Dans un spectacle mêlant avec brio l’art du stand-up et celui de la danse, Edgar nous raconte une enfance tiraillée entre ses rêves de ballets et un père peu disposé à voir son fils en « tutu ». C’est drôle, rafraîchissant, profondément moderne : amateurs de Dirty Dancing, courez !

Edgar, trente-six ans ans, est d’abord danseur : il a fait ses classes à la Junior ballet compagnie et au Conservatoire de musique et de danse de Bézier. Sa carrière l’amène à multiplier les projets et à sillonner les scènes, dont celle de l’Opéra de Montpellier et du théâtre du Châtelet. Ce n’est que bien plus tard, en 2012, qu’il en vient au théâtre. Le cœur dans les talons est né de cette double vocation, et de son désir de « raconter une histoire » en « s’inspirant d’une vie et composer une palette de rires colorés » : le pari est réussi !

Edgar, dix ans, est un petit garçon un peu différent des autres : il préfère les libellules aux ballons de foot et la musique classique au vrombissement d’une moto. Fils d’une mère au foyer et d’un père plâtrier dépité par son manque de virilité, il rêve, en Billy Elliot des temps modernes, de devenir danseur classique.

Dès les premiers instants de cette belle performance, Edgar nous plonge avec un humour décapant dans ses souvenirs d’enfant : le comédien y interprète tour à tour son propre rôle, celui de son père – on soulignera au passage son talent pour imiter l’accent du sud –, de son professeur de danse, ou encore de la belle Eléonore, qui l’emmènera à son premier cours de danse et lui causera, au passage, ses premiers émois amoureux. Passant d’une saynète à un numéro de danse, d’un rap à une chorégraphie des plus originales avec une dextérité prodigieuse, Edgar ne cesse de se métamorphoser tout en se racontant : car s’il a le cœur dans les talons, Edgar n’a pas la langue dans sa poche !

Un plateau nu, quelques accessoires et une sélection musicale digne d’un samedi soir sur Nostalgie suffisent à donner corps à un spectacle puissant, énergique et sincère, égrené de références cinématographiques (très) bien choisies et de souvenirs particulièrement cocaces.

Ce cocktail détonnant, derrière sa légèreté revendiquée , a le mérite de déconstruire quelques clichés sur l’identité et la virilité : car oui, on peut danser et aimer les filles… c’est d’ailleurs la meilleure manière de les reluquer dans un vestiaire ! À bon entendeur…

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Edgar, le cœur dans les talons

Mise en scène de Yoann Chabaud

Au Théâtre de Ménilmontant, jusqu’au 21 décembre

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