De cette quinzième édition du festival d’électro et d’arts numériques nantais, il y a beaucoup à retenir tant le collectif Stereolux s’est démené pour que l’émerveillement visuel et sonore soit au rendez-vous. Rendez-vous auquel COCY a répondu présent vendredi 23 et samedi 24 septembre, les oreilles grandes ouvertes et les jambes fébriles sous les palpitations électroniques qui ont fait vibrer la ville.

Il faut commencer par là : ce qu’il y a avant tout de remarquable à Scopitone, c’est la programmation musicale, sans « tête d’affiche » et malgré des pointures (Mykki Blanco ; Agoria ; Helena Hauff ; Paula Temple), et surtout l’incroyable qualité sonore des prestations scéniques, critère parfois défaillant dans les festivals qui se déroulent en intérieur et dans de grands espaces. Bref, chapeau bas à la technique.

Ensuite, c’est dans les « Nefs » ouvertes de Stéréolux que tout commence. Sorte de bâtiments-hangars rénovés et aménagés sur la presqu’île nantaise où l’on retrouve l’univers de Jules Vernes avec les caroussels-machines et l’éléphant-mécanique, « La Boite » a battu son plein les deux nuits du 23 et 24 septembre. On pourrait presque dire « scène intermédiaire » entre les salles « Maxi » et « Micro », plus insonorisées à l’intérieur, mais cette nouvelle scène très étendue et à moitié en extérieur s’est constituée comme l’échine du festival. Une ambiance résolument club à en réveiller les fantômes des machines et les grues de l’ancien port réhabilité depuis cinq ans comme champs de jeu pour structures culturelles innovantes et fêtards en tout genre.

De ces trois salles auxquelles on a navigué sans jamais une seule retombée dans un « c’était quand même mieux à côté », on va essayer de retranscrire le génie des comètes électroniques qui nous sont passées au travers de la tête :

Pional - Adrien Pollin

Pional

Pional: Le barcelonais a infusé sa slow house dans les corps des festivaliers de La Boite jusqu’au sentiment d’épanouissement total du corps et de l’esprit, titillant de ses bidouilles les glandes pinéales. Producteur émérite qui monte depuis six ans, c’est la sensualité brute de sa musique qui font de ses sets une partouze transcendante et onirique.

André Bratten - CC Adrien Pollin

André Bratten

André Bratten : Les doubles écrans et les lasers blancs de la salle Maxi métamorphose le lieu en un vaisseau futuriste. Cette scénographie de lumière à 360° accompagne le récent virage techno du norvégien. A l’instar de ses compatriotes Lindstrom ou Todd Terje, c’est la maitrise froide et martiale d’une tech-house aux mélodies néo-disco millimétrées qui propulse le public contemplatif à la vitesse de la lumière, relax dans un Faucon Millenium.

Douchka

Douchka

Douchka: La plus intimiste des trois salle, La Micro, nous aura révélé les propositions artistiques les plus intéressantes et les plus dansantes également. Nous accueillant les mains en ailes comme sigle de gang pacifiste, le jeune rennais signé sur le label Nowadays Record (qui a notamment lancé Fakear) mixe hip-hop, r’n’b, arrêtant ses doigts sur les passages de « get down » (break rythmique sans mélodies) alternant entre son pad joué aux baguettes, son clavier et une console. Véritable ambianceur, Douchka a compris que le rythme urbain est à la base du groove idéal, délaissant le beat trop binaire de la techno.

Molécule

Molécule

Molécule – 60° 43’ : Cette fois la salle Maxi est plongée dans un orage en pleine mer où l’océan dévaste tout. Les racines dub de Romain Delahaye font de lourds échos dans les basses de sa techno, un public comme immergé dans les intestins rageur d’un sous-marin, des alarmes de naufrage glacial et des ondes qui vrombissent violemment sur les parois. Avec le jeu de lumière, pas de doute qu’il a réussi à retranscrire l’ambiance du navire-usine sur lequel il a navigué dans l’Atlantique Nord pour collecter des samples marins qu’il réintègre à son arsenal électronique.

Petit Biscuit

Petit Biscuit

Petit Biscuit : Avec sa MPC, sa percussion et sa console, c’est un triomphe continu qui a accompagné Mehdi Benjelloun dans La Boite pleine à craquer. A 16 ans, Petit Biscuit marche dans les pas de Fakear et Superpoze, avec une patte onirique en plus pour celui qui a su populariser ses sortes de voix de Chipmunks (plus probablement une reconfiguration de voix dans des tonalités aigues extrêmes et cosmiques). L’accueil que lui a fait Nantes était digne du plus bel espoir de la musique électronique française.

Club Cheval

Club Cheval

Club Cheval: Qu’il est tentant avec un nom pareil de parler des quatre chevaliers de l’Apocalypse, de rythme galopant, de transitions qui désarçonnent… D’autant plus que la musique hybride et complètement hors d’étiquettes représente de manière jouissive le syndrome de sérendipité : telles nos navigations qui dérivent sur internet et ses flux séduisants et incohérents, il semble que les quatre français aient une digestion rapide du mainstream, du hip-hop et du r’n’b, et qu’ils en reforment une house transgenre ultra dansante. Avec la sensation de passer plus d’extraits en extraits que de morceaux en morceaux, le quatuor ne reste jamais figer en boulimie de musique qui révèle une richesse d’écriture qui passe en accéléré dans nos oreilles prisent dans le tourbillon.

Stereoclip

Stereoclip

Stereoclip: On voulait d’abord dire de la slow house du beatmaker belge qu’elle était léchée, soignée presque délicate et métaphorique comme de la folk. Mais il faut se méfier de l’eau qui dort. L’electronica de Stereoclip emmène très progressivement, mais surement, à une danse de plus en plus fixé sur le bpm. De moins en moins de mouvements de vague des bras se font dans la foule qui finit par  battre le rythme franchement, les pupilles rivées sur les enceintes. Un ensorcellement constant durant ce set d’une rare beauté qui maquille puis révèle l’efficacité du rythme.

N'TO

N’TO

N’TO : Le marseillais a des passions éclectiques qu’il transpose à vitesse grand V dans des sets où jazz, swing des années 30, hip-hop, trip-hop, pop, soul, musique classique et rock progressif se percute comme des atomes dans un accélérateur de particule. Compositeur hors pair, il ressort de son laboratoire électronique un son travaillé à l’extrême et très personnel : pointilliste, pur et rapide, ciselé avec un sens aigu du détail minimal. Pour clôturer la soirée du samedi soir dans La Boite, il a fait un tour de force en un set où tapage électro, esthétique mélodique et onirisme ont fusionné, comme s’il avait avalé dans son vortex toute la programmation et le public avec lui.

Crédits Photos : Adrien Pollin