Le rythme entêtant de son tube Sober ne vous a certainement pas laissé indifférent. À l’occasion de sa performance à Afropunk Paris, on a rencontré une des nouvelles sensations britanniques du moment, Mahalia.

Tu as commencé ta carrière très jeune. Pourquoi avoir choisi la musique plutôt qu’autre chose ?

J’étais vraiment obsédée par la musique et ce qu’elle me faisait ressentir, et aujourd’hui c’est quelque chose que je transmets d’une certaine façon. Je veux que les gens ressentent ce que je ressens quand j’écoute de la musique. Mes parents sont tous les deux musiciens : ils chantent et mon père est aussi guitariste. Ils jouaient dans un groupe. Du coup, quand j’étais très petite, j’allais les voir en concert et c’était juste inévitable.

J’étais ce petit bébé qui regardait fixement la scène, qui les observait. Et je voulais juste faire ça. J’avais 7 ou 8 ans quand j’ai commencé à chanter et honnêtement ma famille voulait juste que je me la ferme… Quand je chantais, ma mère me disait : « Arrête Mahalia ! Je regarde la télé. » Et je devais aller dans une autre pièce… Mais ça m’a vraiment aidée. Je leur ai dit que j’allais leur prouver le contraire et que j’allais les épater.

Comment tu décrirais ton style tel qu’on le connaît aujourd’hui ?

Je l’ai toujours décrit et je pense que je le décrirai toujours comme de la Psycho Acoustic Soul. Si je le décortique : « Psycho » parce que ce mot a toujours eu un lien avec mes paroles et ma façon de ressentir la mélodie et mes chansons. Je suis toujours un peu excentrique et j’aime garder ces petites expressions typiques de Leicester (sa ville natale) dans ma musique. « Acoustic » parce que, même si je transitionne vers une production musicale davantage basée sur le son, je joue toujours de la guitare, je joue toujours du clavier, pas très bien mais j’en joue (rires).

Je veux garder ce côté live et fait-maison dans ma musique parce que je pense que, même si j’adore les sons un peu délirants, bizarres et planants, j’aime le son qu’un groupe fait en live. Et je veux être en mesure de les fusionner sans que ça soit agaçant. Et je dirai « Soul » tout simplement parce que maintenant que je suis plus âgée, je pense sincèrement que la soul coule dans mes veines. C’est ce que mes parents ont fait toute ma vie et c’est ce que j’ai écouté en grandissant. Aujourd’hui, écouter de vieux morceaux de soul est la seule chose qui me fasse sourire et me réchauffe le cœur.

« Psycho Acoustic Soul » c’était ma façon de dire à tout le monde qu’en fait on ne peut pas me mettre dans un genre. C’est pour ça d’ailleurs que je trouve ça un peu dure d’être catégorisée r’n’b parce que, même si je sais pourquoi les gens disent ça, et je le sais vraiment, il y a une partie de moi qui ne veut pas être labélisée de cette façon.

Et tu penses que tu as vraiment trouvé ton son ou tu restes ouverte à l’exploration d’autres genres et sons ?

Je pense que j’en ai trouvé les bases et je sais comment je veux qu’il soit. Mais avec le temps, c’est possible que j’ai envie d’essayer d’autres choses.

Beaucoup de gens t’ont découvert avec le titre « Sober ». Tu peux parler de cette chanson et de l’impact qu’elle a eu dans ta vie ?

« Sober » restera toujours l’un des moments les plus spéciaux de ma vie. J’étais tellement mal. J’avais 18 ans et je venais juste de revenir vivre à Leicester. Je sortais d’une relation et je me disais que ça n’aurait pas dû se passer comme ça. J’étais très triste et j’étais consciente de l’être.

Je pense que tout le monde connaît l’histoire des textos envoyés quand on est bourré. Je sortais mais au fond, j’étais vraiment triste.  Du coup, quand j’ai écrit Sober, j’étais en train de me dire : « T’es ok ! Réveille-toi, tu es ok ! ». Et quand je l’ai finie, j’étais plus ou moins toujours dans le même état, à ne pas savoir quoi faire. C’était pareil quand elle sortie. Je n’étais pas très heureuse. J’étais contente de la chanson et je l’aimais, mais je n’étais pas très bien. Et puis, ce n’était pas censé être le premier single. Ça devait d’abord être « Proud of me », et quand je suis allée à mon label, je leur ai dit que j’avais changé d’avis et que c’était « Sober ».

