Avant d’aller récupérer un vinyle rare aux boutiques Born Bad à Bastille, Valentin Toqué de Rouge Vinyle a accepté de répondre à quelques questions autour d’un café sur le label qui a révélé Bagarre et organisé les soirées à la fois les plus rocks et clubs de Paris, « La Sale et Sauvage » du 31 octobre dernier en est un bel exemple. L’association d’activistes de la musique indépendante présentera mercredi trois groupes punks au Supersonic – Stalled Minds, Albinos Congo et Triceps – droite dans l’éthique de découverte et les promesses de sueur.

Quand est né Rouge Vinyle ?

On a créé Rouge Vinyle en 2010 : Elfy, Faustine et Rachel. On s’est rencontrés dans une école de médiation culturelle. A la base on organise des concerts et on n’est pas label du tout. On voulait surtout faire des soirées concerts ou clubs, en mêlant souvent les deux, dans des lieux pas trop attendus pour des soirées qui commençaient avec du rock et terminaient bien techno. On a fait des soirées aux Trois Baudets, à l’International, à La Mécanique Ondulatoire…

Pourquoi le nom Rouge Vinyle ?

En l’occurrence ça n’a pas de vraie signification, comme tous les noms de groupes ou d’asso en général. C’est un assemblage de mots qui sonnait teuf pour nous. Et il n’y a pas de revendication politique avec le mot « rouge » même si on a une certaine idée de la musique indépendante. On voulait un nom qui saigne.

Quelle est l’identité musicale du label ?

Je dirais que c’est un label de rock à la base qui gravite autour de plusieurs genres. Sur la compil par exemple ça commence par de la folk, ça continu avec de la pop avant d’aller sur des trucs plus garage voir rockab’ avec Mustang à la fin. C’est rock aussi pour les endroits où l’on organise les concerts.

Quel est le but du projet ?

Le but dès le départ c’est simplement de faire jouer des groupes. On a commencé par faire des séries de concerts dédiés aux scènes musicales d’une ville : Nantes, Bordeaux, Clermont Ferrand… Plus on faisait de concerts plus il y avait des artistes que l’on voulait défendre, sans pour autant les signer sur le label. On a donc fait une compil vinyle de dix titres en 2013 qu’avec des groupes que l’on a fait jouer, le Vinyle Rouge vol.1. On a continué à produire des concerts jusqu’à notre vraie première production d’artiste avec le premier EP de Bagarre en 2014 et la release de la Flèche d’Or.

Quelle a été votre rôle dans la production de l’EP de Bagarre ?

Je connais les gars depuis quelques temps et ils avaient un groupe qui ne s’appelait pas Bagarre, on les a fait jouer à l’International et Mains d’Oeuvres quand ils se sont structurés sous ce nom, puis on a décidé de les produire. On a joué un vrai rôle de label, le pressage vinyle bien sûr, toute la promotion, le management également comme l’un des membres de Rouge Vinyle, Simon, est leur manager aujourd’hui, et une petite tournée qu’on a organisés avec le collectif Fils de Venus. La manière dont sonnait Bagarre n’a rien à voir avec aujourd’hui, c’était plus rock sixties, ils se sont tournés vers un son plus synthétique et club. Nous on préfère laisser libre part à l’artistique chez les groupes, faut que ça leur corresponde surtout à eux. A partir du moment où le groupe nous plait à la base, c’est carte blanche.

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Thomas Hayman

Comment fonctionne le label ?

Le rôle d’un label, en tout cas à notre échelle, c’est avant tout la promotion artistique. Ce n’est pas les séances de studios etc, dans le sens ou les groupes enregistrent souvent dans leur studio ou dans leur local de manière indépendante. C’est beaucoup plus d’effort humain que financier. Rouge Vinyle a un statut associatif, comme la majorité des labels indés aujourd’hui. Rouge Vinyle a toujours été un projet récréatif jusqu’à aujourd’hui. On a tous des projets à côté, Elfy bosse à Montréal dans une agence d’artistes, Simon est donc manageur de Bagarre. Avec Anaïs on est sur le point de faire des jolies choses avec le lieu Mains d’œuvres à Saint Ouen, on en dira plus dans les prochains jours. Suspense !
On est nombreux, il y a aussi Rachel et Etienne qui participent aux projets en cours.

