Les réalisateurs de Minuscule 2 reviennent avec nous sur la genèse de cette suite drôle et rythmée.

En 2015, Hélène Giraud et Thomas Szabo remportaient le César du meilleur film d’animation pour Minuscule : La Vallée des fourmis perdues, long-métrage adapté de leur série animée diffusée à l’origine sur France 2. Quatre ans plus tard, la suite des aventures de ces insectes aussi drôles qu’attachants, sort enfin dans les salles le 30 janvier prochain.

Dans ce deuxième volet intitulée Les Mandibules du bout du monde, nos trois compères du premier film – la fourmi, l’araignée solitaire et la coccinelle – se retrouvent embarqués dans un voyage qu’ils n’avaient pas prévu. En effet, à la suite de fâcheuses circonstances, l’un des enfants de la coccinelle est enfermé dans un carton qui s’apprête à décoller pour la Guadeloupe. Tout sera donc mis en œuvre pour aller le sauver et cette mission sauvetage ne sera évidemment pas de tout repos.

Hélène Giraud et Thomas Szabo réussissent à insuffler une nouvelle dynamique à leur univers avec des effets visuels encore plus impressionnants et une histoire qui s’avère aussi amusante que touchante. Pour évoquer la genèse de cette suite, nous avons rencontré les réalisateurs qui nous parlent de leurs influences, de l’ADN de Minuscule et de leur attachement à une technique d’animation qui a contribué à leur succès.

Pour cette suite, vous situez l’action en Guadeloupe. Pourquoi avoir choisi ce décor en particulier ?

Hélène Giraud : On avait l’idée de la Guadeloupe depuis 2007 à peu près. On y va depuis une vingtaine d’années en vacances. Après la saison 1 de la série Minuscule, on s’était dit qu’on devrait faire la saison 2 là-bas parce que ça nous permettrait de renouveler nos personnages et de raconter de nouvelles histoires. On n’a pas pu le faire pour des raisons économiques.

Quand Philippe Delarue nous a proposé d’écrire une suite, on s’est tout de suite dit que c’était l’occasion d’utiliser cette idée parce qu’on avait envie de mettre nos personnages dans un environnement complètement différent avec cette idée scénaristique de la petite coccinelle qui se retrouve coincée dans un carton.

Minuscule 2 est un vrai film d’aventure. Est-ce que vous aviez des références en tête, des films que vous vouliez convoquer en allant sur ce terrain de l’aventure ?

Thomas Szabo : On n’avait pas d’idée précise en tête mais on voulait retrouver un esprit qui allait vers Pirates des Caraïbes, Indiana Jones, La Forêt d’émeraude

Quand on travaille, on met ces références de côté, on raconte notre histoire et il y a d’autres références qui arrivent en cours de route. On aime bien regarder des films et c’est très difficile de lutter contre les références qui reviennent naturellement. Donc on les utilise et on les fait passer dans la narration en essayant de ne pas trop les mettre en avant parce que je déteste quand il y a des clins d’œil trop appuyés à d’autres films.

J’imagine que le travail a été encore plus intense sur cette suite puisque les effets sont encore plus réussis et les scènes sont très dynamiques. Est-ce que vous avez utilisé des nouvelles techniques que vous n’aviez pas utilisé pour le premier film ?

Hélène Giraud : Au niveau technique, on a utilisé quelque chose qui n’existait pas dans le premier : la photogrammétrie. Il s’agit de photographier un environnement ou un objet de manière très précise et ensuite de le reconstruire en images de synthèse. On l’a utilisé par exemple dans la séquence de la ruelle quand la caméra descend jusqu’au sol. Au début c’est une image tournée, et quand on arrive au niveau du bitume ça devient une image de synthèse.

Thomas Szabo : Ça nous permet ensuite, avec une caméra numérique, de faire ce qu’on veut dans ce décor qui n’existe pas finalement.

Hélène Giraud : On a également construit une maquette du galion que l’on a filmé pour de vrai. Mais toutes les séquences de vol dans la tempête sont une reproduction de cette maquette en images de synthèse. Le bateau a été scanné de la tête au pied. Ce sont des techniques très utiles pour Minuscule parce qu’on est toujours dans ce mélange entre images réelles et images de synthèse.

Est-ce qu’il y a une scène en particulier qui a constitué un véritable défi à mettre en place ?

