Blandine Bellavoir incarne Christine Villemin, la mère du petit Grégory, dans la série Une affaire française diffusée sur TF1 à partir du 20 septembre prochain. Interview.

C’est sûrement le rôle d’une vie ou en tout cas celui qui marquera un tournant dans sa carrière. Blandine Bellavoir a accepté d’incarner Christine Villemin dans Une affaire française, la série qui retrace l’affaire criminelle la plus médiatisée de France, celle du meurtre du petit Grégory Villemin en octobre 1984. Se mettre dans la peau d’une mère qui a perdu son enfant n’a pas été chose aisée pour l’actrice des Petits Meurtres d’Agatha Christie. Elle réussit pourtant le défi dans une série qui s’attache à respecter les protagonistes de l’histoire.

À l’occasion de la diffusion des premiers épisodes le 20 septembre prochain sur TF1, nous avons rencontré Blandine Bellavoir qui nous parle de son rôle, de ses engagements et de son documentaire sur la dépression post-partum. Rencontre avec une comédienne aussi passionnée que passionnante.

Est-ce que tu as hésité avant d’accepter le rôle de Christine Villemin ? 

J’avais déjà tourné avec Christophe Lamotte (le réalisateur de la série, ndlr) quelques années auparavant. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et qui me touche beaucoup. Il est très intelligent et très élégant dans sa mise en scène et sa direction d’acteurs. On s’est croisé deux jours avant que mon agent m’envoie le scénario pour Une affaire française. Il m’a demandé si j’étais disponible de telle date à telle date et le lendemain j’ai reçu l’appel de mon agent. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de hasard et qu’il n’y a que des rendez-vous.

J’ai lu le scénario et ça m’a scotchée. J’ai revu Christophe. J’ai eu un temps d’hésitation parce que je me suis demandé « pourquoi moi ? ». Avec du recul, je pense que mon inconscient voulait un peu me protéger ou me faire prendre conscience que c’était pas anodin de jouer ce personnage. Sur le coup, j’ai pas tant analysé que ça. J’ai lu une histoire qui était extrêmement bien écrite. Et ça raconte surtout une histoire d’amour qui a fini de me convaincre. C’est un exemple de résilience incroyable.

Comment as-tu réussi à te mettre dans la peau de Christine Villemin ? 

On ne cherchait pas du tout à faire du mimétisme, c’était très clair. J’ai regardé des images que j’ai trouvées sur Internet, j’ai lu des articles. Je voulais pas trop regarder la série documentaire de Netflix au début parce que j’avais un bébé depuis peu de temps et ça me faisait peur. J’ai fini par regarder et après j’ai commencé à travailler. Comme la série est très factuelle, il y a des dialogues qui sont vraiment les textes qui ont été dits par les gens face caméra. 

On me demande souvent comment j’ai fait pour être très juste. C’est pas une question de justesse. C’est plus une question de vérité. Je joue un personnage, il existe et c’est pas quelqu’un qui est mort au 16e siècle. J’ai essayé de tendre vraiment vers ce que m’inspirait le personnage et essayé d’être fidèle à ce que je ressentais pour le respecter au mieux et respecter surtout sa douleur et celle de son couple. C’est un personnage qui s’inclut vraiment dans un duo alors qu’avant c’était un trio. J’ai pas un devoir envers eux mais m’incluant comme citoyenne française, je mets un peu ma pierre à l’édifice pour rendre hommage à cette histoire et à cette famille.

Tu connaissais bien l’affaire ? 

Je connaissais pas très bien l’histoire. Je suis pas quelqu’un qui suis curieuse des faits divers, qui regarde Faites entrer l’accusé ou qui lis plein de polars. Depuis toute petite, j’ai bien conscience que l’homme peut être un loup pour l’homme et ce n’est pas quelque chose vers lequel je vais. J’entends assez d’histoires au quotidien qui sont difficiles. Et maintenant, dans mon travail, je vais vers des choses difficiles donc je me préserve du reste.  

Blandine Bellavoir
Blandine Bellavoir dans la peau de Christine Villemin © CAROLINE DUBOIS / CHEYENNE / TF1

Tu as senti une différence d’ambiance sur le tournage par rapport à tes autres projets ? 

Oui, tout le monde était très investi et il y avait quelque chose de l’ordre de la responsabilité. Il y a eu un moment pendant le tournage où j’ai un peu craqué. J’arrivais plus à effacer un sourire de mon visage parce qu’en fait c’était trop. T’as beau avoir un garde-fou pour garder de la distance, quand t’interprètes un personnage, t’as toujours un peu de résonances avec toi. On part forcément de ce que l’on est. Même quand tu dois jouer la pire des raclures, t’es obligée de partir de ton humanité à toi et d’en trouver dans ton personnage pour l’interpréter. Ce sont des chemins de vie que tu aurais pu avoir mais que t’as pas pris et que tu vis l’espace d’un instant. Ils ont une incidence sur ta vie. Avec un personnage qui a vraiment existé, la résonance est encore plus forte sur les émotions. 

