A peine entré dans cette grande maison bâtie en plein coeur de Paris, que la hâte de grimper les étages se fait sentir, comme un enfant pressé de découvrir sa nouvelle chambre. Bettina Rheims a investi les trois étages de la Maison Européenne de la Photographie, une exposition rétrospective de ses 40 années de travail.

On grimpe à l’étage, on pénètre dans une salle, des femmes de bordel exhibent leurs meilleurs atouts: épaules, seins, entrejambes, fesses. Ces prostitués sont au travail mais tout est mis en scène pour recréer une tension érotique. On aurait presque envie de demander aux autres visiteurs de quitter la pièce.

Sur les murs d’une autre salle, on aperçoit Charlotte Rampling qui a revêtue ses habits de dominatrice élégante. Laetitia Casta a laissé tomber son côté femme-enfant et exhibe son corps nu telle une femme libérée, dans une pose de mannequin et un regard de braise. Dita Von Teese, Rose Mcgowan, Madonna, elles sont plus sulfureuses que jamais. Les trois étages sont consacrés aux femmes, ou aux hommes qui se déguisent en femme. Les photos sont saturées de sensualité, et la chair semble vivre encore sur le papier glacé. Les grands formats et les couleurs font de l’ombre aux clichés en noir et blanc, sur lesquels on s’attardera moins.

Bettina-Rheims-Belluci

« La femme est trouble, elle est forte et fragile àla fois, elle est timide mais elle est aussi exhibitionniste. Elle fait des aller-retour partout, tout le temps, elle est dans le trouble de son identité, de son genre, de sa sexualitéet de sa féminité. »

Bettina Rheims

Bettina Rheims nous montre à travers son travail, la femme sous toutes ses formes, dans tous ses états : la star, la prostitué, le sex-symbol, le transgenre, l’icône, la prisonnière. La photographe va même jusqu’à l’ériger comme icône de la religion, dans sa série « INRI » où jésus crucifié apparait en femme. A contrario elle semble vouloir retirer à Mona Lisa son statut d’icône de l’histoire de l’art, en la photographiant dans le métro parisien. Ces femmes, connues ou anonymes sont libres et indépendantes, elles rient, se jouent du spectateur, et jouent entre elles. Elles sont toutes là, comme-ci cette exposition avait été le résultat de longues années de recherches sur l’identité de la femme. Devant ce travail on ne peut s’empêcher de se demander : La femme est-t-elle toujours uniquement vu comme un objet de désir ? Qu’en est-il de l’égalité homme-femme?

Ces clichés nous révèlent qu’en chaque femme se cache un homme, car au milieu de toutes ces femmes accrochées aux murs, et qui tentent de nous intimidés, se trouve une présence masculine évidente. Cette exposition est un bel hommage à la féminité.

Rheims-travesti

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Bettina Rheims 

jusqu’au 27 mars à la Maison Européenne de la Photographie
5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris

Contributrice : Chloé L