C’est à l’Espace Gibson, au milieu des guitares et des micros, qu’on a rencontré Benoît Dorémus, dont le troisième album « En Tachycardie » est sorti il y a un mois.

Ton dernier album « 2020 » était sorti en 2010. Comment as tu vécu cette attente ?

Et bien écoute, dans l’ensemble je ne l’ai pas très bien vécu. J’ai un peu subi cette attente, puisque la maison de disque dans laquelle j’avais signé à l’époque s’est faite racheter en 2011 et je faisais partie du petit nettoyage de printemps. Je me suis senti un peu perdu au niveau du métier. Même si j’avais toujours des concerts à droite et à gauche et que je pouvais continuer à faire ce que j’aimais, professionnellement c’était compliqué.

Jusqu’à la mise en place du crowdfunding .

On l’a lancé en mai dernier et ça a tout débloqué, même si au départ j’étais un peu retissent. J’avais deux albums en major et je ne voulais pas du tout m’occuper de la partie financière, je voulais me concentrer sur l’artistique. Mais j’ai fini par me dire qu’il était temps que je vive avec mon siècle. Et le public m’a suivi ! C’était génial, ce côté « qui m’aime me suive ». Même si j’ai serré les fesses pour que l’album plaise. (rires)

Est ce que pour toi il y a eu une différence dans l’écriture de tes chansons du fait de ne plus être dans une maison de disques ?

Oui, un peu. Je parle à la première personne dans mes chansons donc je mets beaucoup de moi. J’y vais parfois sans pudeur. Donc forcément l’angoisse que j’ai pu ressentir pendant ces années se retrouve dans certaines chansons, je ne m’en cache pas. Après, j’ai essayé de ne pas râler sur le métier, chose que j’avais beaucoup fait lors des premiers albums… Qui paradoxalement avait été produit en major.

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Tu as beaucoup travaillé avec de très bons artistes, Maxime Le forestier, Alain Souchon ou encore Archimède pour le titre Lire aux chiottes, qui est pour le moins original. Alors ça m’amène à me demander : quelles sont donc ces lectures de cabinet?

Je complexe à mort car en ce moment je suis plus sur l’Iphone que devant un livre. Sinon quand je ne suis pas sur Facebook, j’aime bien la BD. En ce moment j’ai un petit fascicule d’Einstein, de six pages, qui s’intitule « Comment je vois le monde ? ». C’est un manifeste presque philosophique qui est très intéressant. Lui qui était un tel génie explique qu’il ne comprend pas pourquoi les gens le vénéraient autant. Je suis assez passionné par la vie des grands de ce monde et comment ils le vivaient ou le vivent encore actuellement. Et en réalité ils le vivent comme toi et moi et sont exactement comme tout le monde. Et lire ça aux toilettes est encore plus significatif car eux aussi y vont chaque jour. Mais plus sérieusement, j’ai une pile de bouquin qui m’attend mais avec la tournée, l’album, je n’ai pas eu le temps.

Et tu repars défendre ton album très bientôt ?

Oui. On est en train de travailler la scène avec mes musiciens. J’étais tout seul lorsque je faisais les premières parties de Francis Cabrel donc ça me fait plaisir d’être accompagné par des copains cette fois-ci. On sera trois sur scène, un aux machines, un guitariste puis moi. Dans l’album il y a beaucoup d’instruments donc on est réellement en train de bosser pour faire un show assez sexy même si nous ne sommes que trois. C’est super intéressant et j’ai hâte de partir sur la route avec les copains. J’adore cette ambiance colonie de vacances.

Tu fais ce qu’on appelle de la chanson française, quel est ton avis sur l’avenir de cette dernière?

Les gamins au collège ou au lycée n’en écoutent presque plus. Quand on dit qu’on fait de la « chanson », ça passe très vite pour un truc chiant alors que pas du tout. Quand gamin j’écoutais Renaud ou Gainsbourg, j’adorais. En ce moment ce n’est pas la fête pour la « chanson » mais ça marche par vagues. Je pense avant tout qu’il faut que la chanson française se modernise. Des gens comme Stromae lui font vraiment du bien. Et je pense que tôt ou tard on est tous accompagné dans nos vies par des refrains de chansons françaises.

Quels sont les refrains qui t’accompagnent  ces derniers temps?

Les chansons de Oldelaf me font beaucoup rire. J’aime beaucoup Cécile Hercule qui est belle comme le jour et à un filet de voix hyper sensible. Emilie Marsh ou encore Laurent Lamarca, dont j’ai les refrains pendant dix jours dans la tête lorsque je vais le voir en concert. 

Culture Sauvage pour Benoit ?

Jack Kerouac, On the Road.