C’est en flânant sur internet que nous sommes tombés sur The Line, un court-métrage de danse créé par un certain Adrien Ouaki. Quelques semaines plus tard, on tombe sur le dernier clip du trio Jabberwocky, dans lequel on reconnaît de nouveau le danseur. Ni une, ni deux, on part au Café de l’Industrie boire un café avec ce dernier.

Qui es tu ?

Je m’appelle Adrien Ouaki, je suis danseur et jeune chorégraphe. La danse est un métier de passion et en parallèle je fais mes armes en tant que chorégraphe avec mes propres projets ou d’autres compagnies et sous forme vidéo également.

Tu as commencé jeune ?

J’ai commencé à onze ans par le hip hop dans la MJC de mon quartier. A l’époque je regardais les concerts de NTM et à chaque entracte il y avait des breakers donc ça me donnait envie de faire comme eux, tourner sur la tête et tout. (rires)   J’ai continué plusieurs années dans cette MJC et petit à petit j’y ai pris goût. Au départ je ne voulais pas en faire mon métier mais à l’âge de 16 ans ça n’allait plus du tout en cours et ma mère voyait que seule la danse me faisait du bien donc elle s’est renseignée et m’a fait découvrir l’Académie Internationale de la Danse. Je me souviens que j’avais beaucoup d’à priori sur les danseurs, j’avais une image kitsch en tête donc je lui avais dit que je ne voulais pas porter de collant !

Pourtant tu es quand même rentré dans cette école?

Oui. Je suis allé la visiter et j’ai adoré. Il y avait une ambiance à la Un, dos, tres, tout le monde s’entrainait, les filles étaient jolies… Ça m’a convaincu. (rires) Donc je suis rentré dans cette école et la directrice m’a très vite proposé un contrat de stagiaire pour le spectacle « Le Boléro » avec la compagnie Maurice Bejart et au fur et à mesure je me suis laissé embarqué par cet univers.

J’imagine que c’était un peu différent du Hip Hop.

J’avoue que dans les premiers temps la danse classique ne me faisait pas rêver mais j’ai compris que si je voulais un jour faire autre chose que du Hip Hop je devais passer par là. Le placement du corps, l’allure, la maîtrise, l’attitude, le classique est un réel atout. Et puis la danse m’a permis de faire beaucoup de rencontres, de travailler avec des gens qui ont su rendre mon corps disponible à d’autres formes de danse, même si je me suis très souvent pris de bonnes claques.

Tu continues à t’en prendre ?

Quand tu commences à souvent monter sur scène tu as vite l’impression que tout est là, que tu as tout appris alors que pas du tout. Tu as toujours des choses à apprendre avec la danse. Tu n’es jamais arrivé, il y a une recherche constante, tu peux toujours faire mieux. Parfois tu tombes et il faut savoir pourquoi, c’est aussi ça la danse. Avec le temps j’ai appris à apprécier d’aller dans ma zone de non-confort, c’est ce qui me pousse à aller de l’avant et apprendre de nouvelles choses.

Tu t’es d’ailleurs lancé depuis quelques années dans la réalisation, la danse filmée, qu’est ce qui te plaît de retranscrire ?

J’aime beaucoup utiliser la fragilité de l’être humain. Retranscrire l’humanité à travers des regards, raconter une histoire à travers des gestes. Je m’inspire beaucoup du cinéma, dans lequel la caméra est là comme témoin. Ce n’est pas du show off, ce qui va être intéressant c’est le propos, la situation montrée, l’histoire qu’on raconte.

Comme dans The Line ?

Oui. The Line symbolise l’attitude de l’homme face au temps, ses comportements face à quelque chose qu’il ne maîtrise pas. Il y a l’homme qui se laisse porter, celui qui tente de l’arrêter, celui coincé dans le passé ou trop projeté dans le futur. The Line est une réflexion sur le temps. C’est une histoire en lien avec mon vécu mais qui laisse tout de même sa place à l’imagination. C’est ce que je trouve intéressant dans l’art, de laisser à chacun la possibilité de s’approprier ce qu’il voit. Contact, mon ancien film était beaucoup plus démonstratif, on comprenait beaucoup plus où je souhaitais arriver.

Comment s’est passé le tournage ?

C’était un vrai challenge. J’avais depuis longtemps envie de faire quelque chose avec mes amis, mais tous vivent à l’opposé les uns des autres. Certains sont dans des compagnies en Suisse, à Lyon etc… Mais on a tous la même vision de la danse, on aime raconter des histoires avec. En quatre mois on a du se voir cinq jours pendant lesquels on apprenait et répétait la chorégraphie. C’était dur mais ils se sont incroyablement investis et ils m’ont donné tellement que ça m’a beaucoup touché. Même si j’ai chorégraphié et écrit ce film, c’est un projet commun. On a tourné en deux jours, avec une seule personne à la réalisation dans un endroit complètement en ruine et on a du refaire des plans un troisième jour, car on en avait perdu. C’était intense mais l’expérience était folle.

Tu es également prof désormais. Qu’est ce que ça fait d’être de ce côté de l’enseignement ?

Je ne me sens pas la maturité de dire que je suis professeur mais j’aime donner des stages, plus sous la forme d’un atelier. Je leur fais partager ma vision de la danse, ce que j’ai appris sans jamais imposer quoi que ce soit. On apprend chacun les uns des autres et ça me plait beaucoup de pouvoir transmettre des choses, même si je souhaite que ça reste un loisir.

Des futurs projets ?

Sûrement une nouvelle vidéo, complètement différente de The Line ou de ce que j’ai fait avant. Je n’en dis pas plus car rien n’est fixé. L’année dernière je n’avais pas la même vision qu’aujourd’hui comme aujourd’hui je n’ai pas la même vision que dans un an. Donc tout peut changer, évoluer, c’est un peu comme dans la vie au final.

Culture Sauvage pour Adrien Ouaki  ?

Les enfants.

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Retrouvez toutes les vidéos d’Adrien Ouaki sur VIMEO et sur sa page Facebook

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