Tu as eu du mal à sortir du rôle ? 

Mon garde-fou a tenu le temps du tournage mais après, c’était compliqué. Le tournage a coïncidé avec une période de ma vie où j’étais en pleine construction de ma parentalité. Ça m’a chamboulée de jouer une maman à qui il arrive la pire des horreurs et qui a été accusée sur tous les points.

Christine Villemin m’a touchée dans ma féminité, dans ma maternité, dans l’être humain que je suis. J’ai fait un 360° sur moi. Derrière, j’ai pas pu travailler tout de suite. J’avais besoin de régler des choses. C’est aussi la chance qu’on a avec ce métier, c’est qu’on se pose tout le temps des questions. On ne peut pas être acteur et ne pas se remettre en question, c’est très problématique. Ou alors on ne fait pas ce métier pour les raisons qui en font la noblesse.

Avec du recul, qu’est-ce que tu retiens principalement de cette affaire ?

Cette affaire est importante et c’est important d’en reparler. Curieusement, on répète souvent les mêmes erreurs dans l’Histoire. C’est un peu un devoir de mémoire. On le voit dans cette période chaotique de pandémie. Il faut faire attention aux gens, dans le bon sens du terme. Être plus à l’écoute les uns des autres.

La série s’ancre dans une atemporalité très forte de par l’histoire d’amour et de tout ce que ça raconte sur les extrêmes vers lesquels l’humain peut aller. C’est l’une des affaires les plus médiatisées et c’est la première fois qu’on voit la force du pouvoir des médias. Dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Aujourd’hui, plus que jamais, avec l’explosion d’Internet et des réseaux sociaux, c’est une parabole qui est complètement ancrée dans son époque. 

Tu prépares un documentaire sur la dépression post-partum. Pourquoi c’était important pour toi d’en parler ? 

J’ai fait une dépression post-partum et je ne savais pas ce que c’était avant qu’on me dise ce mot. Un jour, j’ai eu la sensation de mourir et je me suis dit, « c’est pas possible je suis pas cette personne ». Pendant 1 an et demi, j’ai souffert en serrant les dents parce que je ne savais pas ce que j’avais. Il y a un tabou sur les maladies psychiques en France donc je me suis qu’il fallait faire changer les choses.

J’ai co-écrit le documentaire avec une amie comédienne, Jeanne Bournaud. On s’est dit qu’il fallait toucher les gens. Il faut éduquer la société dans son ensemble. La dépression post-partum touche une femme sur 10. Et le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les mères. Ça existe depuis toujours mais la maladie n’est reconnue que depuis les années 90. C’était hier.

Est-ce que t’es optimiste pour la suite ?

Oui. Ce qui m’a donné le courage de faire ce documentaire, c’est de voir que plein de femmes de nos générations contribuent à faire changer les choses à leur manière. Je me suis sentie moins seule grâce à des podcasts, des comptes Instagram… Le hashtag #monpostpartum est sorti en janvier 2020, c’est très récent. On est en plein dedans donc il faut y aller.

Et ce n’est pas un problème de nana, ça touche toute la société. Les dépressions post-partum touchent les papas qui adoptent, des mamans qui sont ensemble, qui sont seules… Il y a vraiment un non-accompagnement dans le process de devenir parent. Mais je suis assez optimiste pour la suite. Les langues se délient depuis #metoo, la couleur des règles n’est plus bleue dans les pubs… Plus on sera nombreux et nombreuses, plus on fera bouger les choses.

Tu es quelqu’un de très engagé. Dans ta carrière, est-ce que c’est important pour toi de choisir tes rôles en fonction de tes engagements ?

Oui, il y a des choses que je ne pourrai pas faire ou que j’ai pas envie de raconter. Dans mon début de carrière, je disais oui à beaucoup de choses. C’est difficile de faire sa place. Maintenant, j’ai la possibilité de choisir et parfois la nécessité de m’arrêter. Quand je vois le militantisme des jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui, j’ai pas l’impression que j’étais à l’endroit là quand j’avais 20 ans, même s’ils ne vivent pas dans la même époque.

Ce serait bien de montrer aux gens que ces médias – télévision, cinéma… -, on peut les utiliser pour d’autres choses que se vider la tête. C’est bien de le faire mais c’est bien aussi d’essayer d’être une version 2.0 de nous-mêmes. De toujours tendre vers une remise en question et d’apprendre toute sa vie. L’Homme veut être au-dessus de la nature, essayer de la maîtriser mais ne pas s’inscrire dans la nature, c’est ne pas comprendre le pourquoi de l’être humain. 

Blandine Bellavoir
Blandine Bellavoir (Christine Villemin) et Guillaume Gouix (Jean-Marie Villemin) © CAROLINE DUBOIS / CHEYENNE / TF1

Blandine Bellavoir est dans Une affaire française
Sur TF1 à partir du 20 septembre


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