Sous une cassette dessinée au mur du Tape Bar à Bastille, les trois potes, outsiders autoproclamés, déroulent des blagues, commentent les playlists qu’ils font passés en fond sonore et rembobinent des tournées de bière, carburant essentiel du projet.

Le jeune label né en septembre 2015 tenu par Victor qui travaille « dans le digital », Charles « dans le juridique », également à la tête du groupe Joujou Jaguar, et un autre Viktor (avec un « k » pour différencier dans l’interview) qui officie « dans le social » a les trois qualités requises pour se lancer dans une folle aventure musicale. Reste un amour passionnel pour tout ce qui est à base de « guitare et de belles basses ». Rencontre entre « buddies » qui programment le mixte pop-garage de En attendant Ana, les punks de Bockers et la pop paradisiaque de Hawaï Burger.

Pourquoi le nom Buddy Records ?

Viktor : C’est le nom de mon chien, un petit batard de quinze ans bien rigolo. Il avait une bonne gueule pour un beau visuel. Je l’ai chopé à la SPA, ils lui avaient donné un nom de merde donc je l’ai changé pour Buddy parce qu’il a une gueule de copain. Depuis il a monté un label.

Victor : C’est un petit pinscher tout petit tout mignon qui nous regarde avec des yeux qui font fondre.

Charles : On le voyait bien patron de label, c’est le rêve à la française. C’est un peu notre gourou.

Les trois mots qui décrivent au mieux votre label ?

Viktor : Primitif, crade… « Lo-fi » ! Réellement faut que ça soit crade.

Charles : « Outsider ». L’idée c’est de sortir des trucs dont on ne parle pas.  Les autres labels marchent beaucoup sur le réseau. Nous, tout ce que t’as pas vu sur Noisey ou les grands médias, potentiellement ça nous intéresse. On va sortir des chansons mal enregistrées, avec un pauvre téléphone (pointant l’enregistreur), si le morceau est cool on le diffuse.

Victor : Pis c’est marrant ! « Do it yourself » peut être mais c’est ce qu’ils ont expliqué. Je me tape des barres avec eux et c’est ce qui compte. On est là pour le fun aussi.

Vous êtes musiciens ?

Viktor : Vite fait… au lycée j’ai fait de la basse.

Victor : Moi aussi au lycée. Je faisais très très mal de la guitare. J’étais tellement mauvais que j’avais même pas de groupes. On s’est rencontré par potes de potes.

Charles : Je fais le chant et la guitare dans Joujou Jaguar. Mais j’ai séparé le groupe, du projet du label.

Qu’est ce qui vous a motivé et décidé à monter un label ?

Viktor : Avec Victor on avait un tumblr qui s’appelait « Sonor Records ». Tous les potes nous demandaient des playlists, on a décidé de tout regrouper sur un support, des groupes anciens comme récents. On a fait six ou sept playlists thématiques dans le style « Afrique du Sud vs Australie » puis on a mis en stand by.

http://sonor-records-co.tumblr.com

Charles : De fil en aiguille ces playlists, toujours dans l’esprit garage, grunge, même pop, nous ont amené à créer le label. Ça a été le truc déclencheur.

Victor : Charles avait son groupe, et d’apéro en apéro l’idée a germé. Le but est de rencontrer des gens qui adhèrent et principalement de servir de plateforme relais pour les groupes qui commencent et n’ont pas de visibilité.

Viktor : Victor était en Ecosse, on a réfléchi le projet avec Charles pendant l’été en se disant qu’on lancerait tout ça quand il rentrerait. On a fait le plan en vacances sur ce que l’on voulait sortir, sur quel support… On a fait ça à l’Ile aux Moines en sortant du Binic Festival. Tout s’est décidé en sortant d’un bar de marin où on a réussi à faire passer au patron du bar du Brian Jonestown Massacre.

Pourquoi des compilations en cassette ?

Charles : C’est pas cher ! L’objet est cool, ça provoque l’adhésion. La cassette à la différence du net où tu zappes tout le temps, ça fait des playlists cohérentes. Notre compilation est en téléchargement gratuit sur internet, la vente de cassettes c’est pour pouvoir reproduire la suivante. Ca fait des supports physiques pour des groupes qui viennent de commencer, mais aussi des groupes plus gros de Hollande, Angleterre, Russie… Mais toujours des outsiders qui sonnent : Shake Shake Bolino, Mystic Brew, Asphalt, The Homesiick, Sievehead.

https://buddyrecords.bandcamp.com

Victor : La cassette résume bien l’idée du projet. C’est cheap, bien sur le kiff ultime serait de faire des vinyles mais ça coute cher et faudrait aller en Slovaquie… C’est parfait pour rentrer dans l’image « do it yourself ». La commande de vinyle se fait à partir de mille galettes, même si on a plein de copains faut pouvoir les écouler.

