C’est au 11 rue Biscornet à Paris, au SenseCube, l’accélérateur de start-up de MakeSense, qu’on est parti à la rencontre de Lulina et Laura, deux entrepreneuses corses, fondatrices de Lulìshop, un marketplace qui promeut le travail des artisans de l’Île de Beauté.  

Comment s’est créé ce e-shop ? 

Lulina: En 2013, je vivais en Italie depuis quelques années déjà et je commençais à avoir envie de rentrer en Corse pour créer ma propre société. Je réfléchissais beaucoup au web et j’ai remarqué que la Corse fourmillait de plus en plus de petits créateurs, de nouvelles fabrications et tout doucement je me suis dit : pourquoi ne pas faire un site qui les regroupe tous afin de valoriser la richesse créative corse ? Mais je savais que je ne pouvais pas monter ça seule donc j’en ai parlé à Laura que je connaissais déjà depuis longtemps.

Laura tu habitais encore en Corse à ce moment là ? 

Laura: Pas du tout. J’étais en Angleterre ! La genèse est marrante, car lorsqu’elle m’en a parlé, j’ai été emballée tout de suite mais on a travaillé seulement à distance au début, à coup de skype. Mais plus on progressait plus je me rendais compte qu’on partait sur un véritable projet de vie. Je commençais à ne plus supporter la vie à Londres et l’idée de revenir vivre en Corse me plaisait de plus en plus.

Qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’entreprenariat ? 

Laura: Au tout début, on était très heureuses d’être loin de chez nous, à Rome et à Londres. Les premières années, on adorait notre vie et le fait d’être loin de chez nous. Puis petit à petit, on a ressenti le besoin de faire quelque chose qui ait du sens.

Lulina: Chaque matin tu te levais pour accomplir une tâche qu’on te donnait sans vraiment savoir à quoi elle servait réellement.  On voulait se lever le matin en ayant l’impression d’être utile, de réaliser quelque chose.

Quand vous pensez au futur management de vos équipes dans quelques années, vous gardez ces expériences professionnelles en tête ? 

Laura: C’est une bonne question. Je pense que oui, même si pour le moment on ne pense pas beaucoup au management. Pour pouvoir bien travailler dans une société comme la notre il faut tout de même aimer l’artisanat, la création mais on veut sensibiliser les gens qui bossent avec nous sur l’utilité de tout ce qu’ils font. On le fait déjà finalement. Lorsqu’une stagiaire reste deux mois avec nous, on veut lui faire comprendre que le travail qu’elle va effectuer est utile et aide un artisan.

Lulina: On l’implique car on désire faire comprendre que ce n’est pas seulement une Marketplace. Derrière il y a un engagement qui est de promouvoir tout un territoire au travers de sa créativité et  de son dynamisme.

luli shop

Comment est ce que vous avez atterri au SenseCube à Paris ? 

Lulina : Pour te resituer, de 2013 à 2014, on a travaillé sur le projet puis on est rentrée en Corse. A notre retour, on est immédiatement parties faire le tour des villages de l’île à la rencontre des artisans, c’était un véritable retour au source et un souvenir incroyable. Puis on a lancé la plateforme en mai 2015. Au départ on avait quelques artisans dessus, puis ça a grandi petit petit de telle sorte qu’on a commencé à avoir envie de développer Lulìshop dans de nouvelles régions à fort potentiel créatif, hors de la Corse.

Laura: Mais pour ça il fallait changer d’échelle, donc on a commencé à regarder du coté des accélérateurs de start-up qui pouvaient accueillir notre concept à dupliquer. Le premier auquel on a postulé était à Rome mais on partait dans tous les sens, on avait beaucoup d’idées mais elles n’étaient pas vraiment ordonnées.  Ça n’a pas marché, donc on a postulé à Lisbonne, on est arrivée en finale mais il nous manquait la partie technique, donc encore une fois, on n’a pas été prises.