Elle est sortie et j’ai fait Colors. J’étais toujours dans l’état d’esprit que j’aimais cette chanson et que si personne d’autre ne l’aimait autant, ce n’était pas grave. Et d’un coup, elle a commencé à faire le buzz. Je ne peux pas comparer ce que ça m’a fait ressentir. Il y a un moment où tu sais que toutes les pièces du puzzle sont réunies et tu dois courir. J’ai l’impression de faire un sprint en ce moment juste à essayer de suivre… mais c’est une sensation incroyable ! 

Qu’est-ce qui a changé entre tes premiers EP, ton premier album et maintenant?

La situation est bien différente. Avec Diary of me, j’avais 12 ans quand ça a commencé et 18 quand ça s’est terminé. 6 années de mon adolescence qui sont passées comme 60. J’ai l’impression que c’était un autre monde. Alors que maintenant, de mes 18 à 20 ans, ce n’est pas si loin. Je pense que tout a pris un peu de maturité. J’apprécie l’indépendance que je trouve dans mon écriture aujourd’hui. J’apprécie ma propre compagnie. Ce qui est bien pour moi parce que je parlais toujours de combien j’aimais tel mec ou comment il me faisait me sentir mieux… Ce n’est plus le cas.

Tu as posté une vidéo sur Instagram il y a quelques mois qui abordait tes cheveux et le fait de porter des perruques. Peux-tu en parler et élaborer sur les raisons qui t’ont poussées à la faire ?

Quelqu’un m’avait tweeté : « Pourquoi tu portes des perruques ? ». Et je lui ai répondu : « Qu’est-ce que tu entends par là ? ». Cette personne a écrit : « Est-ce que tu hais tes cheveux ? ». Et je l’ai ressenti comme une provocation parce que je ne savais pas d’où ça sortait. En vrai, je sais d’où ça vient parce que le fait est que dans l’Histoire, les cheveux des femmes noires ne sont pas considérés comme chics ou à la mode.

Quand j’étais petite, je n’ai jamais vu d’afro. Mais je viens d’une ville où la population n’est pas du tout diverse. Du coup, je regardais mon afro et pensais que mes cheveux étaient bizarres. Ma mère est noire, et mon père est Irlandais. Il a des cheveux européens, lisses et fluides. Ma mère a les cheveux courts mais elle avait des dreads quand j’étais petite. Et moi, j’avais cette touffe de cheveux bouclés, une grosse afro et je lui demandais toujours pourquoi elle n’avait pas les mêmes cheveux que moi. Mais encore une fois c’est juste parce que je ne côtoyais ou ne voyais personne qui me ressemblait. Quand j’ai réalisé que ce n’était pas la beauté physique que je voulais voir, j’ai constaté la mienne.

Quand est-ce que tu t’en es rendue compte ?

J’avais 17 ans. Quand je me suis rendue compte que la musique était mon super pouvoir, je me suis sentie plus confiante et plus belle. Et ça m’arrive encore d’avoir cette phase, comme en ce moment, où je ne me sens pas super confiante. Je ne me sens pas bien. Mais, sans faire cliché, je pense qu’il y a plein de moments où tu réalises que la beauté c’est un sentiment intérieur.

À l’école, j’ai toujours été la fille un peu bizarre, celle avec les très gros seins (rires). Je n’ai jamais eu de ventre plat et je m’en fous. Ce n’est juste pas ma morphologie. Je m’aime et c’est tout ! 

Tu as changé ton look il y a environ 1 an. Est-ce que tu as senti ou vu une différence dans la façon dont les gens te perçoivent dans l’industrie et en dehors ?

