Des spectateurs qui n’ont pas fini de s’installer, un théâtre encore éclairé et déjà, sur un fond de musique discrète, une scène de vie quotidienne apparaît sous nos yeux. On penserait presque à un mirage tant ce couple des années 50, absorbé l’un par l’autre, semble vivre dans une bulle de bonheur intemporelle.

Ce couple bourgeois trentenaire, c’est Irène et Fritz. A première vue, ils semblent heureux. Pourtant, la suite des évènements va nous révéler la face sombre de leur union. Irène, délaissée par son mari avocat qui croule sous le travail, trompe ce dernier avec un musicien. Une femme découvre son adultère et va la faire chanter : si Irène ne lui donne pas régulièrement de l’argent, elle avoue l’infidélité à son mari.

« (Irène) Pourquoi me persécutez-vous ainsi ? Pourquoi me torturer de la sorte ? Je ne peux pas… Je ne peux pas. »

Insensiblement l’angoisse et la panique d’Irène, résultant de son mensonge, s’accentuent: pression de la maitre chanteuse mais également de son mari qui devient méfiant. Que ce soit en famille ou entre amis, son caractère change, on ne la reconnaît presque plus tant elle agit étrangement.

Quand la peur, ce tourbillon de sentiments (stress, angoisse, terreur), nous écartèle et nous empêche d’agir de façon raisonnée, voici le thème traité par Zweig dans son livre et adroitement joué dans cette pièce.

« D’ailleurs, il fallait bien, si elle ne voulait pas en mourir, qu’elle brisât un jour ou l’autre ces invisibles barreaux de terreur qui emprisonnaient sa vie. »

LA PEUR-1

Crédits Karine Letellier

Cette peur, c’est à la fois grâce à la mise en scène et au jeu des acteurs que nous la vivons intensément. Le spectateur est aisément propulsé au cœur de la psychose dans laquelle Irène tombe petit à petit. Un jeu de lumières et de sons de plus en plus frénétique, un unique décor amovible qui s’articule et se désarticule avec une facilité déconcertante. On croirait presque voir la peur elle-même, ce monstre spectral, en mouvement.

« Dehors l’attendait déjà la peur, impatiente de l’empoigner et qui lui comprimait si impérieusement le cœur que dès les premières marches elle était essoufflée. »

Le jeu des acteurs est également en osmose avec cette mise en scène : la maître chanteuse austère, implacable et presque fantomatique nous fait froid dans le dos, le mari aimant mais suspicieux nous angoisse (Que sait il ? Se doute t’il vraiment de la vérité ?) et enfin la femme, Irène,  pour laquelle nous avons une empathie particulière, nous transporte jusqu’à un certain point dans la folie du mal qui la ronge.

« Irène, qu’as-tu ? (…) Qu’est-ce ?… que veux-tu dire Fritz ? Balbutia-t-elle devant ce regard qui plongeait en elle comme un poignard. Elle eut voulu crier tant il lui fouillait le cœur. »

Photo : Karine Letellier

Crédits: Karine Letellier

En dépit de quelques différences de récit avec le livre, cette interprétation de l’œuvre de Stefan Zweig est un bel hommage à sa passion pour les parcelles ténébreuses et inexploitées de la pensée humaine.

Afin d’en apprécier d’autant plus la pièce, il est cependant préférable de ne pas avoir lu le livre car l’intrigue de cette histoire est là où réside tout le génie de notre autrichien préféré.

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Durée du spectacle : 1h15

Adaptation et mise en scène : Elodie Menant

Pour tout savoir sur « La Peur », http://www.tad-saintgermainenlaye.fr/saison-1516/theatre/la-peur/

Pour plus d’informations sur la programmation du Théâtre Alexandre Dumas appelez le 01.30.87.07.07 (du mardi au vendredi de 13h30 à 18h) ou rendez-vous sur www.tad-saintgermainenlaye.fr

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 Contributrice : Mahault Lecuyer