Après Grâce à Dieu et Été 85, le réalisateur François Ozon revient dans les salles obscures avec Tout s’est bien passé. Au cinéma le 22 septembre 2021.

Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC. Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Après Grâce à Dieu (2018) qui traitait de la pédophilie dans le milieu religieux, François Ozon s’attaque, dans son nouveau film, à un autre sujet de société : le suicide assisté. Servi par un casting d’exception et une réalisation épurée, le long-métrage se révèle être une oeuvre poignante sur la vieillesse, le devoir familial et le droit de mourir dans la dignité.

Tout s’est bien passé évite le pathos inutile

Évoquer l’euthanasie au sein d’un film n’est jamais une chose aisée. Facilement tire-larme, terriblement politique, le sujet semble toujours épineux à porter à l’écran. Pourtant, en s’appuyant essentiellement sur ses personnages, leur caractère et leur passé, François Ozon réussit à éviter ici bon nombre de dangers dans son long-métrage. En effet, Tout s’est bien passé s’approche plus de la fable familiale que politique. On est alors plongé au coeur d’une famille dysfonctionnelle dans laquelle la figure paternelle et autoritaire se retrouve dépendante de ses filles face à son ultime choix.

Cette famille, cette situation : cela pourrait être les nôtres (sans les appartements de 120 m2 à Paris, réglementaires dans les films français). Les rancoeurs et l’amour s’y mélangent, l’espoir et l’égoïsme aussi. Comme dans toute famille traversant un drame. Le réalisateur nous transporte avec habilité à travers ce parcours du combattant où le rôle parent-enfant s’inverse et où le souhait de l’un demande des sacrifices à l’autre.

Malgré cela, François Ozon n’en oublie jamais le rire. Salvateur dans les moments les plus sombres. Il rappelle, avec des doses d’humour malicieusement glissées, qu’on peut rire de beaucoup de choses, même de la fin de vie.

Un casting saisissant

Et ce rire est majoritairement du au personnage incarné par André Dussolier. Magistral en père autoritaire et capricieux, l’acteur offre sûrement l’une des plus brillantes partitions de sa carrière. Tour à tour cabotin, dépressif, colérique mais toujours attachant, la figure paternelle en devient presque enfantine, rappelant ces personnes âgées si proches du comportement des tout-petits en vieillissant. Malgré un visage défiguré, il réussit avec brio à donner vie à un personnage complexe, profond et hanté qui n’a plus ni limites, ni tabous. Géraldine Pailhas (trop rare au cinéma) et Sophie Marceau sont également impeccables en filles devant accompagner leur père dans ce chemin final. Complétant ainsi un trio tendre qu’on ne veut presque plus quitter à la fin.

François Ozon signe ainsi avec Tout s’est bien passé un très beau film à la fois poignant et sensible. Malgré un début un peu long, on se laisse convaincre et transporter dans cette aventure familiale avec une facilité déconcertante. À tel point qu’on en ressort ému et troublé.

Tout s’est bien passé sortira en salles le mercredi 22 septembre.