Sorti le mercredi 4 novembre, primé à Cannes et sélectionné aux Oscars pour représenter la Hongrie, le premier film de Làslò Nemes est une révolution.

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.

Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

La scène d’ouverture nous met tout de suite dans le « bain », celui des chambres à gaz…

Le son qui rythme le film, nous embrouille et nous agresse dès le début. On entend plus qu’on ne voit. On entend tout, on entend rien, on entend tout et rien à la fois. Mais on ressent surtout, grâce au travail qui a été fait sur le son du film, le désordre, la nervosité et l’anxiété du protagoniste, Saul Ausländer (Géza Röhrig), que l’on va suivre tout le film.

La focalisation sur ce personnage est un parti pris fort mais brillamment réussi. Le film est entièrement tourné en 70 mm. Le format 4/3 nous permet de nous immerger totalement dans la peau du déporté, plus encore, dans ses yeux. Nous voyons les camps à travers son regard. Le flou présent à l’image, les bouts de corps qui passent, les montagnes de vêtements, les bijoux ramassés et ces longs plans séquences nous submergent d ‘émotions. Nous sommes avec le personnage, nous sommes un Sonderkommando le temps d’1h30.

Le défi est relevé par Nemes. Il ne s’agit pas là d’un film d’Histoire, d’un film héroïque ou encore d’un film ayant pour mission la narration de l’horreur des camps. Il s’agit là, pour le réalisateur et sa co-scénariste Clara Royer, de raconter l’histoire de Saul à partir des « rouleaux d’Auschwitz » (textes écrits par les déportés eux-même et enterrés au moment de la libération puis retrouvés). Mais il est surtout question, pour le réalisateur, de se réconcilier avec son passé familiale: une partie de sa famille est morte dans les camps.

Aller voir « Le Fils de Saul », c’est accepter de ne pas pouvoir parler tout de suite après être sorti du cinéma.

Aller voir ce film, c’est découvrir l’Histoire sous un autre angle, c’est la vivre, c’est assister à une incroyable mise-en-scène cinématographique. Mais aller voir ce film, c’est surtout et avant tout aller voir un nouveau chef d’oeuvre du Cinéma.