Otis Stacks, c’est la collaboration entre Michael Munch (leader du groupe danois Dafunkis) et Elias Wallace, auteur-compositeur, chanteur et rappeur californien.  A l’occasion de la sortie de leur premier EP, on nous a donné rendez vous dans le 11ème arrondissement, quelques temps avant l’une de leur live session. L’un étant occupé avec les balances, on a passé un moment en tête à tête avec Ellias afin de parler de ce nouveau projet, mais également d’éléments plus personnels, des valeurs de l’artiste et ce qui l’anime aujourd’hui. 

Comment vous êtes vous rencontrés ? 

J’étais rappeur avant et j’avais posé ma voix sur l’un des sons d’un autre ami rappeur dont Michael était le producteur. Je le connaissais seulement comme le « danish guy  » qui s’occupé de la production puis on s’est rencontrés et on est devenus amis. De fil en aiguille on a décidé de créer un projet à part et de là est né Otis Stacks.

D’où est venu le nom ? 

On en avait un autre au début mais on s’est vite aperçu que des milliers de groupe s’appelaient comme ça ! (rires). Donc on a changé. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aux Etats-Unis, on voit très souvent des blancs américains s’approprier la black music sans jamais  lui donner de crédit ou respecter les origines de cette musique. C’est un peu le concept du « Je viens de découvrir l’Amérique, elle m’appartient ! » alors que les indiens y habitaient  déjà depuis un bon nombre d’années. En tant que blanc ayant grandi dans les quartiers noirs de Los Angeles, j’ai été bercé par cette musique et je voulais vraiment rendre hommage à mes influences, ne pas les mettre de côté en prétendant que nous avons tout inventé.  Donc on retrouve un peu d’Otis Redding ou de Stax Records dans le nom.

Le clip Fashion Drunk est vraiment cool, que représente ce panda ? 

En réalité on voulait un panda car on avait besoin d’un être qui ne soit pas effrayant, qui représente une image sympathique. C’est un être innocent, qui ne cherche pas à se reproduire tout le temps, qui est plutôt tranquille. Mais dans le clip cette image s’en trouve froissée, l’innocence n’est plus car on désirait montrer que nos actes, quoi que nous sommes au départ, peuvent nous abîmer petit à petit. Qu’ils ont des conséquences et avant tout sur nous-même. C’est  Jean-Pierre Sastre qui a réalisé ce clip et je trouve qu’il a fait un boulot incroyable à partir d’un simple script que j’avais écrit !

Quel est la plus grande différence entre Otis Stacks et tes projets plus anciens ? 

Musicalement parlant, je pense que mes autres projets étaient plus énergiques, plus dansant, plus funky, c’était comme un grande fête sur scène. Avec Otis Stack, il y a quelque chose de plus sérieux, de plus mature. J’ai par exemple écrit ce premier titre Fashion Drunk lorsque ma femme est tombée très malade ! Je me suis mis à explorer la distance qui peut se créer entre deux personnes, que l’amour possède des hauts et des bas et le fait que tu ne puisses pas forcer quelqu’un à t’aimer. J’ai mis beaucoup de ces questionnements dans des morceaux.

Et au niveau personnel, tu trouves que ta musique a évolué ? 

Oui forcément. Etant gosse je trainais dans la rue, je rappais et les choses qui m’animaient  étaient différentes que celles d’aujourd’hui. Donc j’ai évolué, je me suis construit en tant qu’homme et je pense que ma musique a évolué avec moi. Aujourd’hui, je ne suis plus dans le combat constant,  j’ai vraiment à coeur de diffuser de l’amour à travers la musique, même si ça peut paraitre un peu cliché.

otis stacks

Le sujet principal de cet EP est le désir, ces envies qu’on possède tous. Quelle sont tes désirs dans la vie de tous les jours? 

Je suis un homme religieux, donc c’est important pour moi de servir le dieu auquel je crois. Après mon but principal dans la vie est de donner de l’amour aux gens, de les aider c’est la raison pour laquelle je suis également devenu prof pour les enfants pauvres de mon quartier ! J’ai grandi pauvre et aujourd’hui je m’en suis sorti, mais je n’oublie pas d’où je viens. J’ai d’ailleurs acheté ma maison dans le même quartier où j’ai vécu et il y a toujours beaucoup de problèmes là-bas. Quand j’étais très jeune je me battais tout le temps et un jour quelqu’un  m’a montré qu’il y avait d’autres façons de s’exprimer. Ça a changé beaucoup de choses dans ma vie donc je veux vraiment transmettre ce que j’ai appris à ma communauté, donner des cours aux enfants et aussi apprendre à de jeunes adultes à gérer leur violence. J’ai vraiment construit ma vie autour de ça et bien sûr la musique me fait vibre également. J’ai le désir que ma musique soit authentique, personnelle et profonde, je ne suis pas motivé par l’argent car j’estime qu’être riche ne veut pas dire réussir. Regarde Donald Trump, il est immensément riche et pourtant pour moi ce n’est pas quelqu’un de bien, il n’a pas réussi selon ma définition. Je juge la réussite par le fait que tu donnes le meilleur de ce que tu as, que tu as le sens de la justice, que tu prêtes attention aux autres. La réussite est avant tout humaine.

C’est une belle valeur. Tu en as d’autres ? 

Je crois beaucoup en la compassion, la grâce et l’amour et que tous les êtres humains ont la même importance. Si les gens se voyaient plus comme des égaux, ça changerait beaucoup de choses ! On traiterait mieux ceux qui nous entourent et on protégerait ceux qui sont dans la difficulté. Après l’égo est une chose avec laquelle on doit composer constamment, car je pense que penser d’abord à soi est un instinct naturel qu’il faut simplement savoir tempérer afin de ne pas oublier de s’ouvrir aux autres et de prendre soin d’eux.

Michael arrivant à la fin de l’interview, on décide de lui poser tout de même la même question.

Michael: L’une de mes plus grandes valeurs est la liberté. Je l’applique d’ailleurs dans ce que je fais dans ma musique ou même ma vie, j’aime être libre. Je ne veux pas être enfermé dans une case, je veux pouvoir expérimenter, tester des choses nouvelles, continuer à créer. Se remettre en question est également important, ça te permet d’essayer d’être meilleur, de progresser et d’avancer.

Merci.

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