Lorsqu’on arrive dans ce petit café niché dans le 18ème arrondissement, c’est un Vincent tout sourire, emmitouflé dans son écharpe que l’on rencontre. Un café et un thé plus tard on évoque avec lui son projet musical I AM STRAMGRAM, son attirance pour le second degré, sa relation amicale avec une chèvre et bien d’autres sujets encore…

Comment vas tu ? 

Super. Je vais très bien, bien qu’un peu fatigué. Ça a été une super année et ça continue encore jusqu’en février.

Tu qualifierais I AM STRAMGRAM de projet solo ou duo ? 

C’est un projet solo mais on est en duo sur scène depuis les auditions du Printemps de Bourges  de cette année. Techniquement j’avais besoin de quelqu’un pour m’accompagner et avoir plus de corps et de percussions sur scène donc mon batteur m’a rejoint ! En réalité j’ai plusieurs groupes à côté de ce projet là, on est tous basés à Bordeaux et on fait partie du Collectif Du Fennec dans lequel j’ai 3, 4 groupes. En parallèle je fais également de la musique pour des compagnies de danse et des spectacles et I AM STRAMGRAM est le dernier projet. Au début, cela me permettait de reprendre les chutes d’un autre groupe, les morceaux qu’on ne jouait pas parce que ça ne prenait pas. Quand tu es en groupe, tout passe par la discussion, tu construis ensemble ce qui est très bien mais tu peux moins te permettre d’être têtu et d’emmener tes propres idées jusqu’au bout. J’avais envie de me démerder un peu tout seul et j’aime assez la solitude.

D’où est venu le nom ? 

Il y a ce mélange de français et d’anglais que j’aime bien et on y retrouve cette thématique de l’enfance, des souvenirs et de la nostalgie. Après tous les titres ne sont pas forcément liés à l’enfance dans les EPs.

Notamment ton dernier clip Camilla, qui n’est pas réellement enfantin !

Tu trouves ? Ça m’intéresse de savoir comment tu l’interprètes.

Disons que je vois plus ça comme un refus de la solitude que de l’âge adulte. Bien qu’en y réfléchissant, la poupée gonflable peut avoir quelque chose de très enfantin, si on oublie son utilité. 

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce clip.  Il y a cet aspect de la solitude, du jeu, pas très adapté aux enfants, très sexualisé. Mais les paroles sont sur un bouquin qui s’appelle Demande à la poussière de John Fante sur laquelle beaucoup de groupes de musique ont écrit. C’est une histoire d’amour compliquée entre un écrivain et une serveuse avec un fort tempérament, donc cette poupée peut également représentée l’incompréhension au sein du couple, la non-communication. Il y a vraiment plusieurs angles d’analyse. C’est venu d’une proposition du collectif Hotu avec qui j’avais déjà travaillé sur un autre clip, ils sont venus avec l’idée, on l’a creusé et ça a donné ce clip.

J’aime beaucoup l’univers que tu as créé autour du projet. Et j’ai un petit coup de coeur pour le titre de ton avant dernier EP: «  Jurassic Poney » ! Ça fait du bien de voir ce côté décalé dans un projet musical. 

Ça me fait plaisir car c’est toujours à double tranchant. La musique indépendante est toujours un peu premier degré, un peu sérieuse, tout est léché et parfois c’est chiant. On a beaucoup travaillé l’aspect de ce projet et on a voulu rompre avec le sérieux. Pour le titre de l’EP dont tu me parles c’est parti du fait que j’aimais bien les dinosaures et que je signais toujours mes mails « Poney ». Allier les deux nous faisait rire, on s’est dit que c’était une idée de merde… donc qu’elle avait toute sa place ! Je fonctionne beaucoup comme ça avec I AM STRAMGRAM. Après il y a des gens que ça dérangent, qui pense que c’est du foutisme. Pour moi, tu peux faire des choses biens en gardant du recul et de l’humour. Et puis les blagounettes entre potes à deux balles ça nous ressemble ! On fait de la musique pas de la géopolitique donc on peut se lâcher un peu.

iamstramgram

T’as un exemple d’une « blagounette » qui t’a marqué ? 

Ce n’est pas à proprement parlé une blague mais lorsque je remplissais les questionnaires pour des tremplins musicaux comme le Ricard S.A Live, je répondais souvent n’importe quoi. Combien de fans sur Facebook ? Réponse : un milliard.  Comment avez vous connu le tremplin ? Réponse: par une chèvre. Après ça passe ou ça casse mais au moins tu restes toi-même et tu t’éclates !  Apparemment pour le Ricard S.A Live ça a plutôt bien marché ! C’est important de décomplexé le tout en sachant rester respectueux.

