Avec une esthétique gominée 50’s, le trio parisien fait un tour de force depuis six ans : distiller un rockabilly dansant au travers de compositions rock ultra-modernes. Si ce n’est l’inverse… On ne sait plus trop tant les étiquettes se brouillent dans l’irrésistible élan rock’n roll qu’insufflent les Howlin’ Jaws avec un esprit qui se réfère plus à l’énergie sulfureuse qu’à un revival de genre. Probablement ce qui a excitées les oreilles expertes du jury des sélections des Inouïs du Printemps de Bourges 2017…

Dans le studio du Canal 93 à Bobigny où ils ont décroché une résidence, l’ambiance est à la cool quelques jours avant leur concert au FGO Barbara, tremplin aux Inouïs du Printemps de Bourges 2017. Mais il ne faut pas se fier aux apparences joviales et détendues du groupe : avec plus de 24h de répétition en trois jours et environ 250 concerts au compteur selon des pronostics amusés d’un « manque d’archive », les garçons bossent sérieusement sans se reposer sur les lauriers d’une expérience solide de live. Le tout en gardant un humour léger et une complicité féroce.

Rencontrés à la maternelle ou sur les bancs du collège, Djivan (contrebasse / chant), Lucas (guitare) et Baptiste (batterie) nous narrent des épisodes fabuleux de tournée que tout groupe à l’esprit aventureux rêverait (et détesterait) d’avoir. Et à seulement 25 ans, les anecdotes épiques ne manquent pas.

Le plus frais de ces bons souvenirs est celui de toute la tournée japonaise en octobre et novembre dernier, se terminant sur un concert commandé à la dernière minute par « le parrain du rock nippon » pour la clôture d’un Festival Garage dans un mini bar tokyoïte, la veille de leur retour français ultra matinale. De quoi bien dormir dans l’avion avec la « conscience du travail bien fête », expression qui  pourrait  d’ailleurs résumer l’esprit du groupe.

Outre les nuits blanches pleines d’adrénaline, les concerts en Espagne avec les Ghost Hightway, des premières parties à l’Olympia, l’accompagnement sur la tournée de la chanteuse icône des 50’s Wanda Jackson, il y a aussi les concerts improbables…

Des plans surréalistes, ils gardent une affection particulière pour celui au beau milieu de silo à betteraves dans le Loiret avec une barmaid sans dents et des vigiles à battes de baseball où il faut jouer entre les barils enflammés et devant un drapeau sudiste. Mais le tout avec un open bar dont ils auront profité allègrement, précise Lucas l’œil brillant comme une pinte de blonde.

On passe vite sur quelques échauffourées où l’on se chiffonne dans les rues de Paris (en réponse à des insultes et aux coups de parpaings lancés en pleine tête) pour illustrer tout le spectre de l’expérience rock’n roll acquise. Comme beaucoup de groupes, ils n’auront pas échappé non plus à l’enfer du vol de leur matériel un jour à Amsterdam, avec une mention « poisse » pour débarquer le lendemain dans un bouge remplie de skinheads qui crèvent à coup de couteau une roue de leur camion. Le générique de fin de cette histoire se fait sous une pluie de bouteilles de bière…

« 99,9% du temps t’es super bien accueilli et tout se passe à merveille » rassure Baptiste, petit sourire en coin et tatouage de pistolet cosmique sur le bras, souvenir de la fin d’une longue tournée 2016 au Japon comme en France.

On a compris ici que  si Howlin’ Jaws est avant tout une formation faite pour le live, c’est aussi une belle histoire de copains plongée dans la vie de musiciens semi-pros envisagée avec une certaine témérité comme un détachement léger et rieur.

Avec des débuts sous le nom de Mad Mouth au collège et au lycée dans une formation à quatre, le départ du bassiste pousse le groupe à se renommer, se rénover et Djivan apprend la contrebasse : « Comme on composait tout à trois je m’y suis mis. J’ai appris sur une guitare acoustique sur laquelle j’ai mis seulement une corde sur deux. Deux mois après avoir acheté la contrebasse on a fait un concert, c’était compliqué pour moi mais ce qui est cool avec cet instrument c’est que même si au début les gens ne m’entendaient peut-être pas vraiment jouer, quand tu montes dessus ils kiffent et c’est la folie ». 

Même s’il « y a quelque séquelles » rockabilly selon Lucas et que « c’est beaucoup de cheveux et de gomina » pour Djivan qui plaisante, avec une formation intégrant une contrebasse et une esthétique 50’s on pourrait s’attendre à des influences majoritairement de rock et blues old-school… mais pas vraiment : « A la base au collège et lycée on écoutait du punk. Ensuite des choses de plus en plus vielles, les Stray Cats et surtout Johnny Burnette nous ont marqué » en plus de concerts de groupes mythiques qui ont donné des étoiles dans les yeux et des fourmis dans les doigts des trois parisiens : The HivesReverend Beat-Man, MagnetixIggy Pop, The Stranglers ou encore Raoul Petite.

Fans de Jack White, The Black Keys et « tout ce qui est rock enregistré de manière crade et indé en général », c’est JD Mc Pherson dont ils se sentent le plus proches dans la démarche d’intégration et de transcendance du style rockabilly :

« On s’est émancipé des codes de vocabulaires du rockabilly, on ne se pose pas de barrière. Les étiquettes nous on s’en fout. Même si la contrebasse installe l’ambiance rockab’, on ne s’est jamais pris la tête quand on compose pour savoir où était la frontière. On connaît les codes mais on s’en sert plus qu’on les reproduit. D’ailleurs on ne fait pas de reprises mais que des compos.»

Et c’est là toute la spécificité des Howlin’ Jaws : une énergie qui draine tous les styles de rock, de la surf au punk en passant par le blues, le garage et la musique 60’s, le tout distillé en une explosion dansante surplombée de thèmes aussi universels que les filles et la gueule de bois. Leur recette magique ?  « On a des rythmes quasi inhabituels par rapport à la musique d’aujourd’hui qui est très binaire, dans le rock, la pop, le hip-hop ou la techno : nous s’est up tempo ou ternaire, les gens dansent parce qu’on joue sur cette base, et on joue pour que le public se mette à bouger et éventuellement se sauter dessus ».

Avec des nouvelles compositions en enregistrement et une année 2017 déjà chargée en concerts (avec on l’espère une sélection au Printemps de Bourges) on souhaite aux Howlin’ Jaws d’assouvir leurs bonnes résolutions : s’ouvrir à un plus large public pour de plus grands moments de swings et de transpiration rock.

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La page Facebook des Howlin’ Jaws

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