C’est dans les locaux du Sensecube, cet incubateur qu’on ne présente plus sur COCY, que nous avons fait la rencontre de Grégoire, l’un des co-fondateurs de Wecandoo, une toute jeune start-up qui a décidé de faire de l’artisanat son fer de lance. Leur mission ? Ouvrir les ateliers d’artisans aux particuliers et leur offrir une expérience manuelle et humaine. 

On vous en dit plus. 

Parles moi un peu de Wecandoo. Que faites vous dans cette start-up ?

Le but de We Can Doo est de remettre en avant l’artisanat et les métiers manuels qu’on ne voulait pas voir disparaitre. On souhaitait soutenir les artisans qui, malgré un talent formidable peinent à renouveler leur clientèle et donc ont du mal à vivre de leurs mains. On a donc décidé de les aider à retrouver des clients sans que cela leur coûte le moindre centime. Pour ça on a mis au point avec eux une plateforme qui met en relations des particuliers avec les hommes et les femmes qui font l’artisanat d’aujourd’hui. En gros, tu viens avec l’envie de découvrir, tu passes du temps avec l’artisan puis tu repars avec l’objet que tu as construit de tes mains. Tu peux ressortir avec un terrarium, un skate, une chaise en bois, un pain au chocolat et bien d’autres objets.

Vous êtes trois co-fondateurs, d’où vous est venu cet intérêt pour l’artisanat ? 

On a tous une connexion particulière avec. Arnaud, qui est notre associé sur la partie technique avait un parrain meunier qui possédait son propre moulin. Un jour il a voulu le récupérer mais cela ne s’est pas fait et il a vu le moulin être démonté pièce par pièce, ce qui l’a marqué. Depuis il a décidé d’aider les artisans dans la transmission de leur savoir. Edouard lui est issu de l’Institut Paul Bocuse donc était déjà dans une formation pour le moins manuelle mais il est parti vers d’autres études après, notamment l’EDHEC où l’on s’est rencontrés. Le travail manuel a commencé à lui manquer énormément, car la cuisine est aussi de l’artisanat et il avait été frustré de sortir à BAC + 5 sans se servir de ses mains. Quant à moi l’attrait pour ce projet est surtout venu de son côté social. Je viens du Limousin, qui est une région très agricole et très artisanale et je suis persuadé que si on perd ces savoir-faire, ces artisans, on perd alors de formidables acteurs de la dynamique des territoires donc on a tout intérêt à ce qu’ils ne disparaissent pas. Et pour cela, il faut transmettre aux jeunes. En vingt années d’études je n’ai jamais touché un morceau de bois, à part pour les cours de flûte, et encore je crois qu’elles étaient en plastique. (rires) Il faut faire redécouvrir aux nouvelles générations ce qu’est l’artisanat afin d’avoir une transmission de tout le savoir qu’il comporte.

Comment l’idée de faire venir les gens au coeur des ateliers est elle née ? 

Au départ, on voulait faire des week-ends artisanaux. Finalement l’idée des ateliers est née en discutant avec les artisans. Notre génération ne sait plus tout ce que fait un ébéniste par exemple. On sait qu’il travaille le bois, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait apporter à notre salon. L’idée est donc d’avoir un outil qui soit ludique, fun mais qui montre que l’artisanat prend des années, que c’est un savoir-faire énorme, ce qui explique la différence entre une table Ikea à 5€ et une table d’ébéniste. Lorsque les gens s’aperçoivent que pour un atelier de 4h, ils n’ont le temps que de se fabriquer une petite lampe de bureau, ils comprennent alors le travail considérable que demande ce métier et donc la raison pour laquelle les prix ne sont pas les mêmes. C’est une véritable sensibilisation.

Les artisans réagissent bien au fait d’ouvrir leurs ateliers et de prendre du temps pour les gens ? 

Les céramistes par exemple ouvrent déjà beaucoup leur lieu et donnent beaucoup de stage, donc ce n’est pas difficile de les convaincre. D’autres artisans nous disent au début qu’il n’ont pas forcément le temps malgré l’envie. Donc on leur explique que le temps qu’ils ne vont pas passer à produire est du temps qui a tout de même une valeur. Ils vendent leur produit fini et cela leur fait des revenus récurrents lorsqu’on leur book mensuellement des cours. Et on est persuadé qu’une personne qui a passé du temps avec l’artisan et fait l’atelier devient un merveilleux ambassadeur.

Comment est-ce que vous allez chercher les artisans et quelles sont les conditions qu’ils doivent remplir ? 

Avant tout il faut qu’il ait envie de transmettre et de faire l’atelier, ce qui va de soi !  Il faut que ce soit un artisan à temps plein, professionnel et non amateur, car on veut aider en priorité ceux qui se sont lancés dans cette aventure pleinement. Après pour les trouver on a frappé aux portes des ateliers parisiens, on est allé à des salons de l’artisanat à Chartres, à Lense, Lyon et on a parlé de notre projet. Ça a accroché, parfois pas du tout. Puis au fur et à mesure on en a eu dix puis quinze, puis ils en ont parlé à leurs amis artisans et la communauté a grandi comme ça. Aujourd’hui on travaille avec une quarantaine d’artisans dans une quinzaine de domaines à Paris et Lyon.

C’est une belle réussite pour une entreprise qui n’a même pas un an ! 

Oui c’est super ! Après on ne veut pas non plus se retrouver avec 2000 artisans sur la plateforme. On veut faire progresser l’offre et la demande en même temps. Ça ne nous sert à rien pour le moment de proposer trop d’ateliers différents car les artisans qui travaillent avec nous vont se retrouver avec une réservation tous les six mois, ce qui ne sert pas à grand chose. On veut qu’un artisan rejoignant notre plateforme ait tout de suite du public et des clients. On veut co-construire le projet avec eux donc on y va doucement !

Quel est votre mode de rémunération ? 

On se rémunère sur le prix de l’atelier, sur lequel on touche un pourcentage. On souhaitait vraiment que ça reste gratuit pour l’artisan et qu’il n’est rien à payer, à part de son temps bien entendu, pour être sur la plateforme. Nous derrière, on fait des vidéos de présentation pour l’artisan, on le met en avant et on leur donne du matériel pour leur communication. Et du côté du client, il paye son stage mais découvre l’artisan, apprend à ses côtés et repart avec l’objet qu’il a créé.

Si tu avais un ou plusieurs conseil(s) pour un jeune entrepreneur, quel serait-il? 

Le conseil est celui qu’on nous a donné ici au Sensecube : il faut se confronter à ses utilisateurs. Est-ce que nos artisans sont heureux ? Est ce que nos clients le sont aussi ? Comment s’améliorer ? C’est très important de se poser toutes ces questions ! Créer une solution en contact avec ceux qui en ont besoin est primordial, c’est le conseil que je donnerais. Ne pas rester dans son coin et penser qu’on est sûr de répondre à un besoin. Même pour nos artisans ça se passe comme ça. En ouvrant leurs ateliers à de potentiels clients, ils comprennent qu’elles sont les attentes de ces derniers. Après un autre conseil que je donnerais serait de bien s’entourer, car on ne sait absolument pas tout faire et qu’il n’est pas grave de demander de l’aide et des conseils.


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