Peu de réalisateurs se sont essayés à nous conter la cruelle période coloniale qu’est l’après Seconde Guerre Mondiale en Indochine. Pourtant c’est avec une certaine réussite que Guillaume Nicloux nous livre un film brut et hypnotique avec Les Confins du Monde, dans les salles le 5 décembre prochain.

Passé par le festival de Cannes en mai dernier, le film débute sur un long plan fixe nous présentant le soldat Robert Tassen, incarné par Gaspard Ulliel. Un moment de quiétude face à la violence qui va suivre puisque quelques minutes plus tard, Guillaume Nicloux brutalise son héros, le coupe de ses liens aussi bien militaires que familiaux pour mieux l’entrainer vers le début d’une quête vengeresse.

On se retrouve alors plongé dans une chasse à l’homme où l’obsession se fait grandissante face à un ennemi qu’on ne verra jamais réellement, caché dans une jungle qui pourrait presque être un personnage en soi. Étouffante, humide, bruyante, elle fascine et terrifie, tue autant qu’elle protège tout en restant immobile face à la véritable violence : celle de l’être humain.

Car si le visage de l’ennemi n’est pas montré, la cruauté dont font part les deux camps est quant à elle bien présente à l’écran. Membres découpés, corps criblés de balle, trahison, l’horreur des combats et la bestialité qui en découle apparaissent sans crier gare à de nombreux moments du long-métrage. Comme pour rappeler constamment aux spectateurs l’inhumanité dont est capable l’homme qui tente de survivre.

© Ad Vitam

Robert Tassen (Gaspard Ulliel) et Cavagna (joué avec brio par Guillaume Gouix) sont alors plongés dans les méandres d’un enfer vert qui emporte tout sur son passage.

Très librement inspiré des évènements de la guerre d’Indochine dont peu de récits ont été faits, Les Confins du Monde est un film de guerre qui s’écarte du schéma habituel pour préférer le récit d’une vengeance personnelle devenue quête existentielle.

Un parti pris intéressant pour un film brutal qui, s’il est parfois un peu faible en matière de jeu, se démarque par la beauté hypnotique de ses plans et une jungle incroyable à l’image.