21 mai 2016, Cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Une jeune femme monte sur scène et vient réveiller une assemblée jusque-là bien silencieuse avec un discours enflammé et enflammant sur l’égalité des chances et la place des femmes dans le cinéma. Cette jeune femme qui prône au nom de toutes les autres « Cannes est à nous !» c’est Houda Benyamina qui vient de recevoir la Caméra d’or pour son premier long-métrage Divines. Quelques mois plus tard, le film sort dans les salles françaises.

Divines c’est l’histoire de Dounia et Maïmouna, deux amies vivant dans une banlieue et dont le seul objectif est de gagner de l’argent pour quitter leur misère quotidienne. Pour cela elles vont rentrer au service de Rebecca, la dealeuse du quartier, qui grâce à ses trafics mène le train de vie dont elles rêvent.

A première vue, on pourrait croire à un énième film sur la banlieue, un de ceux qui dénoncent pour dénoncer mais qui au final n’aident pas à faire avancer les débats. Mais ne vous y trompez pas, Divines n’est pas de ceux-là. Avec ce film, Houda Benyamina frappe fort mais frappe juste et confirme ce que l’on pensait d’elle après son discours à Cannes : cette réalisatrice a des choses à dire et des choses vraies.

En effet malgré son histoire de départ on ne parle pas ici d’un film sur des dealeuses mais bien d’un film sur les jeunes filles de banlieue qui ont choisi de viser plus haut que le BEP Hôtellerie qu’on leur destine et qui pour cela utilisent les moyens mis à leur disposition. Ainsi en partant d’un problème concret, l’argent, Divines aborde des thèmes plus nobles et abstraits comme la volonté de réussir, l’émancipation (et notamment celle de la femme puisque dans le film les clichés du genre sont renversés) ou encore la religion, tout cela réuni dans un portrait de la banlieue qui se veut au plus près du réel.

 Oulaya Amamra

Oulaya Amamra © Easy Tiger

C’est pourquoi, du début à la fin, on est frappé par la sincérité dont le film fait preuve. Dans les moments de rires ou de larmes, dans les dialogues et les images, à chaque instant Houda Benyamina nous montre la vérité de la banlieue, que celle-ci soit belle ou non, même si cela implique quelquefois des représentations stéréotypées.

Au final cette honnêteté permet à la réalisatrice de pointer du doigt les impasses du système comme pour dire « voilà où l’on se retrouve, comment passer cet obstacle ? » tout en faisant comprendre au spectateur les raisons qui ont poussé les personnages à faire ces choix et à se retrouver parfois dans des situations amorales.

Divines est donc un film lumineux, utile, et qui comme ses personnages et sa réalisatrice « a du clitoris ».

176893-jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx Contributeur  : Nicolas  Metayer