Avec un nom soulevant un océan plurisémantique, Aurélien Delamour (A V G V S T) et Myriam Barchechat ont répondu à nos questions entre les rayons de disques et les sérigraphies qui jalonnent les murs et donnent une atmosphère paisible à leur appartement-atelier. Fonctionnement économique d’un label, ou choix artistiques passionnés (et passionnants), le pragmatisme se mélange au désir infini et intarissable de la recherche de groupes qui les submergeront. Un instinct curieux, un catalogue d’artistes et des collaborations qui ne nous ont pas laissé insensible.

Pourquoi le nom Anywave ?

Aurélien : Le label a été fondé il y a une quinzaine d’année, le nom a été trouvé par la cofondatrice Stéphanie qui n’en fait plus partie aujourd’hui. « Anywave », c’était une manière de s’abstraire des styles même si dans l’idée c’est pour prendre le contre pied de la « nowave ». C’est un peu tout ce qui peut y avoir comme wave-music même si à l’époque le terme n’existait pas encore vraiment. L’idée était d’être un aspirateur à tout ce qui pouvait nous brancher, même si on a rien sorti à l’époque : de la no-wave ou des trucs électro expérimentaux à la Pan Sonic, et tout ce qui pouvait se trouver entre les deux. A l’époque déjà je faisais A V G V S T .au début c’était très indie-pop puis il y a eu des formes très différentes, post rock, ambient. Stéphanie faisait de la basse dans un groupe très Krautrock, un peu à la This Heat.

« Anywave », ça pouvait chapeauter des musiques différentes même si principalement c’est des groupes industriels ou post industriels qui nous intéressent, avec des pédales et des synthés. Les choses droites et binaires. On n’est pas du tout dans une démarche naturaliste ou folk.

Le nom existait ainsi que la structure, on a refondé le label il y a cinq ans pour une sortie en particulier. Même si le nom date d’il y a quinze ans, il est toujours pertinent aujourd’hui.

Comment a évolué le projet ?

Myriam : Stéphanie a proposé qu’on un maxi de Johnny Boy, Anywave existait même si ça n’était qu’une coquille vide. On a donc mutualisé nos compétences. A partir de là on s’est pris au jeu.

Aurélien : Deux plus tard, on a en quelque sorte on a appuyé sur reset ; à ce moment-là on a sorti un A V G V S T, puis des compiles, et des groupes égyptiens comme PanSTARRS, new-wave un peu sale mais complètement maitrisé.. Lui même nous a ensuite aiguillé vers d’autres artistes du Caire, comme Gást qui évolue dans un univers beaucoup plus électro.

Myriam : Au départ c’était de l’improvisation totale, mais maintenant on a Yann et Anne Cécile qui s’occupent de la communication. Nous on était juste capable de sortir un disque et on pensait que ça suffisait pour le faire exister, mais sans promotion c’est impossible.

Aurélien : C’était difficile de faire exister un disque au delà de sa réalisation. Il s’avère que les premiers à avoir relayé A V G V S T c’est un webzine catalan qui s’appele The Scrap mag, axé sur de la cold, de l’indus, et des choses technoïdes. Ca a créé un axe et nous a permis de savoir où s’orienter en terme de public et relais, dans une veine post-gothique.

Myriam : On a été soutenus par des relais en Belgique, en Allemagne, en Espagne. On a commencé à se développer à l’étranger.

Comment vous êtes vous fait connaitre en France ?

Aurélien : On est revenu sur le territoire français grâce au Turc Mécanique. Au début Anywave et A V G V S T c’est très lié, c’était presque de l’autoproduction. J’ai rencontré Charles Crost, et il m’a demandé si je voulais sortir un single en digital pour son label. Je lui ai envoyé deux morceaux qui ont bien fonctionné. Lui a fait la promo ce qui a permis d’être sur des médias plus visibles comme Hartzine. Ca a eu un impact positif sur Anywave.

Vous faites une date commune avec le label Bookmaker. Quelles sont vos relations avec les autres labels ?

Aurélien : Valentin de Bookmaker a eu l’idée de faire jouer Pyrit et Fléau ensemble, c’était la bonne occasion de les faire se rencontrer sur scène, aussi de proposer quelque chose d’un peu différent que les plateaux 100% Anywave qui sont assez post punk et synthwave. Pyrit a un coté psychédélique que l’on n’a pas sur notre catalogue et Fléau fait très bien le lien avec un côté froid, synthétique mais aussi avec des sons hérités des années 70.

Myriam : Pour des sorties discographiques on fait beaucoup de co-édition D’abord pour une question de moyen, ensuite parce que ça permet aux artistes d’être plus visible comme on a des relais différents. C’est beaucoup plus intéressant de faire vivre une scène à plusieurs, d’autant plus quand c’est avec des gens sympas et compétents. Par exemple pour Heather Celeste Hansen qui a un côté techno on a collaboré avec Lentonia. On a sorti Hørd avec Stellar kinematics et OlDirty Dancin, on en est à notre 3ème coprod avec Manic Depression (Schonwald et People of Nothing), et le prochain disque, c’est l’album de Tropical Horses qu’on sort avec Montagne Sacrée.

On a organisé deux soirées appelées « Tiers Etats » au Cirque Electrique avec Le Turc Mécanique, Lentonia, La Trayeuse Electrique (émission radio) et Rizome Corp (blog). C’est des programmations communes, pas forcément des groupes de nos catalogues mais qui sont proches, comme Volcan par exemple.

http://www.bookmakerrecords.com

Quels liens avez-vous avec la ville de Bordeaux ?

