de continuer à faire du sur-mesure pour les bagues de fiançailles. Puis est venue une collection pour ces dernières et j’en ai profité pour ouvrir un second showroom. La boite s’est bien développée, mais j’avais de plus en plus l’envie d’intégrer la production au sein même de l’entreprise donc j’ai pris contact avec Arnold avec lequel on a ouvert un nouveau showroom avec un atelier en son sein. On est très content du résultat ! 

© Yohan Burel

Pourquoi cette envie d’intégrer la production ? 

Déjà pour les clients c’est une expérience géniale de voir les artisans. Les ateliers ne sont presque jamais ouvert au public, donc peu de gens ont la chance d’admirer le travail d’orfèvre qui s’opèrent là-bas. Ensuite, avoir son propre atelier permet également de limiter les problèmes de production. On a un oeil sur la progression de la bague en elle-même, ce qui est un avantage. Ça n’est pas évident de refaire une bague de fiançailles une fois qu’elle est terminée crois-moi ! (rires)

Comment se porte le marché de la joaillerie ? 

Le marché se porte bien même s’il y a beaucoup de concurrence. Il y a Vendôme bien sûr au centre de tout et qui fonctionne toujours bien, mais principalement grâce à une clientèle étrangère. Après, il y a plein de petits indépendants car il y a une vraie demande. Il y a encore beaucoup de mariages en France malgré ce que l’on peut croire. Et tant mieux ! Tous nos clients viennent à nous en vivant un moment important de leur vie. C’est galvanisant pour nous de travailler pour des gens heureux. Le mariage est un des plus beaux moments de leur vie, avec la naissance de leur(s) enfant(s) bien évidemment. D’ailleurs, on a parfois eu des commandes pour des bagues de naissance. Je pensais que c’était une tradition ancienne et un peu perdue, mais ça revient de plus en plus à la mode.

Quelles sont les pierres les plus demandées dans votre atelier ? 

Le diamant généralement. Après, en pierre de couleur, il y a beaucoup de saphir. Tout le monde pense que le saphir n’est que bleu alors qu’il y a beaucoup de tonalités différentes et très belles. En diamant aussi il y a différentes couleurs, mais on est sur un tout autre budget.

Et si tu devais choisir ta bague de mariage ? 

À chaque fois que je vois de nouvelles bagues, je suis sous le charme donc ça sera juste extrêmement difficile le jour où je vais devoir choisir. Quatre quarats, ça me parait bien. Ça fait une sacrée pierre ! (rires)

Louise – Pérouse Paris ©Yohan Burel

L’entrepreneuriat t’est toujours apparu comme une évidence ? 

Oui. Mais je t’avoue que le fait de voyager pendant 6 mois en Thaïlande m’a réellement aidé à me lancer. Je voyageais seule donc j’ai beaucoup réfléchi, je me suis posée de nombreuses questions car il fallait que je sois sûre de moi. C’est dur de créer une boite mais encore plus de s’imposer dans le milieu des bijoux. Donc je voulais avoir une idée précise de la direction à prendre, de la marque et de l’univers que je voulais créer autour.

Lorsque tu te revois il y a deux ans, à tes débuts. Quelle image as-tu de la Philippine de l’époque ?

Je suis contente de pas avoir été consciente des difficultés qui m’attendaient. J’étais plus naïve et c’était une très bonne chose.

Quel genre de difficultés ? 

Monter son entreprise c’est avoir mille problèmes à gérer dans la journée, ne plus en pouvoir, mais rentrer finalement chez soi heureuse car un client a été satisfait à la fin. Et puis vendre des bijoux ça n’est pas exactement comme vendre des baskets. Il faut pouvoir convaincre les fournisseurs et gagner leur confiance alors que c’est un milieu assez fermé. Au départ, j’ai ressenti une vraie méfiance de leur part car je venais du marketing. Puis une fois qu’ils ont vu les commandes arriver, qu’ils ont été rassurés, on a créé une vraie relation de confiance et aujourd’hui j’ai un super rapport avec tous nos fournisseurs.

©Yohan Burel

Et si tu devais donner des conseils à ceux qui souhaitent se lancer ? 

A tous ceux qui hésitent : c’est top de se lever le matin en construisant quelque chose ! Après c’est un peu banal mais il faut vraiment bien s’entourer. Je n’ai jamais hésité à prendre mon téléphone pour demander des conseils, j’ai fait également appel à un réseau d’entrepreneurs pour trouver les financements. Donc c’est important d’être accompagné, sinon on se sent très vite seul et tu ne peux pas tout faire.