Pour ce troisième jour dans la jolie ville de Marmande les baffles ont monté d’un cran, la foule s’est agrandie et la fête a battu son plein. On en a profité pour partir à la rencontre des festivaliers,  se faire une séance « Souviens toi l’été dernier » et procéder à un double mea culpa avec Odezenne et M83. 

Et tout a commencé par un DJ Set à la cool, servi par Busy P, accompagné de deux compères  d’Ed Banger Records, Para One et Boston Bun. Ça rigole, fume des cigarettes derrière les platines et concocte des mixes pétillants qui chauffent merveilleusement bien l’assistance pendant près de deux heures. On se surprend alors à se remémorer cet été 2015, où nous avions croisé la route de Busy P au Clap Ferret, pour un dj set intimiste en face de la mer, devant la magnifique Villa Algérienne. On en a encore le coeur tout ensoleillé, et cette nouvelle dose de musique un an plus tard ravive immédiatement la flamme.

©Antoine Magyar

House Party ©Antoine Magyar

Mais trêve de nostalgie, le groupe Deluxe nous attend à l’espace VIP pour leur conférence de presse. Joyeux et farceurs, les six amis évoquent avec les journalistes la préparation de leur date au Zénith de Paris en octobre prochain, les origines de leur moustache commune (en solidarité à l’un des membres) et les petits surnoms que portent chacun. Au départ cinq amis jouant dans les rues d’Aix en Provence, le groupe, qui a accueilli leur chanteuse Liliboy en 2010, ne cesse de prendre de l’ampleur au fil du temps et c’est d’ailleurs un concert à leur image, déluré, fougueux et bon esprit, qu’ils donneront à Garorock le soir-même.

Nous revoilà par la suite sur le terrain, où deux choix s’offrent à nous: MHD ou Odezenne ? Du côté du premier, un public très jeune prêt à danser sur l’Afro-trap, marque de fabrique du jeune rappeur, de l’autre, un public plus âgé, prêt à se laisser bercer par des textes  loin de faire l’unanimité mais accompagnés de belles instrumentalisations. C’est vers le second que notre choix se porte, pour une raison qu’on ignore. Si à la rédaction l’avis sur Odezenne diverge, leur live pour l’Arte Mix au Trabendo il y a quelques mois déjà ne nous avait absolument pas séduit. Et pourtant… Cette heure passée avec eux en ce samedi s’est inscrit parmi nos plus beaux moments du festival. On a alors compris.  Qu’on adhère ou non à leurs propos, il y a chez Odezenne une poésie, une rythmique, une maîtrise des mots, des mélodies qui ne ressemblent à rien d’autre et surtout: un second degré qui nous avait tout bonnement échappé jusqu’à présent ! On a très longtemps pensé que les rappeurs n’avaient rien à faire dans notre ligne éditoriale fondée sur la Curiosité Positive, alors qu’ils en représentent un pan entier.  Car leur musique est sincère, parfois violente mais toujours franche et directe, tout comme eux. Odezenne c’est de l’art brut mais poétique. Et si « Adieu » est effectivement une bonne tranche de haine gratuite, ils nous ont offert sur la scène de la Plaine hier soir, avec « Souffle le vent », un instant suspendu et grandiose.

Et comme la soirée semblait être placée sous le signe du mea culpa, on s’est pris une autre claque, cette fois-ci par M83. Si on avait trouvé son dernier album un peu lent, l’apercevoir de très (trop) loin lors d’un festival le week-end dernier ne nous avait pas non plus procuré une extase profonde. Cependant, puisqu’il ne faut jamais dire « je n’aime pas » avant d’avoir gouté, on a profité de son passage ce samedi pour s’y plonger réellement. Car oui, à Garorock, même lorsqu’il y a beaucoup de monde, il est toujours possible de voir et d’entendre un artiste de suffisamment près pour en percevoir l’énergie. Ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres festivals.

Bien nous en a pris, car nos papilles gustatives ont été immédiatement séduites. Très loin du DJ set, ou du producteur seul face à ses instruments ou platines, M83 s’entoure de nombreux musiciens. Aérienne et lancinante, sa musique prend une tout autre dimension en live et le show, sensuel, électronique et particulièrement gracieux, nous a fait décollé et  frissonné  durant une heure.

©Antoine Magyar

©Antoine Magyar

Ce samedi a également été l’occasion pour nous d’en découvrir un peu plus les festivaliers en ce mélangeant à eux. Ainsi on a pu croiser Emma, venue principalement à Garorock pour voir Odezenne et Flume avec qui on a écumé le festival à la recherche de son petit ami qu’elle avait perdu, sans aucun moyen de se contacter. Pas d’inquiétudes, l’histoire a eu le droit à  son happy ending, les deux tourtereaux ayant réussi à se retrouver. On a également rencontré un autre groupe de festivaliers venus de Nantes et présent à Garorock pour la troisième année consécutive en tant que bénévoles remplaçants. « L’occasion en or !» nous dit l’un d’eux. « Ça nous permet de profiter des concerts gratuitement et on travaille seulement si l’un des bénévoles titulaires n’a pas pu venir, donc il est possible qu’on passe notre festival sans être appelé ! » .

Pratique et économique ! Tous, qu’ils soient jeunes, vieux, bordelais, parisiens, nantais, ont le même sourire et la joie de vivre. Et c’est avec beaucoup de respect qu’ils font tous la fête !

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Festivaliers ©Antoine Magyar