« Si un homme blanc dit « donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort », le monde entier applaudit. Quand un homme noir dit exactement la même chose, il est vu comme un criminel et est traité comme tel. » Voici les premiers mots lourds de sens de James Baldwin que l’on peut entendre dans la bande-annonce de Je ne suis pas votre nègre (I Am Not Your Negro). Réalisé par Raoul Peck, ce documentaire multiprimé et nommé en février dernier aux Oscars est diffusé en avant-première sur Arte le 25 avril avant de sortir dans les salles de cinéma le 10 mai prochain.

Pas besoin de narrateur extérieur ni de commentaires vains, seule la prose de James Baldwin (doublée par Joey Starr) accompagne les images. On est en 1979, l’écrivain engagé correspond avec son agent littéraire et lui expose son projet de retracer les luttes de Martin Luther King, Malcolm X et Medgar Evers, ses trois amis assassinés. Son manuscrit, Notes for Remember this House, restera inachevé puisque Baldwin meurt en 1987. Raoul Peck réussit à donner vie à ces 30 premières pages avec une force indéniable qui nous ramène à une période sombre dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.

À travers l’histoire de Dorothy Counts – jeune fille noire humiliée par des élèves blancs juste parce qu’elle se rend à l’école – les combats pour les droits civiques jusqu’au mouvement Black Lives Matter en passant par les westerns de John Ford, c’est l’histoire des États-Unis qui est sondée. Une histoire sombre, violente et pétrie de contradictions. Les images d’archives se superposent aux images d’actualité avec une effrayante continuité.

« C’est choquant de voir qu’à cinquante ans d’écart, les choses ont empiré » rappelle Raoul Peck. Il est donc d’autant plus fondamental aujourd’hui d’entendre les mots de James Baldwin. C’est une nécessité, presque un devoir, pour se souvenir et ne pas rester aveugle face à des actes de discrimination impensables mais pourtant bien réels.


Réquisitoire puissant et d’utilité publique, Je ne suis pas votre nègre est à ne pas manquer le 25 avril à 20h55 sur Arte.