Viktor : On n’a pas le pognon à sortir de notre poche pour des vinyles qui vont rien nous rapporter, on ne veut pas vivre de ça de toutes façons, c’est juste un bon délire entre copains. C’est à la portée de tous. Par contre on ne surfe pas sur une « hype ». On a vu qu’Urban Outfiters vendait des cassettes des Smiths à quinze euros. C’est aberrant ! La cassette ça devrait être gratos, ou très peu cher, pas plus de cinq balles.

Quel est le but du label ?

Viktor : On a récemment rencontré Desobéissance Records, et tout est une histoire de rencontre. De gens sur qui tu peux compter sur le long terme pour faire des concerts, des compil, parce que tu as le même état d’esprit. C’est à la libre adhésion de chacun. On veut étendre au fur à mesure un réseau de gens dans la même veine d’outsider.

Victor : L’importance est le rapport de sincérité. On est trois gars à la cool, si les gens sont séduits par le projet tant mieux. C’est surtout un état d’esprit, c’est l’échange qui compte.

Charles : Et on trouve important de sortir des groupes sur compilation ou des splits. La programmation et les concerts sont venus après. Peut être qu’après on voudra produire, faire enregistrer… C’est en projet, ça viendra avec le temps. C’est déjà une belle victoire que les groupes aient accepté pour la première compilation.

Victor : Pour entretenir cette famille, cette constellation, ça devient naturel de faire des concerts. C’est le meilleur moyen de rencontrer des gens. Et à long terme on verra, c’est entre le fun et le sérieux. On découvre.

Y a t-il a un business plan ?

Viktor : Si on peut financer la prochaine cassette avec la compil d’avant, c’est cool, si on doit sortir de la thune de notre poche ça l’est moins. C’est le seul calcul qu’on fait.

Charles : On n’a même pas de velléités esthétiques ou la volonté de devenir cool…

Victor : Sinon on se vendrait mieux en interview ! (rires)

A part vous trois qui participe au projet ?

Charles : Pour le visuel c’est ma copine qui s’en occupe.

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Victor : Si ça dépendait de nous ça serait bien moche. Ca ressemblerait à un hamster, ou une girafe… (rires)

Charles : Y a pas mal de bonnes volontés qui gravitent. Un truc tout con mais le mastering de la cassette, pour homogénéiser tous les mixtes des différents morceaux, c’est Nicolas de Gravity Music qui s’en est occupé. Bertrand vient mixer pour les soirées qu’on organise et Maxime de Born Bad Record fait la duplication des cassettes.

Avez vous des anecdotes rock’n roll à raconter sur les groupes de mercredi soir ?

Charles : En attendant Ana, on a joué avec eux la semaine dernière avec Joujou Jaguar, on a fait un bœuf à la fin, c’était l’orgie, on a repris un morceau de The Gun Club c’était n’importe quoi, on a bien rigolé.

Viktor : Bockers c’est les hurlements en concerts, ou partout, dans le métro, dans la rue… Ils crient tout le temps : « Sonpeeeeer » ou « énorme porc ». Ils ont aussi une collection dingue de 45 tours.

Victor : Hawaï Burger a fait un concert aux Balades Sonores il y a deux semaines. Ils avaient mal lu la fiche technique : il leur manquait la batterie. Ils ont dû faire le « drum made in Pigale » : ça consiste en un caisson en bois que tu retournes sur lequel tu mets une tasse, deux boites de conserve scotchées, et un fût de bière pour faire la grosse caisse. T’aurais dû voir la déconfiture quand on est arrivé… Sinon pour nous trois on pourrait déjà écrire un livre anthologique de nos conneries (et j’ai déjà vu leurs bites).

Cette interview a été rédigée à l’écoute de Protomartyr vivement conseillé par le trio.

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A l’OPA gratuitement ce soir :

https://www.facebook.com/events/902847216435194/

Buddy Records sera au Tape Bar le 10 novembre pour passer des mixtapes.

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