Comme tous les ans au mois de mai, depuis 1985, le tanztheater Wuppertal est invité à Paris pour y jouer deux créations du répertoire de Pina Bausch. Cette année la troupe a dansé Agua et Auf dem gebrie hat man ein geshrei gehört (Sur la montage, on entendit un hurlement).

 Pina Bausch, chorégraphe majeure de la seconde partie du XXème siècle, a révolutionné la danse contemporaine en ajoutant la parole au mouvement sans jamais perdre sa recherche perpétuelle axée sur la nécessité du geste. C’est en partie ce qui participe à la particularité de son style et qui définit par la même occasion le tanztheater.

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©BoLahola

Dans Sur la montagne, on entendit un hurlement (1984), l’une des pièces les plus sombres de son répertoire, la peur est explorée sous toutes ses formes. On y danse en solo, en duo et en groupe. Mais on y parle aussi plusieurs langues. On chante également en français, en anglais et en allemand. Tout cela sur un sol de scène recouvert de terre, comme un immense champ de bataille. Des sapins le recouvrent parfois, dénonçant ainsi les barrières et les limites que nous nous imposons malgré nous. Un orchestre symphonique arrive des coulisses et souligne ainsi le non-sens d’un monde gouverné par des sentiments absurdes. De la fumée épaisse s’empare de la scène et comme la peur, nous empêche d’accéder à une certaine beauté, au spectacle. Des matelas symbolisent des radeaux, des danseurs incarnent des barques. Un clown déguisé en nageur, gonflant des ballons aussi rouges qu’un coeur en colère, ouvre cette création qui brasse des émotions primaires et inhérentes à l’être humain.

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©Olivier Look

La pièce composée d’une suite de différents tableaux dansés, parlés et chantés met en scène la peur, la terreur et l’effroi qui peuvent parfois nous traverser. Tout cela est raconté par le prisme des relations homme-femme. Nous passons de la douceur et la tendresse à la violence la plus sourde. Les émotions valsent et tanguent au rythme des chorégraphies en alternant la performance physique et la simplicité gracieuse et bouleversante d’un geste qui se répète, qui change et se transforme.

Là est toute la magie de la danse de Pina Bausch. Avec simplicité et humilité cette chorégraphe hors pair nous fait voyager au coeur de nous même. En mettant en scène la cristallisation des émotions et des sentiments qui nous traversent et nous bouleversent parfois, elle nous offre la possibilité de nous découvrir et de nous comprendre un peu mieux.