Après Saint-Amour en 2016, le duo Kervern-Delépine fait son retour avec I Feel Good, une comédie sociale cynique à souhait et portée par un Jean Dujardin en grande forme. Le comédien s’est mis dans la peau de Jacques, un looser qui veut devenir riche. Il passe donc son temps à chercher l’idée de génie qui lui permettra de toucher le pactole sans faire grand-chose. Lorsqu’il est contraint de s’installer dans la communauté Emmaüs où travaille sa sœur Monique, il se retrouve confronté à une autre vision de la société qu’il ne comprend pas et qu’il voudrait changer. Pour cela, il se lance dans le business de la chirurgie esthétique.

I Feel Good, c’est avant tout l’histoire de cette communauté Emmaüs de Lescar-Pau où les réalisateurs ont choisi de poser leurs caméras après avoir été accepté par les compagnons du lieu. « Avant même le début du tournage il y a eu un certain nombre d’interactions et d’imbrications entre nos deux mondes. Les compagnons ont vu que nous n’incarnions pas le Cinéma, avec son glamour et son strass, et ils ont vu que la plupart de nos métiers étaient des métiers manuels », explique d’ailleurs Benoît Delépine.

En utilisant le personnage détestable de Jacques, le film cherche à faire rire autant qu’il veut mettre en lumière ce village où les plus isolés tentent de vivre autrement. D’un côté il y a la vénération du capitalisme que Jacques incarne à outrance. Son seul but est de devenir le nouveau Bill Gates en inventant quelque chose qui ressemble « au Rubik’s cube ou aux séries américaines ». Vaste programme. Jean Dujardin incarne à merveille ce bon à rien aux répliques toutes plus absurdes les unes que les autres et y insuffle une humanité qui se révèle au fur et à mesure.

© Ad Vitam

De l’autre côté, il y a ces piles de vêtements, de meubles et ces maisons faites de bric-à-brac. Cette cantine qui nourrit les plus démunis. Un mode de vie alternatif qui n’en a que faire des Rolex ou des villas aux prix indécents. Les compagnons qui apparaissent dans le film ne sont pas des acteurs – sauf la toujours excellente Yolande Moreau et quelques autres fidèles du cinéma des deux anciens de Groland – et c’est leur quotidien qui est montré à l’écran. Le film se révèle donc très touchant par sa manière de filmer cette population mise à l’écart. Sans jamais en rire, il met en avant sa générosité et nous incite plutôt à prendre exemple sur elle.

Pour Benoît Delépine, « ce que le film essaie de dire, c’est qu’il y a peut-être une voie possible à travers ces petits groupuscules humains qui s’aiment et se respectent. » Après avoir vu I Feel Good, on a bien envie de le croire et de fredonner la bande originale du film interprétée par Les Motivés en rêvant d’un monde meilleur (et pas d’une Pergola).