On n’y croyait plus. Cela faisait plus de 20 ans que l’on évoquait la possibilité d’une adaptation sur grand écran des aventures de Wonder Woman, après la série kitsch mais culte portée par Lynda Carter. Il aura fallu supporter de multiples abandons – notamment celui de Joss Whedon qui avait pourtant l’un des projets les plus avancés – pour que Patty Jenkins obtienne en 2014 les rênes de ce blockbuster tant attendu, prenant ainsi la place de Michelle MacLaren qui avait, elle aussi, déclaré forfait. Décidément. Mais ça y est, il est là ce film que l’on a tant rêvé. Le premier film centré sur une super-héroïne depuis l’oubliable Elektra il y a 12 ans. Et alléluia, c’est une femme qui le réalise. Autant dire que Jenkins (à qui l’on doit le très réussi Monster) avait un immense défi à relever. Il en fallait plus apparemment pour impressionner la réalisatrice puisqu’elle s’en est très bien sortie.

Au début du film, Diana Prince est à Paris, au Louvre plus exactement. Elle regarde la photo que Bruce Wayne lui a envoyé. Une photo d’elle au temps de ses exploits, aux côtés de Steve Trevor et d’autres soldats. Le prétexte est tout trouvé pour faire un bond en arrière, sur l’île de Themyscira où vivent les Amazones, des guerrières créées pour protéger l’humanité des méfaits d’Arès, l’infernal Dieu de la Guerre. La petite Diana s’entraîne avec sa tante Antiope, redoutable warrior qui lui fait prendre conscience de sa force. Cette première partie sur l’île aux allures de paradis est une introduction très réussie qui donne un aperçu des origines de la future Wonder Woman. Un aperçu aussi de sa personnalité tournée vers l’amour et la nécessité absolue de sauver les êtres humains.

Quand Diana débarque à Londres avec Steve Trevor pour prendre part aux combats et détruire Arès, on découvre un peu plus son ingénuité qui la rend très attachante. Si elle avait tout compris sur les humains en deux minutes, on aurait trouvé ça bien ridicule. N’oublions pas qu’elle a vécu toute sa vie dans un endroit où les montres n’existaient pas, ni les hommes et encore moins la guerre, la vraie. Ce décalage face à un monde que l’héroïne ne comprend pas apporte un humour qui change de la tonalité dark adoptée par les adaptations ciné de DC Comics ces dernières années. Cet humour est teinté d’un féminisme que l’on espérait et qui fait du bien. Pour Diane, les secrétaires sont des esclaves et les femmes n’ont surtout pas besoin des hommes pour connaître le plaisir. Et bam. Rappelons que Wonder Woman a été inventée en 1941 par William Moulton Marston,- un homme féministe aux idées progressistes pour l’époque – et que le personnage est bisexuel, comme l’a confirmé DC en 2016 (hourra).

Des sauts au ralenti et Gal Gadot qui assure le show 

Quand les choses sérieuses commencent pour Diana Prince, autrement dit quand elle se retrouve au cœur des tranchées de la Première Guerre mondiale, les scènes de combats s’intensifient. Et disons le, il est beau de voir l’héroïne manipuler son épée, son bouclier et son lasso magique. Repousser les balles des allemands et faire des sauts au ralenti. Il y a quand même un bémol, les effets spéciaux ne rendent pas toujours très bien, notamment dans la scène finale. Mais passons outre et revenons à l’essentiel. Diana traverse le No Man’s Land sur l’une des plus belles compositions de Rupert Gregson-Williams et réveille à coup sûr le côté badass de toutes les femmes de cette planète. Frissons garantis.

La suite n’est pas avare d’action et de… romance. Beaucoup avaient craint que l’histoire entre Steve et Diana ne prenne toute la place. L’espion interprété par Chris Pine est certes très présent mais les prémices de l’amour entre les deux personnages sont plutôt bien amenées et ce n’est pas lui qui mène la danse, heureusement. Oublions aussi les incohérences, le make up toujours parfait de Gal et les quelques répliques qui ne volent pas très haut comme « Je crois en l’amour ». On ne peut pas changer miraculeusement les recettes des blockbusters en un film.

© Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC / Clay Enos

Diana Prince ne serait pas grand-chose sans l’interprétation de Gal Gadot. De nombreuses actrices plus au moins bankable avaient été pressenties au départ (Sarah Michelle Gellar, Eva Green, Kate Beckinsale entre autres…) pour enfiler le costume de la mythique amazone mais l’actrice israélienne est celle qui a convaincu les studios. Pas de doute, c’est elle qu’il fallait dans ce rôle et personne d’autre. Entourée d’une Robin Wright toujours parfaite et d’une troupe de talents masculins assez touchante dont le frenchie Saïd Taghmaoui, l’actrice se donne à fond et incarne une Wonder Woman à la fois superpuissante, drôle et émouvante. Well done Gal Gadot (prononcez Gal « Guadotte » pour vous la péter en soirée).

Plus qu’un pop corn movie divertissant, Wonder Woman est avant tout une œuvre plus importante qu’elle en a l’air, voire nécessaire. Il suffit de regarder la réaction de certains hommes quand des séances non-mixtes du film ont été organisées. Ou quand l’avant-première du Grand Rex a été perturbée par des cris comme « Baise-la » ou des huées insupportables. Le film n’est pas parfait, le chemin est encore long mais on progresse et Diana Prince fait partie de ce progrès. Grâce à Patty Jenkins et à Gal Gadot, les petites filles du monde entier pourront rêver de devenir une super-héroïne et pas qu’une princesse Disney. Et ça, c’est quand même hyper chouette.