Fanny Ruwet joue son spectacle « Bon anniversaire Jean » à la Scala à Paris jusqu’au 22 décembre prochain.

Vous l’avez peut-être déjà entendue sur France Inter, écouté son très chouette podcast Les Gens qui doutent ou vue sur scène pour son premier stand-up « Bon anniversaire Jean »… Fanny Ruwet est partout. L’humoriste belge a su se faire une place de choix dans le paysage humoristique français et elle jouera son spectacle dans la prestigieuse salle de la Scala à Paris jusqu’au 22 décembre prochain. Rencontre.

Comment t’as trouvé le point de départ de l’anniversaire de Jean pour articuler ton spectacle ?

C’est le deuxième sketch que j’ai écrit de ma vie. Il était pas très efficace mais j’avais envie de le raconter parce que je trouvais que le truc derrière était assez cool. Un jour, je suis allée à Ostende pour écrire et j’arrive au moment du spectacle où je dis « mais en fait imagine je suis folle ». C’était pas censé être le centre mais vu que tout faisait sens si je reprenais cette histoire, je me suis dit que c’était ça qui me manquait. J’ai commencé à tout réenrober et j’aime beaucoup ces exercices d’écriture et de construction. C’est ce qui m’amuse le plus. 

Est-ce que tu t’imposes des limites dans ton écriture ? 

Je sais qu’il y a des blagues qui peuvent choquer les gens s’ils les comprennent pas bien ou si je les exprime pas bien. Mais en général, je les essaye et je vois. Je me trouve pas trash. Si je trouve que c’est drôle, je vais y aller. Mais je vais pas être attirée par les trucs un peu gratuits. Les gens sont choqués parfois parce qu’ils reconnaissent un sujet et ils ont un truc un peu pavlovien de dire « ça parle de ça donc je suis choqué à cause de ça. » Je me mets pas trop de limites, sauf si vraiment j’ai l’impression que ça peut blesser des gens. Ça, ça m’intéresse pas.

Tu parles de bisexualité dans ton spectacle et dans tes chroniques. T’as manqué de représentations quand t’étais plus jeune ?

C’est vrai que là j’ai très peu d’exemples qui me viennent en tête. En effet, il y en avait pas beaucoup donc il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que j’étais pas juste lesbienne et que ça pouvait dépendre des gens. C’était toujours vu comme « t’as pas encore choisi » ou « tu sais pas ». Alors que non, j’aime juste les deux genres pour des raisons différentes. J’ai pas eu beaucoup de modèles et c’est une des raisons pour lesquelles j’aime bien parler de ça de manière assez détachée dans mes chroniques ou dans mon spectacle, parce que je veux pas commencer à faire un statement. Je raconte ma vie et il se trouve qu’il y a ça et voilà. 

Tu t’es associée à Nightline France, une association qui s’engage pour la santé mentale des étudiants, et t’as fait un spectacle gratuit pour les étudiants. Pourquoi ça te tenait autant à coeur de faire ça ? 

Les étudiants ont tellement morflé pendant le confinement. J’ai l’impression d’avoir été vraiment chanceuse de ne plus avoir été étudiante à ce moment-là parce que ça aurait été tellement dur. Donc j’avais demandé à la production qu’on essaye de faire des trucs. On avait fait des plateaux avec des humoristes à Bruxelles, je voulais faire quelque chose à Paris aussi et il se trouve qu’au même moment, Nightline nous a contactés. Quand on a vu ce que l’association faisait, on s’est dit que ce serait con de pas faire le pont entre les deux. L’équipe a mis ça en place et c’était très très cool. Il y a pas mal d’étudiants qui étaient contents de pouvoir parler de ça. Et Nightline a fait un travail de fou.

Tu disais dans une interview en 2019 que t’avais l’impression d’être une imposture dans ce milieu. Est-ce que t’as moins cette impression aujourd’hui ?