https://triceps.bandcamp.com/releases

Vous semblez accorder beaucoup d’importance à vos visuels…

Après la musique, c’est la chose que l’on a envie de promouvoir. Le côté illustration, plus que graphiste en général. Notre pochette de compilation c’est Antoine Marchalot qui l’a réalisée, la pochette de Bagarre c’est Elvire Caillon qui est une illustratrice qui vient des Beaux Arts et avec qui on a pu sérigraphier les pochettes, Felix Kerjean qui a fait plein de visuels pour nos concerts, Thomas Hayman qui nous a fait des logos. Ca fonctionne sur la base de la collaboration parce qu’évidemment on n’a pas beaucoup de budget. Tous les petits activistes qui acceptent de bosser ensemble pour pas ou peu de thunes le font sur la base du projet qui leur plait, et c’est ça qui nous semble important. Au même titre que les groupes, on a envie de mettre en avant les illustrateurs parce que le visuel a une place à part entière dans la musique. On essaye toujours de réserver un budget pour ça quand même. Il peut y avoir un fossé entre le graphisme et l’illustration, mais on cherche pas mal d’influences dans la BD, on aime quand c’est figuratif, coloré, pop, ou plus dark dans certains cas.

Quel est le « modèle économique » ?

L’argent vient au départ des soirées que l’on a organisées. Pour produire le vinyle compilation on a fait un crowdfunding de 1600 euros, ce qui a été cool comme on voulait faire un bel objet. Pour le reste, on a parfois perdu de l’argent sur des soirées et on s’est dit qu’au pire on se débrouillerait par nos fonds propres. Parce que le côté indépendant doit être revendiqué jusqu’au bout : on propose une soirée ou un disque, on veut toucher le plus de monde en les faisant connaître, mais en même temps on n’a pas envie de forcer la main. On n’est pas dans la logique de pure expansion. On n’est pas des forçats du marketing, tout le monde n’aime pas ce qu’on va faire. Mais comme il n’y a pas d’histoire de thunes, on n’a aucun compromis. Ca veut pas dire que l’on n’a pas d’ambition, donc pas de pression d’acteurs extérieurs. On fait ce qu’on veut, et c’est important de se permettre ce genre de choses de nos jours.

As tu des anecdotes sur les trois groupes programmés au Supersonic ?

Stalled Minds je ne les connais pas personnellement, je les ai vu à l’Espace B, c’est du punk super rapide. Je leur ai demandé la durée de leur set, ils m’ont répondu 19 minutes. C’est rock.

Albinos Congo et Triceps, les deux groupes nantais, il y a des membres qui se rejoignent : c’est des groupes partouzes. Nantes est une ville que je connais bien, il y a trois ou quatre lieux dans lesquels écouter de la musique du coup ils sont musiciens, organisateurs de concerts… à la différence de Paris qui a plusieurs scènes beaucoup plus éclatées et où la communication entre organisateurs ne passe pas toujours.

Triceps c’est le chanteur de Von Pariahs, c’est un anglais qui chante dans ce projet en français mais d’une manière très british. Y a des influences de punk français des années 80 comme Camera Silens, proto punk complètement déglingué. Ensuite il y a un côté très pop aussi. C’est un groupe tout nouveau mais c’est déjà ultra carré et efficace, simplement parce qu’ils jouent tous de la musique depuis longtemps.

Albinos Congo a un univers graphique fort, ils ont sorti un EP vinyle en trente exemplaires je crois : ils sont DIY et ça nous plait. Ils méritent d’être plus exposés dans le milieu parisien parce qu’ils sont largement aussi bons que pleins de groupes parisiens. Pour moi c’est une évidence.

En fait ces trois groupes ne sont pas sur notre label, aucun n’est signés. Peut être qu’on sera amené à faire un truc avec l’un de ces groupes : on ne sait pas, on a envie en tout cas d’être entremetteur.

Rouge Vinyle en 3 mots ?

Futur musical subjectif

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