Quelques jours avant le lancement de l’exposition consacré à l’artiste Pierre La Police qui aura lieu du mercredi 12 octobre  au 19 novembre 2016, on a rencontré Laurent Zorzin, co-fondateur de la galerie Arts Factory située rue de Charonne à Paris . Discussion autour de la galerie (qui a fêté ses 20 bougies il y a peu), du sérieux de l’art contemporain et de Pierre La Police.

Arts Factory a vingt ans aujourd’hui, mais cela a beaucoup évolué au fil des ans n’est-ce pas ?

Arts Factory s’est créée en 1996. Au départ, c’était une petite galerie dans le 18ème arrondissement dans laquelle on est resté dix ans. Après ça on a eu une période nomade jusqu’en 2013, pendant laquelle on s’occupait d’organiser des expositions à Paris, en France, ou à l’étranger. Sur la fin de cette période on a eu la chance de réaliser deux résidences de quatre mois dans une galerie que le propriétaire souhaitait laisser pour partir à la retraite.  Cette galerie, c’est celle dans laquelle on se trouve aujourd’hui et qui a donné naissance à une troisième version d’Arts Factory,  un mix entre notre côté boutique-librairie que nous avions en 96 et la partie exposition que nous avons développé lors de notre période nomade. C’est un peu tout ce dont on a toujours rêvé que de pouvoir explorer librement la scène graphique contemporaine.

Effi & Laurent, fondateurs d'Arts Factory

Effi & Laurent, fondateurs d’Arts Factory

C’est cette idée qui a entrainé l’envie de créer Arts Factory ?

Oui. Arts Factory s’est créée sur un coup de tête. Il y a vingt ans, mon associée et compagne Effi Mild et moi-même avions fait le constat qu’il était presque impossible pour un jeune artiste de pouvoir être exposé dans une galerie d’art contemporain. Alors on a décidé de monter notre propre galerie pour accueillir de jeunes artistes mais également un jeune public d’une vingtaine d’années qui ne se retrouvait pas forcément dans les oeuvres et le ton des galeries classiques.  On désirait parler aux jeunes de notre âge !

Comment as tu trouvé les premiers artistes ?

A l’époque il n’y avait pas autant Internet qu’aujourd’hui donc c’était plus compliqué. (rires) On avait posté une annonce dans Nova Magazine qui était la version papier de Radio Nova avec marqué « jeune galerie recherche jeunes artistes ». On a reçu pas mal de réponses donc on a ouvert la galerie avec une quinzaine d’artistes et des amis d’Effi. Il y avait de tout: des dessinateurs, des photographes, des peintres, même un designer qui faisait des meubles en carton. (rires)  Et dans le lot il y avait deux étudiants en école de graphisme qui faisaient partie d’une maison d’édition alternative underground. En réalité, il publiait des bouquins dont les pages étaient remplies de leurs créations.  C’est comme ça qu’on a commencé à s’intéresser à l’édition de fanzine et la vente de livres. Naturellement on s’est mis à organiser des expositions autour des artistes présents dans les fanzines qu’on vendait ! Et dans les premières qu’on a réalisé… il y avait  notamment Pierre La Police qui expose très bientôt à la galerie.

©Philippe Maria

©Philippe Maria

Aujourd’hui, comment est ce que vous trouvez les artistes qui exposent à la galerie vu qu’Internet s’est tout de même bien développé ?

Il y a différents moyens. Déjà, beaucoup d’artistes qui ont travaillé avec nous, nous recommande leurs amis ou leurs connaissances qui sont également dans le milieu artistique. Mais on fait aussi de nouvelles découvertes, par exemple on ne refuse jamais de rencontrer un artiste s’il se présente à la galerie, à moins qu’on soit indisponible. C’est une démarche qui demande beaucoup de courage de venir montrer son travail donc si on peut, on prend le temps d’écouter l’artiste et de regarder ses créations ou son fanzine. Et on préfère passer du temps à les rencontrer tous  qu’éplucher tous les e-mails et les dossiers pdf qu’on nous envoie ! Il n’est pas non plus impossible  qu’on contacte directement un artiste si on a découvert son travail en surfant sur Internet ou sur Facebook. L’idée est vraiment d’être ouvert, à l’écoute et curieux, même après vingt ans !

©Paul Ribeiro

©Paul Ribeiro

Tu me parlais de Pierre La Police qui était présent lors de vos premières années. Tu suivais son parcours ? 

Oui et avec attention. On a un parcours assez parallèle même si celui de Pierre La Police est vraiment atypique et transversal. C’est un artiste qui vient du dessin, de la scène under graphique  et qui a toujours été très partisan du Do it Yourself. Il a commencé à faire lui-même des petits livres en photocopiant ses dessins pour les apporter aux librairies. C’est comme ça que l’équipe des inRocks l’a repéré et qu’il a démarré les illustrations de presse.  Généralement les magazines aiment sa façon de pouvoir parler de tous les sujets sans vraiment les connaître. Il a un sens de l’humour incroyable et son travail ne se résume pas seulement à l’image mais également aux mots. Ce qui est intéressant avec lui, c’est qu’il joue beaucoup sur la décontraction du langage. 

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Il a également fait des expositions ?

Oui. Tout en travaillant pour la presse, il a été sollicité pour des expositions dans des galeries telles que Lieu Unique ou Agnès B. Il a développé une approche plus plasticienne, a travaillé sur des installations et la manière de construire son univers de manière physique, même si il est revenu à l’auto-édition par la suite, mais sous la forme numérique en créant des plaquettes de dessins sur iBooks. D’ailleurs c’est dans le cadre de la sortie de nouvelles aventures de ces célèbres « Praticiens de l’Infernal » sous la forme numérique, que l’exposition « Mondo Thémistecle » va avoir lieu chez Arts Factory. 

Que va-t-on retrouver dans cette exposition ?

Des dessins originaux, qui sont issus des carnets sur lequel il écrit. Il y aura aussi des peintures et des dessins grand format qui seront affichés. C’est une exposition inédite, pas seulement un accrochage de planches. Cela va être une véritable immersion dans son univers que ça soit à travers des archives ou des créations plus récentes. Il y aura aussi une petite projection pour découvrir ses travaux.

Que pourrais-tu dire à un visiteur pour lui donner envie d’aller à l’exposition ?

Si je suis sérieux, je dirais qu’ils vont découvrir un artiste majeur de la scène under graphique de ces vingt dernières années et si je suis moins sérieux je dirais que cela sera surtout l’occasion de se marrer, ce qui n’est pas toujours donné lorsqu’on va voir une exposition.

C’est vrai qu’il y a tout de même beaucoup d’humour dans la plupart de vos oeuvres exposées chez Arts Factory !

C’est parce qu’on est persuadé que l’art contemporain n’est pas grave (rires). Ça vient du fait qu’on expose très souvent des artistes qui ont un regard assez caustique sur le monde, ou du moins décalé même si leur univers est sombre. Quand je dis que l’art contemporain n’est pas grave, j’entends par là qu’on peut exposer des oeuvres qui traitent de sujets comme la maladie, le sexe, la mort sans forcément plomber l’ambiance. On peut faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux ! Et Pierre La Police en est un parfait représentant !

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Retrouvez Pierre La Police à partir du 12 octobre prochain à la galerie Arts Factory

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