Quelle est la question qu’on te pose le plus souvent en interview ? 

La question sur mes influences à laquelle je ne sais d’ailleurs jamais quoi répondre.

Et la question que tu aimerais qu’on te pose mais qu’on ne te pose jamais ? 

J’ai pas réfléchi à ça ! Je ne sais pas … On ne m’a jamais demandé comment allait la chèvre  qui m’avait recommandé de postuler au Ricard S.A Live dont je te parlais juste avant.

Rattrapons ça alors. Comment va-t-elle ? 

Elle se porte bien, elle a passé une bonne année, du coup on a pu lui acheter une nouvelle étable et ça lui arrive de partir avec nous sur les routes lorsqu’on peut la prendre, malheureusement on ne peut pas aussi souvent qu’on aimerait ! Ça te va comme réponse ? (rires)

Parfait ! Tu parles justement de tournées, comment fait-on pour avoir une vie personnelle lorsqu’on enchaîne sans cesse les dates ? 

C’est parfois un peu compliqué. Avec tous les autres projets en parallèle ça fait beaucoup d’occupation. En plus de ça j’ai une petite amie qui est comédienne donc elle est souvent sur la route également donc ça ne facilite pas les choses. Et dans ces milieux là on a toujours un peu peur de se retrouver sans travail donc quand on en a, on ne veut rien lâcher et on ne s’arrête plus ! C’est sûr que l’espace personnel est difficile à préserver mais  sincèrement… C’est un dilemme de riche ! (rires) Je suis loin de m’en plaindre et il n’y a que ceux qui vont bien qui se lamentent d’avoir trop de travail à l’heure actuelle.

Tu penses qu’avoir du travail dans ce milieu est compliqué ? 

En vivre peut l’être mais le plus compliqué reste de durer. Il y a un nouveau groupe cool qui nait toutes les heures et c’est un milieu, la musique, dans lequel tu as un turn over constant. Quand tu es une nouveauté tu es programmé souvent mais c’est un vrai challenge pour rester présent par la suite, d’avoir une existence dans le temps.

Qu’est ce qui fait la durée de certains artistes à ton avis ? 

C’est une très bonne question. Je pense que si la recette existait, on le saurait. Après le travail est important ainsi que l’accompagnement. Sans les gens qui sont derrière toi, tu n’es qu’un gars qui écrit des chansons. C’est grâce à toute l’équipe qui t’entoure que tu peux réellement arriver à un bon résultat. Donc il faut bien choisir les gens qui sont avec toi sur les projets.

C’est peut-être une question d’évolution également. Tu fais de la musique depuis presque vingt ans, j’imagine bien que ton style, tes goûts et tes sonorités ont évolué depuis tes débuts. Tu t’en souviens d’ailleurs de tes premiers pas d’artiste ?

Oui, c’était tellement nul ! (rires) J’avais des boutons partout, les cheveux longs, j’avais un groupe de rock ! Je chantais vraiment mal.  La dernière fois, je suis tombé sur des morceaux qu’on avait composé à l’époque,  j’ai cru pleuré de honte en entendant les paroles !  (rires) Mais bon il fallait bien commencer quelque part.

A ce point ? De quoi avais tu envie de parler à 16 ans ?

De trucs d’adolescents. Des combats intérieurs marqués par des phrases toutes faites comme :  « les adultes sont tous des cons ! » (rires).  Quand j’entends les gamins d’aujourd’hui, élevés à la musique indé et qui savent déjà faire des programmations sur ordinateur, je prends une branlée. Il y a une maturité dans l’approche musicale de cette génération qui est incroyable. Je n’avais absolument pas ça quand j’étais jeune. J’avais une approche instinctive de la musique mais j’ai mis du temps à me comprendre, à grandir. Je devais être un peu lent.

Au final, qu’est ce qui t’as donné envie de te lancer ?

J’ai fait pas mal de petits boulots, j’ai même donné des cours en Angleterre et tout ça ne me convenait pas. Ça me rendait aigri et j’ai ressenti de plus en plus l’envie de faire un travail qui me plaisait et me faisait vibrer. Je sais que ça sonne cliché mais c’est comme ça que je l’ai vécu. Après, ce qui m’a motivé à me lancer ce sont surtout les rencontres que j’ai faites et les gens qui m’ont soutenu, que ce soit professionnellement ou personnellement. C’est vraiment ce soutien qui m’a permis d’avoir assez confiance en moi pour me lancer !

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Retrouvez l’artiste aux Bars en Trans à Rennes le 2 décembre prochain.

Et obtenez  le tout dernier EP « No Incoming Sound » d’I AM STRAMGRAM en cliquant juste ici:

no incoming sound

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