C’était l’une des séries les plus attendues de l’année. Sharp Objects, adaptée du roman Sur ma peau de Gillian Flynn, a débarqué sur HBO le 8 juillet dernier et s’est achevée dimanche, offrant une superbe conclusion à 8 épisodes intenses, sombres et prenants. Marti Noxon + Gillian Flynn + Jean-Marc Vallée + Amy Adams était donc une équation gagnante.

Bienvenue à Wind Gap, petite ville du fin fond du Missouri et ville natale de Camille Preaker, journaliste d’investigation qui se voit contrainte d’y revenir pour enquêter sur le meurtre de deux petites filles, Natalie et Ann. Elle doit cohabiter de nouveau avec sa mère, la glaçante Adora, et faire face à son douloureux passé.

Après avoir mené la barque de Big Little Lies avec brio, Jean-Marc Vallée a relevé le défi d’une nouvelle adaptation avec autant de talent. Entouré de Marti Noxon -créatrice, productrice et co-scénariste de la série – et de Gillian Flynn, il insuffle au show une atmosphère oppressante qui ne fait que monter crescendo. Un conseil : ne vous laissez pas décourager par le rythme lent des premiers épisodes. Vous verrez que ça vaut le coup de voir Amy Adams passer son temps dans une voiture et boire de la vodka dans sa bouteille d’Evian. La suite n’en sera que plus formidable.

À la réalisation et au brillant montage de Jean-Marc Vallée et de son équipe, s’ajoute la musique choisie avec soin par Sue Jacobs. Si l’on peut penser que chaque épisode commence par un nouveau morceau, il n’en est rien. Il s’agit en fait du titre « Dance and Angela », tiré du film Une place au soleil (1951), qui revient à chaque fois au générique dans une version différente. Un pari qui s’avère payant. Le reste de la soundtrack prend son importance via le personnage d’Alan, le mari d’Adora, dont les seuls moments de bonheur consistent à écouter sa musique au casque notamment la superbe bande originale des Parapluies de Cherbourg. Notons également que Jean-Marc Vallée a réussi à convaincre Led Zeppelin de lui offrir 4 titres et ce n’est pas un mince exploit.

© HBO

Il est désormais temps de revenir à Wind Gap et à ses habitants. Lors de son enquête, Camille retrouve ses « amies » d’enfance qui ne pensent qu’à avoir des enfants et à plaire à leur mari, des ados en manque de popularité qui feraient tout pour une citation dans le journal et le chef de la police qui ne veut pas d’une journaliste dans ses pattes. Mais surtout, elle retrouve Adora et sa demi-sœur Amma dans la maison où elle a grandi. Une maison où se concentre une violence extrême, sourde mais prête à exploser. Car Sharp Objects, c’est surtout l’histoire d’une violence féminine que personne ne veut voir et qui est rarement montrée. L’automutilation de Camille, la brutalité d’Adora et la provocation constante d’Amma sont représentées avec justesse et se révèlent terrifiantes. La lame de rasoir présente sur la couverture du livre de Gillian Flynn n’en finit jamais de fendre l’air et de menacer de s’abattre.

On peut remercier le prodigieux casting de la série qui donne aux personnages toute leur puissance. En tête, Amy Adams qui livre l’une des plus belles performances de sa carrière et Patricia Clarkson si parfaite en mère manipulatrice et dévorante. Un autre nom à retenir est bien sûr celui d’Eliza Scanlen, véritable révélation de la série. La jeune actrice australienne de 19 ans crève l’écran et devrait voir sa carrière décoller après s’être mise dans la peau d’Amma. On sait déjà qu’on la retrouvera au casting de Little Women de Greta Gerwig et cette perspective est fort réjouissante.

Sharp Objects nous invite à être attentif au moindre détail, à mesure que les indices s’égrènent progressivement et que les relations dévoilent leur vraie nature. À votre tour de plonger dans la noirceur de Wind Gap et n’oubliez pas de rester après le générique de l’épisode final car vous pourrez bien être surpris.