Rencontre avec celui qui a révolutionné à plus d’un titre le monde des effets spéciaux.

Star Wars, Avatar, Abyss, Mission: Impossible, Pacific Rim… voici un aperçu de la filmographie hautement prestigieuse de John Knoll, superviseur VFX de la société Industrial Light & Magic créée par George Lucas en 1975. Récompensé par le GENIE d’honneur au Paris Images Digital Summit 2019, il s’apprête à donner une masterclass demain au Centre d’Art d’Enghien-Les -Bains avant la projection de Rogue One : A Star Wars Story.

Nous avons pu rencontré ce maître incontesté des effets spéciaux qui revient pour nous sur son parcours, l’importance de démocratiser la technologie et ses prochains projets.

Vous avez une longue histoire avec Star Wars puisque vous avez travaillé sur de nombreux épisodes de la saga et c’est vous qui avez eu l’idée de Rogue One. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous plaît toujours autant dans cet univers ?

Quand le premier film est sorti en 1977, j’avais un âge où j’étais facilement impressionnable (rires). Et j’étais en train de m’interroger sur ce que j’allais faire de ma vie. Avant ça, je m’imaginais faire de l’architecture ou être ingénieur. Mais j’ai toujours aimé le cinéma, je faisais des petits films en Super 8.

Star Wars a été une véritable révolution à sa sortie. C’était une manière très ambitieuse de faire du cinéma où il y avait beaucoup de nouvelles idées et où tout semblait possible. Ça m’a beaucoup plu et je me suis dit que j’avais peut-être envie de faire ça comme métier. Star Wars a vraiment eu un énorme impact sur moi. Ça a été un véritable privilège d’être embauché ensuite dans la société de George Lucas et de travailler sur les films de la saga.

Votre passion pour le cinéma et les effets visuels remonte à l’enfance ?

J’adorais créer des maquettes. Je les photographiais de manière à ce que ça donne l’impression qu’elles soient dans un vrai décor. J’avais pas mal de hobbies quand j’étais petit qui avait tous un rapport avec les effets visuels : la photographie, l’animation, la programmation informatique… C’était amusant d’explorer toutes ces choses et elles sont toutes mises en application dans le travail que je fais aujourd’hui finalement.

Vous avez rejoint ILM (Industrial Light & Magic) dans les années 1980. Est-ce que vous vous souvenez de votre tout premier jour là-bas ?

Oui, absolument (rires). J’étais un assistant technique sur la caméra Dykstraflex [premier système de motion control spécialement créé pour Star Wars par John Dykstrandlr] et on tournait des scènes pour le Star Wars Tour de Disneyland.

On peut désormais créer des univers entiers sur ordinateurs. Est-ce que vous êtes quand même toujours attaché au travail avec des maquettes ?

Oui. On travaille moins avec des maquettes maintenant mais j’aime toujours le faire, c’est comme ça que j’ai commencé. Je suis en train de travailler sur un projet pour lequel le réalisateur m’a demandé si c’était possible de travailler avec des miniatures. Tout dépendra du budget parce que le travail sur ordinateur coûte moins cher que ces anciennes techniques d’animation. Si c’est possible de le faire, alors oui je le ferai évidemment avec plaisir.

J’imagine que chaque film sur lequel vous travaillez implique toujours de nouveaux défis. Quel est l’un des derniers gros défis que vous avez dû relever ?

Les défis sont tellement différents selon les films. Ce qui me fait aimer ce métier c’est justement de devoir trouver des solutions et de relever ces défis. On essaye toujours de repousser les limites de la technologie. Le dernier gros film sur lequel j’ai travaillé c’est Rogue One. Il y avait à peu près 1600 plans. Il y a eu beaucoup de travail sur les personnages, l’environnement. J’ai trouvé ça génial de mettre en scène des batailles dans l’espace, surtout par nostalgie parce que c’est grâce à Star Wars que je fais ce métier.