Aurélien : Il y a Volcan, mais plein d’autres connexions nous rattachent à Bordeaux. Par exemple Harshlove et Strasbourg, signés sur le Turc Mécanique, pour qui j’ai fait le mastering. Raph de Harshlove nous a présenté Mathieu de Fléau et la collaboration est née comme ça, on l’a sorti sans se poser de questions. On est entourés de bordelais, qui se connaissaient déjà avant qu’on les connaisse, en fait.

La question naïve : vivez vous du label ?

Myriam : Absolument pas, c’est bénévole, ou plutôt, ça va au-delà du bénévolat. L’argent c’est de notre poche et encore c’est de l’argent complètement virtuel comme on en n’a pas. Au début on a fait avec trois fois rien, mais on a mutualisé des projets. Bref on s’est démerdé. On ne voulait pas que ça ait une gueule de Do It Yourself, tt c’est pas parce que c’est fait avec peu d’argent que ce n’est pas professionnel.

Ensuite c’est intéressant de voir le fonctionnement de la diffusion artistique d’objets artistiques que tout le monde peut s’offrir. Toutes les structures associatives ou nominatives génèrent des productions hors du domaine public subventionné mais qui a la même vocation publique et non lucrative. On fait travailler des gens, sérigraphes, presseurs, etc, on produit une économie à partir d’un projet qui ne dégage pas de chiffre d’affaire, seulement celui consacré à nous rembourser, ou à permettre de mettre en place le prochain projet.

Quels sont les trois mots qui embrasseraient le mieux le projet du label ?

Myriam : C’est compliqué de réduire le projet du label à trois mots, peut-être que les groupes ne s’y retrouveraient pas.

Aurélien : « Internationaliste » au sens ouvrier du terme. Autogestionaire mais à nuancer : on aimerait dans l’absolu pouvoir donner les clés à toutes les personnes qui rentrent dans le cercle du label et pouvoir leur laisser les mains libres.

Myriam : « Autogestion » ne veut pas dire qu’il n’y a pas de coordination. C’est surtout qu’il n’y a pas de patron, parce qu’on est une association.

Pyrit signé chez Bookmaker records expose l’influence cinématographique de son projet dans sa biographie. Quelle serait celle de Fléau et d’A V G V S T ?

Aurélien : Fléau, ce serait The Thing de John Carpenter et Sorcerer de Friedkin. Mais ça pourrait être plein de choses différentes.

Myriam : Je pense aussi, le mieux serait de lui demander comme il a une culture cinématographique large et pointue. Gonzaï a dit que c’était le premier à faire du cinéma sans images. Je trouve que lorsqu’on écoute Fléau, ça se passe d’images, on n’a pas l’impression d’écouter une BO, ça évoque déjà beaucoup de choses. D’ailleurs il n’y a pas de clips ni de vidéo-projection sur scène avec Fléau, alors qu’il est cinéaste par ailleurs.

Aurélien : Parmi les films qui m’ont influencé mentalement et musicalement il y a Few of Us de Sharunas Bartas (1996). C’est un film ultra minimaliste, il doit y avoir six lignes de dialogues, uniquement des plans séquences. Ca se passe au milieu de la Sibérie, c’est de l’ambiant en images, mais c’est un univers toxique, hostile.

Esthétiquement j’aime à la fois les choses très accidentées, mais aussi celles remplies de codes et de normes. Si je faisais un mélange ce serait un porno du début des années 90 et Few Of US. Là t’as une idée à peu près fidèle de la trivialité, d’efficacité et de l’expérimentation, de quelque chose cérébral d’A V G V S T. Mais je ne travaille pas dans l’idée de faire de la musique pour des images

En définitive quel style de musique produit, diffuse, Anywave ?

Myriam : Ce qu’Aurélien a dit sur le mélange des deux films pour A V G V S T, ça illustre assez bien ce qu’on propose sur le label : de la musique pop qui aurait digérée la pop. C’est des propositions nouvelles qui intègrent des influences pop. On ne produit ni musique savante, ni musique expérimentale pure et dure, même s’il y a des propositions originales et de l’expérimentation. On ne veut pas absolument être un label d’avant garde.

Aurélien : En effet ce n’est pas le but. Il n’y a pas de but d’ailleurs : si demain on tombe sur l’album expérimental que jamais personne n’a ni jamais faite, ni jamais écoutée, bien sur qu’on le produira, mais a contrario sur une musique qui est dans le recyclage de codes, si elle est bien faite et que ça touche notre corde sensible, on y va. Mais on n’a pas envie d’être dans l’imitation de ce qui a déjà été fait, on préfère être dans la dégénérescence que de jouer à être The Cure par exemple, ça na aucun intérêt.

Quand a lancé le label on ne savait pas quel positionnement on allait avoir. Il y a des influences, des références bien sûr… C’est comme si on était immobile au milieu d’une rivière et que le courant nous passait entre les jambes. Des choses passent, qu’on pioche selon leur intérêt. On fait de la prospective immobile. Il y a beaucoup de choses qui nous arrivent plus que l’inverse. Notre rôle c’est de mettre en forme des projets mais les choses sont déjà dans l’air.

FLEAU EN ECOUTE SUR COCY:

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Crédits Photos : Myriam Barchechat & Grégoire Belot

Découvrir Anywave 

http://anywaverecords.com

A l’OPA gratuitement ce soir :

https://www.facebook.com/events/416932878494177/

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