C’est dans les bureaux du label Because Music qu’on a fait la rencontre de Joakim, qui sortira son nouvel album SAMOURAI le 17 mars.  Producteur et fondateur des labels Tigersushi et Crowdspacer, on a évoqué avec l’artiste son attrait pour le complexe, l’hétérogénéité et le piège du confort. 

Ton premier album était en 1999. Ça fait déjà 18 ans, quel souvenir as-tu de toi à cette époque ? 

C’était vraiment il y a un bail ! J’étais jeune. J’essaye toujours de me souvenir de cette époque, de la démarche créative dans laquelle j’étais. Cette naïveté qu’on a au départ s’efface un peu au fil du temps, on comprend mieux comment fonctionne le milieu, les attentes, les gens autour de soi etc… Donc ça pollue un peu cette sorte de pureté originelle. C’est pour ça que j’essaye souvent et encore plus avec ce nouvel album de me remémorer la manière dont je ressentais les choses au tout début.

Tu as réussi à retrouver la naïveté de tes débuts avec « SAMOURAI »? 

Je ne pense pas que je puisse retrouver une naïveté comme celle que j’avais auparavant. Rien que dans mon approche je ne peux plus être le même. Je me souviens que j’allais voir les labels avec mon synthé et je faisais juste « Play » dessus pour leur faire écouter. Tout le monde me prenait pour un fou ! Je n’avais aucune expérience. Donc cette naïveté là, ça n’est pas gênant de l’avoir perdu, crois-moi. (rires) Après c’est plus la sensibilité que j’avais dans mes débuts que j’essaye toujours de retrouver.

Il y a aussi le fait qu’on tombe plus facilement dans des habitudes avec le temps. C’est un danger pour toi ? 

Oui complètement. J’ai toujours essayé d’éviter de me laisser aller à des habitudes en changeant constamment ce que je fais, quitte à déconcerter beaucoup de gens par moment ! C’est un véritable piège à éviter.  David Bowie disait d’ailleurs que s’il avait un seul conseil à donner aux jeunes musiciens ce serait de ne jamais rentrer dans une zone de confort. Sinon ça annihile toute la création artistique.

C’est à dire qu’il faudrait avant tout essayer d’être non-conformiste? 

Je ne sais pas si c’est le bon terme. Je pense qu’il faut, dans n’importe quel projet artistique, maintenir une forme d’intégrité. Aujourd’hui il y a beaucoup de pression pour formater les choses, les mettre dans des cases bien définies. J’ai beaucoup de mal avec ça ! Avec tous les outils qu’on a et la manière dont la musique circule on peut facilement adopter une approche un peu cynique et calculée de la musique, ce qui est dommage. Je préfère penser à l’inverse ! Comme tout est un peu régi par le marketing et que le marketing a besoin d’éléments homogènes et simples pour fonctionner, j’aime cultiver l’hétérogène et le complexe. L’homogénéité m’angoisse !

En général ou dans le milieu musical ?

Les deux. J’adore et je vis à New York pour cette raison. C’est la ville la moins homogène possible, l’ultime mix de toutes les cultures  ! Je me sens à l’aise là-dedans.  J’aime les différences. C’est comme ça dans tout. En art, les artistes qui m’intéressent le plus sont ceux dont on ne comprend pas tout de suite le travail, avec lesquels la compréhension n’est pas instantanée ni figée. Après c’est clairement un avis personnel !

C’est ce que tu recherches aussi chez les artistes avec lesquels tu travailles sur ton label ? 

Oui, c’est la même approche ! On ne fonctionne pas de manière commerciale, on n’a pas de règles ou un cahier des charges que doivent remplir les artistes pour être signés. On fonctionne beaucoup aux coups de coeur. Le dernier truc qu’on a signé était un album électronique complètement barré alors que le projet précédent était plus proche du rock. Mais malgré tout, il y a un fil conducteur qui est qu’on fonctionne de manière humaine ! Si humainement ça ne colle pas, on n’ira pas plus loin.

Quelle est la question qu’on te pose le plus souvent en interview ? 

Celle qui revient assez souvent c’est : « que penses-tu de la scène actuelle ? ». C’est un peu compliqué parce que pour moi il n’y a pas qu’une seule scène donc ça ne signifie pas grand chose. Ou sinon très souvent on me demande ce que j’écoute en ce moment ou ce que j’ai découvert et je ne sais absolument pas répondre. J’écoute plein de choses donc je n’arrive jamais à me décider et à me fixer sur un truc. (rires) Je fais un blocage.

Et quelle est la question qu’on te pose le moins souvent ? 

Ça n’est pas une question précise mais on ne me parle jamais de technique. Ce que je comprends parfaitement parce que ça n’intéresse personne à part les professionnels de la musique ! (rires)  Je suis un nerd donc j’adore ça mais c’est hyper chiant comme sujet donc c’est pas plus mal.

Je t’avoue que je n’arriverais pas forcément à te suivre sur une discussion purement technique ! On est en mars, mais  que peux-t-on tout de même te souhaiter pour 2017 ? 

Je n’en demande pas beaucoup, qu’on me laisse faire ma musique tranquillement ! Ah si, j’aimerais bien que Beyoncé vienne me demander de faire un morceau pour elle, un truc anti-Trump que je produirai  ! (rires)


Samourai , le nouvel album de Joakim sortira le 17 mars prochain