Sur certains films, je n’avais pas du tout la même vision que le directeur de la photographie sur la manière dont certains scènes devaient être filmées. Parfois, si les choses ne sont pas bien filmées, cela devient presque impossible d’arriver au résultat espéré. Sur Rogue One, je me suis très bien entendu avec Greig Fraser, le directeur de la photographie. C’était formidable de pouvoir discuter avec lui six mois avant le début du tournage. On s’est demandé comment faire pour éviter les problèmes qui arrivent généralement sur des gros films comme ceux-là. On est devenu des véritables partenaires. J’étais très content du résultat. On a pu faire exactement ce que l’on avait imaginé.

Vous avez créé Adobe Photoshop avec votre frère Thomas en 1990. Est-ce que vous pensez que ce logiciel et ceux qui sont arrivés ensuite ont contribué à rendre plus accessible une technologie qui ne l’était pas pour tout le monde ?

Oui. Je suis un très grand partisan de la démocratisation de la technologie. On ne voulait pas que des gens créatifs ne puissent pas exprimer leur talent à cause de l’argent ou d’une technologie qu’ils n’avaient pas. C’est très bien de rendre ces outils accessibles à tout le monde. Si t’as une idée et que tu as du talent, alors tu dois pouvoir le montrer. 

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut faire ce métier ?

Le meilleur conseil que je peux donner c’est que la meilleure façon de devenir bon dans ce qu’on fait c’est de le faire. La différence entre un artiste qui est bon et un autre qui est excellent, c’est que l’artiste qui est excellent a pris du temps pour s’entraîner. C’est un travail difficile. L’important c’est de se lancer et de créer.

Grâce à cette démocratisation de la technologie, il y a par exemple beaucoup d’outils que l’on utilise chez ILM et des équivalents, qui sont disponibles gratuitement ou qui ne coûtent pas une fortune.

Guillermo del Toro a dit à propos de vous que vous aviez « une âme d’enfant et un esprit de scientifique. » C’est important de garder cet âme d’enfant quand on fait ce métier ?

J’aurais pu être ingénieur si les choses avaient été différentes mais on va dire que je me suis dirigée vers quelque chose qui s’approche le plus de l’ingénierie dans le cinéma. Je fais toujours de l’art mais une grande partie de ce que l’on fait consiste à résoudre des problèmes. J’adore la fusion des deux. Et c’est vrai que je me sens comme un enfant quand je « joue » avec cette technologie. C’est certainement beaucoup plus cool de faire ça que de créer des autoroutes par exemple (rires).

Quelle est la chose la plus importante que vous ayez apprise depuis que vous travaillez chez ILM ?

Il y a quelque chose qui m’a frappé quand je suis arrivé chez ILM. Je me suis dit qu’ils allaient avoir le meilleur matériel possible mais j’ai été surpris de voir que les endroits où j’avais travaillé avant avaient des meilleurs outils. Malgré ça, ILM arrivait à faire mieux que tout le monde. Et ça, c’est grâce à la vision de l’artiste. Les artistes ont évidemment besoin de bons outils mais c’est l’œil derrière la caméra qui est le plus important.

J’ai réalisé que les meilleurs artistes qui travaillaient là-bas étaient en train de développer ce que j’appelle « la méthode ILM ». Ils échangeaient des idées sans se focaliser sur leur égo. Il y avait une ouverture d’esprit que je n’avais vu presque nulle part ailleurs. L’idée c’est qu’une bonne idée reste une bonne idée. Si tu en parles, tu seras écouté même si tu fais pas partie du haut de la hiérarchie.

Je suis devenu meilleur dans mon travail parce que j’ai participé à ces discussions avec des gens comme Dennis Muren et Ken Ralston. J’ai un énorme respect pour eux et je me souviens qu’on partageait nos opinions. J’ai essayé de garder cette méthode puisque j’encourage les artistes qui travaillent maintenant pour moi à échanger leurs idées. C’est quelque chose qui m’aide aussi.

On peut en savoir plus sur vos prochains projets ?

En ce moment, je travaille pour le film Jungle Cruise avec Dwayne Johnson et Emily Blunt. Je suis aussi consultant pour la prochaine série Star Wars de Jon Favreau, The Mandalorian.