La 16e édition du Mobile Film Festival s’est achevée le 7 décembre dernier avec un palmarès qui a récompensé les meilleurs courts-métrages traitant du thème Women’s Empowerment. Cette année, l’évènement s’est doté d’un jury prestigieux dont nous avons eu la chance d’interviewer quelques membres. Après Oxmo Puccino, rencontre avec Aloïse Sauvage, artiste pluridisciplinaire qui a sorti son premier album Dévorantes au mois de février et que l’on peut voir actuellement dans la série Possessions sur Canal+.

Pourquoi c’était important pour toi de participer à cette 16e édition du Mobile Film Festival ? 

Parce que j’adore participer à des rendez-vous artistiques, là en l’occurence un festival de films. J’adore aller à la rencontre de nouveaux talents, voir des objets artistiques forts. Ça me parle. Au-delà de ça, la thématique me paraissait essentiel. J’aurais accepté si c’était une autre thématique mais rajouté à ça, ça donnait encore plus de poids à l’envie de ma présence ici parce que je pense que c’est quelque chose de très actuel.

Le thème de cette édition est justement Women’s Empowerment. Qu’est-ce que ce terme évoque pour toi ? 

Ça m’évoque l’affirmation de la femme. Ce mot d’empowerment comprend énormément de combats, de luttes, de droits. La place de la femme dans le monde n’est pas juste, n’est pas égalitaire avec celle des hommes. On s’est construit là-dessus donc il y a beaucoup de discriminations, d’inégalités qui sont différentes selon les pays parce qu’on a pas avancé en même temps.

On l’a vu d’ailleurs avec les films. Il y a différents contenus parce qu’on est pas au même niveau. Dans certains pays, on parle de survie. Nous, on est dans la vie. Certains sujets des films peuvent paraître anecdotiques si quelqu’un du Nigéria ou de l’Iran les voyait. Mais ce sont différents regards par rapport à ce qu’on est en train de vivre à l’endroit où on est. 

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans les courts-métrages que tu as pu visionner ? 

Le fait que ce sujet de l’oppression de la femme est un sujet mondial. On a reçu des films d’énormément de pays ce qui prouve que ça existe bien et qu’il y a bien un problème au niveau mondial. On est dans une société qui s’est construite selon le patriarcat. 

57% de réalisatrices ont participé au Festival. C’est un chiffre encourageant mais qui peine encore à être une normalité dans d’autres festivals.

Je trouve que ce chiffre montre que ce sujet est plus traité par les femmes et que c’est presque « un sujet de femmes ». C’est pas normal. Les femmes s’en emparent mais c’est pas du tout représentatif du monde du cinéma où il y a beaucoup plus d’hommes. Tania de Montaigne disait quelque chose de très intéressant tout à l’heure. Les femmes se retrouvent toujours dans les milieux où il y a moins d’argent. Tu vas avoir beaucoup plus de femmes dans les petits festivals à petites dotations, alors que les gros trucs à gros budgets, tous les hommes vont y aller. Il faut que tout le monde s’empare de ce sujet, c’est une évidence.  

À quel moment de ta vie tu t’es rendue compte qu’il y avait un problème et qu’il était essentiel de s’engager ? 

Tu t’en rends compte au fur et à mesure que tu discutes avec les gens qui t’entourent et de ton expérience personnelle et professionnelle. Tu déconstruis beaucoup de choses et tu réalises qu’il y a plein de choses qui ne vont pas. Le fait que je fasse de la musique, que j’écrive des chansons et que je suis sujette à être sur le devant de la scène donc que ma parole puisse être entendue et avoir du « poids » pour les gens qui me suivent, m’a forcément fait prendre conscience des sujets dont ils convenaient de parler.

Je suis une jeune femme, je ne peux raconter que ce que je vis comme dans mes chansons. Plus j’avance, plus je me rends de l’absurdité de certaines situations et du conditionnement dans lequel on a grandi et on s’est construit. 

Est-ce que t’as l’impression que ça a été difficile pour toi de te faire une place que ce soit dans le cinéma ou dans la musique ? Est-ce qu’il y a un milieu où ça été plus difficile ?

La musique est un milieu plus compliqué parce qu’il est vraiment régi et contrôlé par des hommes, blancs de surcroit. J’ai l’impression que c’est plus compliqué de laisser le pouvoir et la parole libre à une femme. Après, on est quand même une génération où on est beaucoup d’autrices, de compositrices et on affirme davantage cette position-là. On est moins interprète que dans les années où il y avait beaucoup de gens qui écrivaient pour les chanteuses, etc. Je dirai pas que j’ai eu du mal à y accéder mais encore faut-il y rester et comprendre comment existe le système dans lequel t’es.

Une femme libre, affirmée, qui a un leadership, c’est beaucoup moins commun qu’un homme et c’est beaucoup plus vu comme quelque chose de presque dérangeant, d’excessif. En tant que jeune femme, on ose moins s’imposer. Par exemple, quand je fais de la musique, il n’y a que des hommes autour de moi. J’ai jamais rencontré de beatmaker femme. Je bosse qu’avec des gars, je suis la seule fille de mon projet. C’est des gens que j’adore, que j’ai choisis mais ça montre qu’il y a beaucoup moins de femmes dans ce milieu.

Il y a peut-être une parité au niveau des formations mais au niveau de la professionnalisation, il y a un vrai écrémage. Tout comme dans le cinéma. C’est faux de dire qu’il y a moins de réalisatrices dans le monde. Il y en a autant que de réalisateurs mais comment elles se donnent le droit d’accéder à ce milieu, c’est encore autre chose. Moi je m’y suis laissée le droit et j’y suis allée. Maintenant que j’y suis, je vois que je peux être contrainte à différents endroits par la vision majoritaire d’un homme. 

Est-ce que la réalisation est quelque chose qui te fait envie ? 

Oui, carrément. C’est quelque chose que j’aimerais faire à moyen/long terme. Je te dis ça comme un rêve, c’est pas du tout un projet en soi que j’ai mais c’est quelque chose que j’envisage.

Est-ce qu’il y a des œuvres de réalisatrices qui t’ont particulièrement marquées et que tu recommandes ? 

Ce qui me vient à l’esprit c’est tous les films de Céline Sciamma. C’est évident mais je suis obligée de les citer. 


Retrouvez le palmarès du 16e Mobile Film Festival