Parti d’une banque pour lancer sa société de ménage, rencontre avec Noureddine Aichour, directeur général de Clair & Net S.A.S, qui nous parle de sa vision d’une entreprise plus sociale, écologique et humaine.

Raconte moi un peu ton parcours. 

J’ai fait une école de commerce en premier lieu puis j’ai bossé dans la communication puis dans l’assurance vie chez ING Direct par la suite. Là-bas j’ai monté un programme de départ des employés à l’étranger sous forme de congés sabbatiques pour aller s’aérer l’esprit. Ce qui est important selon moi pour rester ouvert sur le monde. En 2012, j’ai moi-même profité du programme et je suis parti faire une sorte de tour du monde.

C’est lorsque tu es rentré que tu as pris ta décision de changer totalement d’univers? 

Oui et non. Ca n’a pas été aussi direct. Lorsque je suis rentré, j’en avais assez du bancaire. J’ai fait une formation de deux mois à HEC tout en continuant à être salarié chez ING Direct. La formation certificat « social business » est un morceau du master «développement durable» de l’école. Dans le cadre de cet enseignement j’ai fait mon stage dans une entreprise d’insertion dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris: Clair & Net. C’était une entreprise qui avait un contrat avec l’Etat pour en deux ans, remettre les gens sur les rails de l’emploi tout en essayant de régler aussi leurs problèmes plus personnels comme le logement par exemple. J’ai tout de suite trouvé ça super! J’ai quitté ING, me suis mis au chômage et en janvier: Clair & Net m’a appelé pour me proposer un projet

Un projet? 

Oui. Le projet était de développer une filiale qui ne soit plus une association mais une S.A.S ayant pour objet le nettoyage de bureaux d’entreprise. Tout simplement ! Mais d’une manière un peu particulière car on s’est aperçu que c’était un secteur avec énormément de mauvaises pratiques !

Tu as des exemples? 

Enormément ! Par exemple le temps de transport des employés qui est parfois inimaginable ou la qualité des produits d’entretien, c’est à la fois des soucis sociaux, humains et écologiques.

Ton entreprise est donc engagée dans ces questions d’économie solidaire et écologique? 

Oui, nous avons décidé d’être une entreprise de l’économie sociale et solidaire! L’année dernière la loi  Hamon a créé un statut pour les entreprises ayant un statut social et économique, l’ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) et pour cela il faut respecter certains principes. Par exemple que l’entreprise ne partage pas plus de 50% des dividendes ou que le salaire du dirigeant ne soit pas plus de dix fois supérieur au plus bas salaire de l’entreprise afin d’éviter les trop grands écarts. Malheureusement tous les décrets ne sont pas encore créés et l’objet de l’entreprise doit avant tout être l’environnement social. Pour nous, il faut aller plus loin que cette loi, c’est pourquoi nous avons nos propres statuts. On désire réellement être exemplaire, c’est à dire bien faire les choses dans ce secteur en se focalisant sur l’humain.

Je crois que cette focalisation se ressent dans l’ensemble de votre fonctionnement n’est ce pas? 

Comme je le disais juste avant, on rencontre souvent de mauvaises pratiques dans le secteur du nettoyage. C’est un constat. Le but est de prendre tout le fonctionnement d’une entreprise normale et d’y implanter étage par étage l’éco-responsabilité et la RSE.  Des produits nocifs pour les employés sont remplacés par des produits issus de la bio-technologie, efficaces et naturels. Nos sous-traitants sont éco-responsables. Nos employés se déplacent dans les entreprises proches de leur domicile. Le matériel est étudié pour éviter les troubles musculo-squelletiques, légion dans un milieu tel que le ménage et surtout nous ne faisons le nettoyage qu’en journée.

C’est vrai que la plupart du ménage dans les entreprises est effectué le soir ou la nuit. 

Tout à fait. C’est ce qui accentue la pénibilité d’un travail déjà difficile. En France il y a environ 500000 personnes qui travaillent dans le secteur du ménage. Une bonne partie, environ 40% , nettoie principalement les bureaux et vit une forme de calvaire. Ces personnes se lèvent très tôt et se couchent très tard car on ne veut pas que les employés des entreprises soient dérangés. Très peu de gens sont donc à temps plein et décident de faire du travail au black pendant la journée pour pouvoir subsister. C’est inadmissible. C’est pourquoi on propose de revenir à une visibilité de la personne qui fait le ménage tout en respectant la tranquillité des employés de l’entreprise-cliente. On adapte le travail en fonction des emplois du temps de l’entreprise. Ca peut paraitre fou mais par exemple chez Danone, 100% des sites sont nettoyés de jour. Il suffit de bien s’équiper et observer comment l’entreprise fonctionne pour que les hommes et femmes de ménage ne soient plus les fantômes de la nuit mais de réelles personnes qui méritent le respect!

Les entreprises-clientes aussi sont gagnantes.

Exactement. En plus d’apporter une image éco-responsable à leur entreprise, des questions de coût sont également en jeu. Non seulement le produit écologique n’est pas plus cher mais par notre fonctionnement des économies peuvent être faites. Si on réfléchit, ne plus devoir allumer la nuit les bureaux réduis la facture d’électricité de manière significative. Nous aussi à la fin on est gagnant. On donne à nos clients la satisfaction d’un travail bien fait et économe tout en sachant que nos employés sont traités avec respect.

Pour toi au final, quel est l’avenir du RSE? 

Les choses commencent à changer grâce à de grandes entreprises. Mon souhait est tout simplement que la RSE n’existe plus car cela voudra dire qu’elle est logique au sein de l’entreprise. L’économie solidaire sera un jour appelée économie!

La culture sauvage pour Noureddine? 

« Je pense au Quai Branly. Les premiers hommes ou même le fauvisme. »