Son nom est emprunté à un film de Jacques Tourneur et pourtant La Féline ne ressemble à aucune autre, la preuve avec son nouvel album Triomphe. Caressant, sensuel et enivrant sur plus de quinze titres, l’objet sonore que nous délivre l’artiste est une véritable réussite qui nous a donné envie de la rencontrer.

Tu viens de sortir un nouvel album et tu écris aussi depuis quelques années sur un blog sur lequel j’ai trouvé cette phrase « Le triomphe, ce ne sera probablement pas le mien, peut-être celui de quelque chose qui viendra me détruire. Comme celui des empereurs romains entrant dans les villes conquises, il sera chargé de morts. Mais j’ai mon rêve, et mon couteau. »  Cela serait ta définition du triomphe ? 

Je ne pense pas qu’il y ait une seule définition du triomphe.  Je voulais un disque qui soit beaucoup plus tourné vers le corps, qui soit plus charnel, allant parfois jusqu’à une sorte de jouissance, d’orgasme. Mais on vit dans une époque assez difficile donc j’ai conscience qu’il y a des choses obscures et que tu ne peux finalement pas toujours te cacher dans l’extase ou le rêve. Il y a toujours cette dualité dans ma musique de manière volontaire ou involontaire. Il y a une émancipation très forte qui fait  pourtant face à une vulnérabilité, d’où le fait que  Triomphe sera peut-être quelque chose qui viendra me détruire mais que dans tous les cas, je tenterai de me défendre.

Dans ton morceau « Trophée »  tu décris cette  « héroïne des armées ». Cette guerrière, c’est toi ? 

Non et c’est justement la raison de cette chanson. Je ne suis absolument pas quelqu’un d’agressif, je suis plutôt dans l’empathie. J’aime que les gens soient biens. Finalement « Trophée » est une chanson contre ma propre douceur, c’est de l’auto-conviction. J’aimerai être plus guerrière, donc je me le répète et le chante ! (rires)

Le blog ou la musique sont deux supports sur lesquels tu écris ? L’un te semble plus important que l’autre ? 

Oui, clairement.  Le plus important pour moi c’est la musique. C’est elle qui est moteur, qui m’emmène, qui génère des pensées. Je pars toujours de la musique. J’adore écrire aussi, mais je ne pourrais pas seulement être écrivain, ça serait comme m’enlever quelque chose ! Tu m’arracherais le coeur !

Promis ce n’est pas mon but ! Chaque chanson raconte une histoire à part entière mais l’une a particulièrement attiré mon attention:  « Nu, Jeune, Léger ». Ces trois mots sont les seuls qui reviennent constamment dans ce titre pourtant il possède une ambiance très spéciale. 

Il y a cette idée de la naissance. Car on nait nu et jeune et à priori léger également ! Psychologiquement il y a également la notion de libération dans ce morceau, celle du bonheur car tout est à venir. Pour moi la musique a une grande fonction de consolation, elle est là pour caresser les gens. Ces trois mots sont de nouveau de l’auto-conviction, qui j’espère donnera aux gens le sentiment d’être jeune, nu et léger à la fin de l’écoute  !  Après tu as aussi le droit de te mettre directement nu avant d’écouter le morceau. Si je peux simplement donner un conseil aux lecteurs : ne soyez pas nus dehors car en ce moment … il fait froid ! D’ailleurs couvrez-vous ! Sortez-couvert aussi ! Protégez-vous et soyez libres!

Tu as composé tout l’album dans un lieu précis: le Performing Art Forum de Saint Erme. Qu’est ce qu’il symbolise pour toi ? 

Là-bas les énergies circulent, les gens font la cuisine ensemble, composent, jouent jusqu’à 4h du matin, d’autres écrivent… J’ai appris beaucoup des autres, il y avait une émulation incroyable. C’est un lieu chargé d’histoires, d’âmes et ça se ressent. Le lieu m’a énormément inspiré donc j’ai ramené toute mon équipe là-bas et on a créé un studio éphémère dans lequel on a enregistré l’album ! C’était un beau moment.

Tu avais composé le premier album de manière assez solitaire, c’était naturel de t’entourer pour le second ? 

Oui, lorsque tu trouves les bonnes personnes c’est extrêmement fluide. On s’est entre-ambiancé. Je savais où je voulais aller donc c’était facile de les guider et eux ont su percevoir avec précision  mes envies et idées.

J’ai pris trois définitions du mot « triomphe », qui vont à chaque fois m’amener à une question en rapport. 

« Le triomphe est la réussite d’une cause qu’on défend » . Quelle est la cause qui te tient le plus à coeur ?

L’indépendance ! En règle générale je défends l’idée de ne pas se conformer aux normes. Je ne parle pas d’une rébellion systématique mais de s’autoriser à ne pas correspondre à ce qui est attendu. Car sinon tu ne peux rien créer.

« Le triomphe est une joie extrême ». Qu’est ce qui te rend heureuse dans la vie ? 

Jouer. Et écouter certains albums. Par exemple l’album du groupe Talk Talk de 1988, Spirit of Eden,  est un disque que j’écouterai jusqu’à la fin de ma vie. Il est sublime ! Il m’a d’ailleurs beaucoup inspiré pour Triomphe . C’est très climatique, il y a de superbes ambiances avec une voix très généreuse.

« Le triomphe est une victoire personnelle ». Quelle a été pour toi l’une des tes plus grandes victoires ? 

Pour moi l’ennemi c’est moi-même et notamment les interdictions que je m’impose, donc j’essaye de progresser vis à vis de ça. Après je suis très fière de cet album mais c’est un succès collectif et non personnel. C’est quelque chose qui a été gagné à plusieurs puisqu’on était une équipe dessus. Alors disons que la victoire personnelle se trouve dans le fait d’avoir réussi à fédérer tous ces gens géniaux autour d’un projet ! J’ai réussi à les entrainer dans mon délire avec presque rien !

Quelle est la question qu’on te pose le plus souvent ? 

D’où vient ton nom ! D’ailleurs je n’en peux plus des titres d’articles du style « La Féline sort ses griffes ». Ce sont toujours des métaphores à deux francs sur les chats ! (rires) Je trouve ça dommage car généralement ils n’ont pas écouté l’album !

Quelle est la question qu’on ne t’a jamais posé en interview et que tu aimerais qu’on te pose ? 

Ce que j’adore dans les questions c’est justement le fait que la plupart du temps je ne m’y attends pas. Disons que la question que j’aimerais qu’on me pose et celle que je n’ai pas encore en tête aujourd’hui !