Complet à Paris, un train nous a emmené à Lyon afin de voir « Démons », la pièce de Lars Norén (datant de 1981), cette fois ci mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, dont les critiques ont été pour le moins nuancées. Emmené par un quatuor d’acteurs d’exception, Romain Duris, Marina Foïs, Anaïs Demoustier et Gaspard Ulliel, cette pièce, qu’on l’aime ou non, ne laissera pas indifférent. 

Katarina et Frank vivent ensemble depuis des années. Ils s’aiment mais ne se supportent plus. Ils reçoivent la visite de leurs voisins, Jenna et Tomas, un jeune couple qui vient d’avoir un enfant. Ayant pleine conscience de sa condition, le couple expérimenté amènera progressivement le couple novice à se rendre compte de sa propre situation. La scène de ménage devient double. Chaque couple se déchire, prenant l’autre comme témoin.

Une noirceur s’empare du théâtre le Radiant Bellevue, celle d’une pièce dans laquelle chaque personnage possède sa folie, qu’elle soit légère et naïve ou bien sombre et sexuelle. Ici, chaque être humain est dans un mal-être lié à la frustration. La frustration du couple, du sexe, de l’envie ou même la frustration de l’amour, celui qui, même destructeur, n’en reste pas moins vital.

@Giovanni Cittadini Cesi

@Giovanni Cittadini Cesi

« Démons » est une pièce sombre, violente et irrévérencieuse. A l’image du décor rotatif, les émotions tournent dans un manège incessant d’amour et de haine ! Romain Duris (Franck) y excelle en mari perfide et dominateur face à Marina Foïs (Katarina), sensuelle et explosive. Le duo qu’ils forment sur scène est le point central de la pièce, car la noirceur que dégage le couple viendra empoisonner leurs invités. Ces derniers, joués par Gaspard Ulliel (Tomas) et Anaïs Demoustier (Jenna), représentent la caricature du jeune couple marié avec enfants, qui ne supportent plus une vie remplie de couches et de discussions sur les poucettes !

Inutile de le nier, l’ambiance de « Démons » est malsaine. Mais pour autant, on s’étonne à rire à de très nombreux moments et pas seulement grâce au cynisme des personnages. En effet, les dialogues, construits et incisifs,  sont d’une efficacité redoutable! L’humour y est certes noir mais bien présent!

« Démons » est une pièce qui ne plait et ne plaira jamais à tout le monde. Mais n’est-ce pas là l’essence même du théâtre ? Nous faire ressentir les émotions, quelles qu’elles soient! Choquant, amusant, dérangeant, « Démons » est un peu tout ça à la fois et c’est bien cela qui nous a plu!  Huit-clos diabolique, Démons se rapprocherait alors presque d’un vaudeville sombre, sans morale ni intentions particulières sauf peut-être de dépeindre la noirceur que nous possédons tous en nous.

 Qu’on l’accepte ou non.