« J’entends des couleurs »… Les Transmusicales 2016 étaient pleines de belles surprises : on y a même rencontré un ange répondant au doux nom de Sônge, qui a levé le voile sur son onirisme pop et R&B.

« Emotions électroniques, R&B lunaire », l’autodéfnition musicale d’Océane Belle ne peut être plus exacte. Il faudrait peut-être ajouter l’envoûtement pop : celui qui pousse le corps sur la piste de danse, dans l’élan des nappes mélodiques et des beats hip hop old-school.

Epaulée par Sayem à la réalisation qui la pousse au plus loin de son imagination, c’est seule sur scène qu’elle ambiance la foule « avec un immense sentiment de liberté » plutôt que de stress, d’étranges lunettes de sommeil qui lancent des arcs en ciels sous ses yeux pétillants presque enfantins.

Auteure compositrice de Quimper, c’est sous le nom de Conspiration Mandragore qu’elle commence à faire ses premières armes. Le pseudonyme évoquant plus un projet métal hardcore la pousse à se renommer, avec un blase « qui déchire et qui puisse évoquer mes chansons qui parlent des rêveries, des moments entre le sommeil et le réveil, de contes, des histoires imaginaires avec des bêtes imaginaires et des péripéties ». Et c’est parfait. Car si les songes sont synonymes de rêves et de formes étranges, ce sont aussi le plaisir et les couleurs de la conscience qui s’étend, se détend.

Et la conscience de Sônge aime s’évader, surtout nous transporter dans un univers où elle construit sa propre mythologie, avec notamment un titre qui narre l’histoire d’un loup qui ne peut réfréner sa pulsion carnassière, une évasion aux sonorités ultra modernes, hybride de textures analogiques et numériques.

Sa musique aussi tendre qu’entêtante pousse à la fête, et cette exultation a à voir avec une conception « colorée » de l’art : « Ce qui m’émeut dans la musique ce sont les couleurs et les progressions harmoniques qui me viennent de celles-ci ».

Artiste inspirée par la synesthésie, phénomène neurologique par lequel deux sens se mélangent, c’est chez elle la vue et l’ouïe qui se caressent, un atavisme compréhensible quand on apprend que sa mère fait de la peinture. Sa manière de composer est alors une palette infiniment créative : « Par exemple pour Colorblind ça a commencé avec une tourne qui me parle et qui va m’évoqué le mauve foncé. Le mauve, ce sera des accords un peu tordus, des mélodies cheloues… J’ai ensuite envie d’argenté, donc j’ajoute une batterie avec des charleys explosives… J’ai ensuite eu envie de nuancer avec du bleu »… Connexions féériques.

En parlant droit dans les yeux, toujours avec un sourire, c’est un monde merveilleux qu’offre Sônge, en chansons, mais aussi au quotidien, une manière d’être innocente, curieuse, simple et positive qui inspire la sagesse. On s’émerveille un peu plus quand on demande si elle lit beaucoup de contes et de sciences fictions et qu’elle répond avec candeur : « j’ai pas mal de livres, mais je ne les lis pas : je les écoute en demandant à mon copain de me les lire le soir ».

Du côté des références musicales, le R&B est le qualificatif que la presse lui accole unanimement, derrière l’expression d’un « renouveau ». L’intéressée comprend, mais préfère s’en extraire au profit d’inspirations trip-hop, reggae et dub plus authentiques : « j’ai l’impression que quand on dit « renouveau du r’n’b » on peut faire référence à la vague r’n’b-pop française des années 2000. Mais moi ce que je fais vient du trip hop. Je ne me sens pas vraiment concernée, j’ai été bercée au reggae, et quand tu en écoutes beaucoup, tu arrives forcément à la dub, puis au trip hop. En trafiquant ce dernier ça donne ce que je fais. Je suis plus proche de Massive Attack que M Pokora ». Vouant un culte pour James Blake, citant toute une génération de jeunes artistes inspirés par la constellation trip-hop, parmi lesquels FKA Twigs ou NAO, on reconnaît une patriote d’un pays sans frontière : celui de l’onirisme.

Planants et engageants, les titres de Sônge trouvent quelques similitudes avec MIA : des mélodies inventives, personnelles et dansantes jusqu’aux clips au graphisme travaillé.

Et si le rêve coloré et lancinant qu’elle diffuse comme un marchand de sable ne cesse d’envouter les cœurs et les corps, elle fera de nouveau preuve de sa créativité le 20 janvier avec la sortie de son premier EP. Un ange passe.