Ça va mieux, parce que maintenant il y a plus de validation extérieure. Il y a plus de faits objectifs qui te font dire « peut-être je suis une imposture mais au pire il y a beaucoup de gens qui sont d’accord donc ça va ». Et puis aussi parce que je vais plus avoir tendance à m’en foutre. Je vais faire du mieux que je peux. Je vais essayer de mériter toutes les opportunités qu’on me donne. Au fur et à mesure, tu t’habitues. Mais des fois, je suis à des galas avec des gens qui sont sur scène depuis 20 ans et je me dis « mais c’est ma vie ça? Je paye mon loyer en blagues ? »

T’arrives à faire abstraction des critiques ? 

Franchement, ça va. J’ai des périodes où je me coupe un peu de tout et je lis plus parce que je sais que je suis un peu fragile. Même les critiques positives, c’est pas toujours bon de les lire parce qu’après tu te sens trop comme une reine alors que non. J’ai du mal avec les critiques qui pointent du doigt ce que je sais que je fais mal. Si je sais que la personne a réfléchi avant d’écrire son commentaire, là je me dis que cette personne a raison et ça me touche plus. 

Est-ce que t’as l’impression qu’on te compare beaucoup à d’autres femmes humoristes ?

Oui, beaucoup. Bon, on m’a déjà comparé à Guillermo Guiz et si je veux être comparée à quelqu’un, c’est bien à lui. Mais en effet on me compare quasiment qu’à Marina Rollman, alors qu’on n’a quasiment rien en commun. Au début, à Blanche Gardin par rapport à ma posture et mon calme, mais beaucoup moins maintenant. Et des fois on me compare à d’autres femmes humoristes et je comprends pas. Dès que les gens voient deux meufs faire des blagues de cul, ils se disent « ah bah ce sont les mêmes ». Sauf que non.

Quand t’as décidé de faire du stand-up, t’avais quelles inspirations en tête ? 

J’adore Sarah Silverman, qui est incroyable. Ce que j’aime bien, c’est qu’elle s’en fout du genre. Marina Rollman évidemment qui est super, Blanche Gardin qui est parfaite dans ce qu’elle écrit, Doully est très drôle. Hannah Gadsby aussi. Des gens comme ça qui sont capables de te faire rire autant que réfléchir et chialer. Allez-y, prenez mon âme (rires). 

T’écris pour la future série Netflix de Fanny Herrero, Drôle. Comment tu t’es retrouvée sur ce projet ? 

On a écrit des blagues avec Shirley Souagnon, Thomas Wiesel et Jason Brokerss. Un jour, j’ai reçu un mail de Fanny Herrero et je me suis dit que c’était un spam. En fait, on s’est appelé et elle m’a pitché le projet. On a fait des essais, ça se passait bien et on a continué. C’était la première fois que j’écrivais en groupe et pour d’autres. J’écris que sur ma vie et là je me retrouvais à écrire pour des personnages qui ont des vécus et des façons de penser différents. C’était très intéressant comme exercice. Et Fanny Herrero est tellement inspirante. Elle sait ce qu’elle veut, elle est douée, et elle est incroyable. 

T’as beaucoup de projets : podcasts, stand-up, chroniques… T’as peur de t’ennuyer ? 

J’ai peur du vide. L’été par exemple c’est une source d’angoisse. Il y a plus rien qui se passe, plus rien qui avance. Maintenant, j’apprends à dire non parce qu’au début j’y arrivais pas. Comme j’ai testé plein de trucs, je sais plus ce que je veux et ce que je veux pas, ce que je suis prête à sacrifier pour en accepter d’autres… Une fois que j’ai réussi à faire quelque chose, ça m’intéresse moins. J’aime bien le challenge, croire que je suis pas capable et en fait le faire quand même parce que j’ai dit oui… C’est l’histoire de ma vie. France Inter, j’ai dit « oui bien sûr » et en vrai j’étais morte à l’intérieur. Fake it till you make it

Pourquoi les gens doivent aller voir ton spectacle ? 

S’ils veulent (rires). J’ai beaucoup de tendresse pour le spectacle parce que je trouve qu’il est drôle mais pas que. J’aime bien le mélange d’émotions. Des fois, tu trouves ça drôle, triste, un peu chelou. Et tu te demandes « est-ce que moi je fais ça ? » et j’aime bien. 


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