Le nouveau film de François Ozon sort dans les salles le 20 février prochain et c’est une réussite.

Pour son 18e long-métrage, François Ozon s’attaque pour la première fois à un sujet d’actualité. Tourné en secret l’année dernière, Grâce à Dieu revient sur le combat d’Alexandre, François et Emmanuel, abusés sexuellement par le père Preynat lorsqu’ils étaient enfants. Un sujet difficile que le réalisateur de 8 femmes traite avec beaucoup de justesse.

Alors que François Ozon est habitué à mettre en scène des femmes fortes, le réalisateur voulait, de son propre aveu, faire cette fois-ci un film sur la « fragilité masculine ». L’idée de Grâce à Dieu (titre qui reprend le très significatif lapsus du Cardinal Barbarin), lui est venu en lisant le témoignage d’Alexandre Dussot-Hezez, cofondateur de La Parole Libérée. Cette association lyonnaise regroupe de nombreuses victimes du père Preynat, un prêtre mis en examen en 2016 pour agressions sexuelles et dont le procès est prévu pour la fin de l’année 2019.

Si Grâce à Dieu n’échappera pas à la comparaison avec Spotlight, qui dénonçait aussi avec brio les agissements pédophiles de nombreux hommes d’Église, l’enquête ne se place pas ici du côté journalistique. En se concentrant tour à tour sur les parcours d’Alexandre, François et Emmanuel qui se croisent inévitablement, le film a pour vocation de mettre en lumière cette affaire sordide en se plaçant complètement du point de vue des victimes et ainsi faire entendre au plus grand nombre cette parole qui a mis du temps à se libérer.

Les faits relatés sont montrés tels qu’ils ont été décrits, de manière implacable. La mise en scène nous met face à une réalité saisissante et effrayante, énoncée notamment à travers la voix-off et les flashbacks qui s’intègrent parfaitement au récit. Impossible de détourner les yeux lors des scènes de confrontations avec le père Preynat, de ne pas entendre ses propos délirants ou de ne pas voir ce que l’Église a tenté (et tente encore) de cacher.

François Ozon a également réussi son casting puisque Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud livrent des performances très justes et émouvantes, aux côtés de seconds rôles tout aussi crédibles (on pense à Josiane Balasko et Aurélia Petit par exemple). Par son sujet et par son traitement, Grâce à Dieu est donc un film puissant qu’il est important d’aller voir à sa sortie en salle le 20 février prochain.