Tisserand pop qui nous a ému par leurs ambassadeurs Lenparrot et Holy Strays aux Transmusicales, l’Atelier Ciseaux a répondu à nos questions par la voix de son fondateur Rémi Laffitte.


Qu’est ce qui vous a motivé à monter un label en 2008 ? Dans quel contexte ? 

Le label a, en quelque sorte, toujours existé dans mon imagination. Pas sous ce nom ni derrière ce logo bien sûr mais depuis mon adolescence, j’ai toujours eu cette envie de monter un label, MON label.

Malgré ce désir omniprésent, je n’ai jamais voulu précipiter les choses. Découvrir par hasard la musique de François Virot, notre première sortie, a été l’élément déclencheur, le début de l’aventure. Tout ça s’est fait de manière très spontanée, comme si ce disque était un signe, un « GO » !

Nous avons commencé, en plein boum « Add to friends », à deux avec Marine. Puis, j’ai continué seul avant que Philippe me rejoigne quelques mois plus tard (puis Anais fin 2014).

Avant Atelier Ciseaux, j’ai eu pas mal d’activités liées à la musique (organisation de tournées/ concerts, promo…). Une suite logique au final !

Quelle(s) ligne(s) artistique(s) défendez vous ? Quels groupes auriez vous rêvé de  produire si l’espace-temps était friable ?

Plus qu’une « simple » ligne, c’est avant tout une liberté artistique que nous défendons. La moelle osseuse d’un projet comme celui-ci c’est avant tout cette liberté. Il n’y a, ici, aucun enjeu -vital- monétaire, d’égo, de plan de carrière ou de pyramide à ériger.

Défendre, en accord avec notre éthique, des artistes, albums que nous aimons, peu importe le reste. Je suis conscient qu’AC a, sans doute, une image très pop mais nous avons également sorti des disques plus expérimentaux ou synth wave par exemple. Et chacun d’entre eux, représente le label à sa manière.

Cet « éclectisme » est tout simplement naturel (d’ou sa cohérence peut-être?) car il représente ce que nous écoutons ainsi que nos gouts personnels.

Rien n’est plus important que de se faire plaisir. Suivre un quelconque chemin déjà balisé serait tout simplement frustrant, ennuyeux et frôlerait presque le plan marketing d’école de commerce de 1ère année.

Je dois t’avouer que de ce côté là, nous ne sommes pas très passéistes. Découvrir notre prochaine sortie, c’est vraiment le coeur du projet, ce qui nous motive plus que de rééditer quoi que ce soit ou de réécrire l’histoire.

Si je devais choisir, je pense à Pavement pour les années 90 et Grouper pour la dernière décennie !

Est ce que comme tous autres labels indés, il est préférable de parler « d’économie poétique » plutôt que de « modèle économique » ? Quel est-il ?

Il y a « indé » et « indé » ! Il est difficile de rassembler tout le monde sous le même étendard. Ceux qui s’auto-financent totalement, ceux qui vont chercher des subventions, ceux qui sont « indés » par dépit… C’est un peu le bal masqué parfois…

Dans notre cas et pour la majorité des labels que nous côtoyons, je pense qu’il serait plus approprié de parler de « réalité économique ». Produire un disque, le vendre pour ensuite en sortir un nouveau. Comme une chaine de l’amitié du disque en quelque sorte… haha ! Je ne sais pas si les gens qui nous achètent des disques en sont « vraiment conscients »  mais ils nous permettent de continuer encore et encore…

Il n’y a rien de poétique dans tout ça. Même si c’est un choix, la situation est souvent précaire avec un équilibre financier souvent sur la corde.

Depuis ses débuts, le label a toujours réussi a s’auto-financer avec l’investissement de départ. On espère que cela continuera meme si certains choix, comme le fait de pratiquer des prix de ventes les plus accessibles pour tous, entraine des marges forcément faibles.

Pourquoi le nom Atelier Ciseaux ? (Hypothèse nébuleuse : une métaphore de tisserand de votre tiers d’origine lyonnaise… ?)

Haha ! Absolument pas mais c’est bien vu ! Lorsque nous avons lancé le label, en 2008, nous vivions entre Paris et la Drôme des Collines. Lyon n’était pas encore sur notre carte.

Il est difficile de revenir sur l’origine d’un nom, car ce qui compte c’est avant tout ce que tu y mets derrière, les projets, les intentions.

Avec ce nom, on nous range souvent dans la catégorie « artisans ». C’est vrai que cela nous correspond même si on fait malgré tout partie d’un système industrialisé qui nous dépasse totalement.

En parlant d’origine, votre descriptif dit que vous êtes autant à Paris, Lyon et Montréal : avez vous observé une différence entre la scène musicale et la manière de produire dans la ville québécoise ?

Chacune de ses villes a plus été une résidence plus ou moins « temporaire ». A Montréal, ou plus généralement en Amérique du nord, il y a une espèce d’urgence, de volonté d’y aller qui nous manque parfois un peu ici. Certains vendent leur voiture pour partir en tournée, d’autres cumulent 3 boulots. L’intermittence, par exemple, n’existe pas et même si parfois c’est une bonne initiative, ca peut aussi très vite cristalliser les intentions, la motivation…

Il y a peu être moins de barrières entre les différentes scènes qu’ici. Contrairement à Paris, Montréal est une petite ville ou il est facile de s’y croiser, de fréquenter les mêmes lieux.

Mais peu importe, ces histoires sont trés différentes. Le principal c’est qu’il se passe de plus en plus de choses en France. Des labels, des organisateurs, du public, de l’intérêt pour ces musiques…

Quelle relation entretenez-vous avec les artistes : à quel niveau intervenez-vous  (promotion / production / graphisme / préparation du live…) ?

Forcément, c’est différent pour chaque projet/ artiste mais quoi qu’il arrive nous nous impliquons systématiquement dans la production, la promotion et la distribution de chaque disque.

Certains groupes débarquent avec leur pochette ou une idée précise, d’autres nous demandent un coup de main. Dans ce cas là, on travaille avec l’artiste car il est important de respecter ce qu’il est de que tout le monde soit à 200% content du résultat final.

La relation, notre implication est différente avec chacun. Certains demandent beaucoup de retours, d’autres peu, voir pas du tout. On s’adapte et nous sommes présents si besoin. On laisse une immense liberté au groupe. Bien entendu si quelque chose nous semble « problématique », on en parle mais nous sommes pas là pour façonner quoi ou qui que ce soit.

Il y a quelque chose de très brute dans tout ça, car nous faisons confiance aux personnes avec qui nous décidons de travailler et je pense que c’est totalement réciproque. Et jusqu’ici il n’y a jamais de mauvaises surprises. C’est peut être très naïf mais c’est important pour nous.

Lenparrot, Colour Me Brittle et Exit Someone : pour chacun des artistes, quelle scène de film illustrerait le mieux l’univers de chacun ?

Je n’ai pas de scènes précises en tête mais je vois bien  :

  • LENPARROT dans « Blue Jasmine »  de Woody Allen
  • Exit Someone dans « Drugstore Cowboy » de Gus Van Sant
  • Colour Me Britlle dans « Clerks » de Kevin Smith

Atelier Ciseaux en trois mots ?

DIS, AIE, WHY.

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Retrouvez Atelier Ciseaux ce mercredi au Supersonic

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