This Is Not A Love Story (Me and Earl and the Dying Girl) est la pépite « indie » de fin d’année. Au cinéma, le 18 novembre 2015, et déjà récompensé au festival de Sundance par le Grand Prix du Jury et par le Prix du Public.

Greg, ado introverti n’a qu’un seul souhait : celui de passer sa dernière année de lycée le plus discrètement possible. Tout devrait se dérouler comme prévu, mais un évènement inattendu va bouleverser ses plans : sa mère lui demande d’aller visiter une de ses camarades de classe, Rachel, atteinte d’une leucémie.

Si ce synopsis vous dit quelque chose, c’est normal. Il n’aura échappé à personne que les thèmes de l’adolescence, de la maladie, de l’acceptation de soi, ou encore d’une certaine peur de la réalité, ont déjà été maintes et maintes fois utilisés au cinéma. C’est même devenu un véritable fonds de commerce avec le temps. Et si de l’avènement du cinéma indépendant jusqu’à son recyclage, il n’y a eu qu’un pas, vous pouvez d’ores et déjà lâcher un soupir de soulagement : il n’en sera rien.

Alfonso Gomez-Rejon n’en est qu’à son deuxième long-métrage et l’on sent déjà un empressant besoin de rendre hommage à ses grandes influences cinématographique. Un besoin tellement affiché que l’on accepte aisément tous les clichés romantiques qu’il nous sert. En effet, la personnalité de cet anti-héros, Greg, est portée elle-même par des films, à l’image des « 400 coups » de François Truffaut (nombres de clins d’œil y sont fait : réutilisation de la bande originale du classique ; le poster d’Antoine Doinel accroché au mur de sa chambre).

Paroxysme d’un enfant désespérément en quête de soi-même, il se fabrique son propre vécu à travers les nombreuses revisites de films cultes qu’il réalise avec son coéquipier Earl depuis le plus jeune âge. Impossible de ne pas penser au film de Michel Gondry, « Soyez sympas, rembobinez » (2008), où les deux employés d’un vidéoclub effacent malencontreusement toute leur bibliothèque et se mettent à réaliser des remakes bon-marchés destinés a une clientèle sur le déclin a l’avènement d’internet.

2e photo

Dans la lignée de « 500 jours ensemble », « Little Miss Sunshine », et « Juno » (tous produits par le studio indépendant Fox Searchlight), on assiste à une nouvelle forme de cinéma. Un cinéma dit indépendant, mettant en avant des protagonistes post années 70, élevés à coup de télé, de publicités et de fiction. Il faut bien l’avouer, notre éducation passe aussi, mais surtout par l’intermédiaire d’un écran dorénavant.

Pour peu que la cellule familiale soit dérèglée, il ne reste plus qu’à se créer son petit ilot et à s’imaginer soi-même le personnage principal d’une histoire plus chaleureuse comme c’est d’ailleurs le cas pour bon nombre de films hollywoodiens.

Précisément ce que fait inconsciemment Greg en s’excluant systématiquement des gens qui l’entoure pour ne pas souffrir. Le déni de réalité va justement être remis en question lorsque l’état de son ami Rachel se détériore ne sachant jamais si elle va s’en sortir ou pas. Cette épreuve charnière va aider Greg à prendre le recul nécessaire pour réaliser combien les gens qui l’aiment valent plus qu’une vie fantasmée et indolore.

C’est souvent avec un plaisir coupable que l’on regarde ces films empreints de nostalgie. Une bande originale riche et éclectique s’ajoute au plaisir des sens. On se sent comme emporté par un torrent d’émotions implicites à l’intérieur d’adolescents bousculés entre hormones et quête d’existentialité.

On ressort comme neuf de ce film, bouleversé par les épreuves parfois difficiles et incompréhensibles de nos existences, mais aussi plein de noblesse d’esprit et de gratitude pour les personnes qui nous entourent et qui sont finalement les vrais héros de nos vies.