Le réalisateur canadien est de retour avec son premier film en langue anglaise.

Trois ans après Juste la fin du monde, Xavier Dolan est enfin de retour avec Ma vie avec John F. Donovan. Pour ce 7e long-métrage, le réalisateur s’entoure une nouvelle fois d’un casting prestigieux et livre une histoire touchante sur le pouvoir des idoles et les affres de la célébrité.

On est en 2006. John F. Donovan (Kit Harington), jeune star adulée par des millions de gens pour son rôle dans une série populaire, vient de mourir. Pendant des années, il a entretenu une relation épistolaire avec Rupert Turner (Jacob Tremblay), l’un de ses plus jeunes fans. En 2017, Rupert est devenu acteur à son tour. Lors d’une interview pour la sortie de son livre, il se remémore sa relation avec John.

Xavier Dolan a mis encore beaucoup de lui dans ce nouveau film, co-écrit avec Jacob Tierney. Il a mis tellement de lui qu’il a passé plus de temps que prévu en salle de montage pour nous proposer exactement le film qu’il avait en tête. Si l’ensemble ne paraît paradoxalement pas tout à fait abouti, Ma vie avec John F. Donovan offre des moments émouvants et une réflexion intelligente sur notre société.

Xavier Dolan évoque avec émotion cette relation étrange et fusionnelle que l’on peut entretenir avec nos idoles. Le petit Rupert qui crie devant sa télé quand l’épisode de sa série favorite débute, c’est aussi le réalisateur qui sautait sur son canapé devant Buffy contre les vampires ou Roswell. Et c’est aussi nous, enfants des années 90, qui avons pour la plupart adulé des stars au point de tapisser notre chambre de posters à leur effigie.

De l’autre côté, il y a la vie de ces idoles que l’on fantasme. John F. Donovan a été propulsé très vite en haut de l’affiche mais ses sourires étincelants devant les cameras et pour ses fans ne sont qu’une façade. La seule relation sincère qu’il entretient avec quelqu’un semble être cette relation épistolaire un peu improbable avec un enfant.

© Shayne Laverdière

John n’arrive pas à être lui-même avec les autres. Il a peur de révéler son homosexualité car il sait que cela pourrait ruiner sa carrière. Même si le film se déroule principalement en 2006, cette problématique se pose encore aujourd’hui à Hollywood et ailleurs, dans des milieux moins exposés aux projecteurs. Rester sincère dans une industrie de faux-semblants n’est pas chose aisée et conduit à des destins contrariés et fauchés en pleine jeunesse. Heureusement, le tableau n’est pas totalement noir et la note d’espoir qui illumine la fin du film est énonciatrice d’une évolution dans le bon sens.

Les films de Xavier Dolan ne seraient peut-être pas totalement sincères sans l’évocation des relations mère/fils figurées ici avec Rupert et sa mère Sam (Natalie Portman) mais aussi avec John et Grace (Susan Sarandon). Des relations qui ne cessent d’être conflictuelles mais qui sont aussi plus apaisées et toujours puissantes. L’une des plus belles scènes du film se passe d’ailleurs entre Rupert et Sam, au son d’une sublime reprise du classique Stand By Me.

Xavier Dolan continue également de clamer son amour pour la culture populaire dont l’importance reste sous-estimée. Celui qui est un fan absolu de Titanic défend, à raison, la résonance fondamentale que peut avoir une série pour adolescents sur ses téléspectateurs et combat cette élitisme absurde selon lequel il ne faudrait pas se rabaisser à regarder ce genre de programmes, pas dignes d’y accorder ne serait-ce qu’un coup d’œil.

On soulignera la parfaite direction d’acteurs du réalisateur qui permet au casting, Kit Harington et Jacob Tremblay en tête, de livrer de sublimes prestations. L’acteur star de Game of Thrones prouve qu’il n’est pas seulement Jon Snow et que sa carrière a de beaux jours devant elle. Il faudra aussi compter de nombreuses années sur le jeune acteur révélé par Room, qui est de plus en plus étonnant de justesse et de maturité.

On vous laisse vous faire votre propre avis le 13 mars prochain, date de la sortie en salle de Ma vie avec John F. Donovan.