Hélène Giraud : La scène de la tempête a été très longue à réaliser parce qu’il y avait beaucoup de FX : les nuages, la pluie, les éclairs… En plus, il y avait une animation assez complexe sur la musique de Madame Butterfly.

Dans cette suite, on voit beaucoup plus les humains. Pourquoi avoir choisi de les montrer autant ?

Thomas Szabo : Dans le premier film, on voit les humains et les conséquences de leurs actes sur le monde des insectes. Là, on voulait montrer que les deux univers pouvaient se croiser.

Outre l’envie de filmer des vrais acteurs, il y avait l’envie de jouer avec les deux échelles. On voulait aussi montrer les humains comme on montre les insectes, toujours avec une sorte de recul, comme si on était des entomologistes. C’est pour ça qu’ils ont des attitudes étranges parce qu’on voulait les mettre au même niveau que les attitudes des insectes.

© Futurikon Films

Les insectes ont justement des caractéristiques très humaines, notamment la fourmi, l’araignée et la coccinelle qui était présentes dans le premier. Comment avez-vous abordé l’évolution de ces personnages ?

Hélène Giraud : Comme on les avait déjà rencontrés dans le premier film, c’était intéressant de pousser un peu plus loin leur personnalité pour la suite. Ça nous amusait beaucoup.

Là, on voit beaucoup plus l’araignée noire et on découvre qu’elle est mélomane et qu’elle a un côté misanthrope. Elle n’aide son prochain que lorsqu’elle le décide et elle le fait avec une certaine distance. À la fin, on sent que le personnage a vécu quelque chose qui l’a beaucoup touché et transformé. Mandibule, qui a toujours l’habitude de diriger ses troupes, se retrouve sous les ordres de l’araignée. Et notre héros, la coccinelle, se retrouve dans le rôle du parent avec tout ce que ça peut avoir comme conséquences.

La musique tient également une place beaucoup plus importante dans cette suite. Comment avez-vous travaillé cet aspect ?

Thomas Szabo : La musique n’est pas uniquement utilisée comme illustration, elle est vraiment une couche supplémentaire de narration. C’est quelque chose qui raconte les personnages donc c’est orchestral. Chaque personnage et chaque lieu a un thème. Ces thèmes sont développés et racontent les choses qu’on ne peut pas montrer.

On a travaillé avec Mathieu Lamboley, qui est plus issu du classique. On a voulu une musique plus ample. Sur le premier film, il y avait une soixantaine de musiciens et là ils sont à peu près 90. Ça envoie du bois, comme on dit (rires).

La technique que vous utilisez, qui mélange prises de vue réelles et images de synthèse, est peu répandue en France. Pourquoi est-ce une technique qui vous est toujours aussi chère ?

Hélène Giraud : On avait créé ce style au moment de la création de la série, qui se voulait être une sorte de Microcosmos décalé. On voulait raconter la vie des insectes mais pas celle qu’on connaît, celle qui est cachée. Pour jouer sur cette thématique du documentaire, on avait décidé de tourner des images en prises de vue réelles. Ça fait vraiment partie de l’ADN de Minuscule. On a toujours voulu le garder, on trouve que ça créé un univers intéressant visuellement.

On a une manière de filmer les images en prises de vue réelles et de faire notre CG qui donne aussi un style particulier. Cette technique est devenue beaucoup plus sophistiquée sur les longs-métrages. Dans cette suite, un tiers du film est entièrement en images de synthèse. Le défi, c’est que tout se lie avec harmonie.

Thomas Szabo : Ceci dit, c’est quelque chose qui est de plus en plus utilisé maintenant dans les gros films américains. C’est quasiment tous des films d’animation, il y a de moins en moins de prises de vue réelles. On le voit moins parce que c’est intégré de manière réaliste. J’aime bien rappeler que pour moi Gravity est un film d’animation. Il n’y a quasiment rien de tourné.

Est-ce qu’on peut espérer une suite ? Ou est-ce que vous avez envie d’aller vers d’autres univers ?

Hélène Giraud : Les deux réponses sont bonnes. On a envie de faire autre chose, d’explorer d’autres projets. Mais on est très attaché à Minuscule donc on n’est pas à l’abri d’une suite. On a déjà écrit une histoire pour le 3. Mais d’abord on va se reposer et on verra.

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