Joker sort dans les salles le 9 octobre prochain.

Interpréter le Joker est toujours un exercice périlleux. On se souvient encore de la performance habitée d’Heath Ledger dans la trilogie de Christopher Nolan ou, dans un registre plus comique, de celle de Jack Nicholson chez Tim Burton. Aujourd’hui, c’est au tour de Joaquin Phoenix d’incarner le rôle du grand méchant de Gotham City, éternel ennemi de Batman, clown sordide et violent. Le comédien s’en sort avec les honneurs et on parie déjà que l’Oscar lui tend les bras.

Réalisé par Todd Philips – surtout connu jusqu’à maintenant pour sa trilogie Very Bad Trip -, Joker joue la carte de l’origin story en dressant le portrait d’Arthur Flex, humoriste contrarié qui gagne difficilement sa vie en clown pathétique et invisible dans une société qui ne prête plus attention à ses citoyens les plus démunis.

Sombre et sans concession, le long-métrage est une proposition audacieuse qui fait du bien dans le paysage trop aseptisé des films de super-héros. Grâce à l’interprétation magistrale de Joaquin Phoenix, le Joker prend l’ampleur qu’il mérite, devenant une figure ambiguë à la fois leader d’une révolution que l’on comprend mais aussi symbole d’une violence effrayante et sans égale. L’acteur n’en fait jamais trop et parvient à provoquer autant l’empathie que la gêne et le dégoût. Son rire glaçant devrait d’ailleurs résonner longtemps dans vos oreilles.

Sans trop humaniser le personnage, Todd Philips n’hésite pas à montrer ses meurtres sanglants et sa folie qui le domine petit à petit dans une mise en scène intelligente et soignée. En invitant Robert de Niro dans le rôle du présentateur star Murray Franklin, le réalisateur convoque aussi La Valse des pantins de Martin Scorsese, où l’acteur incarnait un humoriste en mal de célébrité qui kidnappait un animateur. Les rôles s’inversent ici mais la société, elle, est toujours autant gangrenée. Les riches au pouvoir, les clowns que l’on piétine sans les voir, les fous dont on ne se soucie plus.

Joker relève donc le défi avec brio et réussit à revisiter un mythe en lui redonnant sa profondeur et ses différentes couches de lecture tout en permettant à Joaquin Phoenix de prouver encore une fois l’étendue de son talent. On vous donne rendez-vous le 9 octobre prochain dans les salles.