Lulina: On a beaucoup réfléchi au projet et ça nous a permis de comprendre qu’il fallait qu’on trouve un associé technique. Puis, on a rencontré Mathilde Gardien en Corse qui était venue présenter la communauté MakeSense. Elle nous a parlé de SenseCube et nous a dit que notre projet correspondait bien à ce qu’ils recherchaient.  Donc on a postulé et ça a fonctionné. Depuis le mois d’avril, on vient une semaine à dix jours par mois à Paris, du coup.

Vous avez l’impression que tous ces premiers échecs ont aussi fait grandir le projet ?

Laura : Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort. (rires) Ça fait cliché mais en même temps c’est un peu vrai ! Après sur le moment, on ne va pas se mentir, un échec ça fait vraiment mal, mais il faut pouvoir en tirer quelque chose !

Lulina: Je pense que plus que l’échec, c’est aussi l’entrainement qui nous a permis d’affiner le projet. Quand tu réponds à des candidatures, tu dois être concis, ça t’oblige à ordonner tes idées, ta façon de vendre le projet. Lorsqu’on te demande de décrire ta société en une phrase, il faut que ton projet soit clair dans ta tête si tu veux le faire correctement !

Lulina & Laura de Lulishop

Lulina & Laura de Lulishop

Comment est ce que vous allez sélectionner les artisans qui sont sur votre plateforme ? 

Laura: On a créé une liste de départ d’artisans, notamment grâce au bouche à oreille et de la veille sur internet, puis on est parties à leur rencontre pour leur faire découvrir le projet.

Lulina: Au tout début il y avait surtout des créateurs et de plus en plus on s’est mises à rechercher des artisans, une histoire, un véritable savoir-faire. Nos trois points importants : créatif, productif et innovant.

Laura: On essaye de chercher des gens avec un savoir-faire traditionnel mais dont les produits sont très intemporels.  Ce qui nous intéresse aussi c’est le côté identitaire. Le céramiste qui va créer dans son petit village a forcément un héritage culturel ou familial fort, qu’il va réadapter selon ses envies et ses propres influences, voilà vers quoi on va aller. Ça donne des créations à la richesse incroyable.

Lulina: C’est génial de travailler avec ces personnes car elle partage énormément avec nous et nous font confiance. Les gens sont rassurés de savoir qu’on est là avant tout pour défendre les valeurs de notre territoire, ils nous sentent passionnées et légitimes, puisqu’on vient de Corse. On échange et apprend beaucoup avec eux et ça nous permet d’affiner continuellement notre projet et d’avoir une meilleure connaissance de l’artisanat.

Vous évoquiez le fait  de développer le projet Lulìshop dans d’autres régions que la Corse. Comment aller vous garder cette légitimité dont vous parlez ?

Laura : On y a pensé car on ne veut pas débarquer dans une région en prétendant tout connaître de ses valeurs. C’est pour ça qu’on souhaite travailler avec des gens issus du territoire et qui possèderont les connaissances et la légitimité nécessaire pour partir à la rencontre des artisans.

Lulina: C’est un véritable challenge ! Il faudra qu’on transmette notre philosophie à de nouvelles personnes, qui devront à leur tour oeuvrer pour mettre en valeur les savoir-faire de leur territoire !

luli shop

Avez-vous un petit coup de coeur pour un artisan en particulier ? 

Lulina: Oui, tous. (rires)

Laura: En réalité sur Lulìshop tout est coup de coeur. Si on travaille avec ces gens, c’est qu’on aime ce qu’ils font et qu’on a été touchées par ça. La plateforme permet à tous de pouvoir vendre leurs créations et de leur offrir de la visibilité, on ne le ferait pas si on n’aimait pas leur travail.  Après il arrive aussi qu’en plus d’un coup de coeur professionnel, on est un coup de coeur humain ! Ça nous arrive d’ailleurs assez régulièrement.

Lulina: On valorise ce qu’on aime, un peu comme vous sur COCY !

Un conseil pour ceux qui se lancent ? 

Laura : Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort ! (rires) Non sérieusement, il faut se lancer sur des sujets qui te passionnent car si tu n’es pas à 200% sur ton projet, ça ne sera pas fructueux.

Lulina: Il faut aussi rester simple, ça te permet de rester crédible !

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Rendez-vous vite sur Lulìshop : 

http://www.luli-shop.com/fr

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