Bien sûr ! Je pense que le blond me fait paraître plus âgée parce que j’ai toujours eu les cheveux bouclés. J’ai toujours été très naturelle, très peu de maquillage et je portais une salopette. J’étais la fille avec une guitare. J’ai eu ce style si longtemps que j’ai voulu faire quelque chose de drastiquement différent et voir ce que ça donnerait. Et j’aime ! J’aime le blond !

Pour continuer dans cette direction, sur la chanson « Proud of me », tu dis, et je paraphrase, que la célébrité et la publicité sont des maladies. Peux-tu développer ?

Quand je l’ai écrite, ce que je voulais dire c’est que je veux garder des morceaux de moi rien qu’à moi. C’était ma façon de dire : « Il y a des choses en moi que je ne veux que pour moi et pour personne d’autre ». Et quand je dis que la célébrité et la publicité sont des maladies, c’est juste parce que je trouve que c’est vraiment toxique, surtout maintenant parce que tout le monde peut prendre en photo tout le monde. Et tout le monde peut tout voir constamment. Je trouve ça assez triste !

C’est vraiment triste que mon frère grandisse dans ce monde, parce que j’ai grandi dans un monde où ça émergeait seulement. Je n’ai pas eu les réseaux sociaux toute ma vie. Et c’est difficile parce qu’on a vu des gens tombés. L’exemple parfait pour moi c’est Amy Winehouse. C’est d’elle dont je parle quand je dis que j’ai la voix d’une chanteuse sur vinyl. Je me souviens avoir vu une vidéo d’elle, et c’était un autre genre de célébrité il y a 10 ans. Mais je me souviens de cette vidéo de paparazzis qui la flashaient en plein visage, devant son appartement à Camden, qui est juste à côté de là où je vis. Et elle les regardait simplement faire…

Pour revenir à tes débuts et à l’écriture : est-ce que c’est une nécessité pour toi d’écrire à propos de tes expériences et de ton point de vue ? Il me semble que sur scène tu as dit que « Honeymoon » était la première chanson que tu as écrite qui n’était pas sur un garçon que tu as fréquenté. Peux-tu en dire plus ?

La plupart du temps, je m’inspire forcément de quelque chose. Il y a 2 jours, j’ai écrit une chanson à propos de la relation d’une amie avec son mec. Donc c’est toujours une expérience que je peux ressentir. Bizarrement, quand j’ai écrit « Honeymoon », j’étais assez triste à cause d’un mec mais la chanson n’était pas à propos de lui. Je voulais écrire une chanson qui parlait d’un gars que j’aimais bien et dont je ne voulais pas me séparer. Alors j’ai essayé d’écrire quelque chose qui n’était pas personnel, et ça a été très facile. J’avais juste l’impression de coller des mots ensembles et de les faire rimer.

Est-ce que c’est plus simple que d’écrire sur tes propres problèmes et expériences ?

Parfois. Je pense que quand il s’agit de tes propres problèmes, ça te prend plus de temps de sortir les mots, les bons mots parce que tu veux que les gens te comprennent.

Tu as fait une cover de « Surface » d’Etta Bond récemment. Est-ce qu’on peut s’attendre à une collaboration entre vous ou à un remix ?

Alors déjà, j’adore Etta Bond. Elle est géniale ! Le premier concert auquel je suis allée c’était elle. J’avais 13 ans. Je l’aimais, j’aimais tout ce qu’elle disait et je la trouvais super. Elle vient juste de sortir le remix de « Surface » et je devais être dessus, mais ça ne s’est pas fait… mais il vient de sortir et c’est génial. Un de mes amis, Joel Baker est dessus.

Aujourd’hui, tu joues à Afropunk. Qu’est-ce que ça représente pour toi d’être à ce festival et quelle est ta définition d’un Afropunk ?

Je n’en avais jamais entendu parlé jusqu’à ce que je joue à celui de Londres. Ma mère connaissait et m’a dit qu’il fallait que j’y joue. Et puis, j’ai eu l’occasion. Pour revenir à ce que je disais sur d’où je viens, la diversité et tout ça, ça fait du bien d’appartenir à quelque chose d’aussi puissant. Et être dans un lieu comme ici, où la diversité est célébrée, je trouve ça vraiment cool. J’ai vraiment adoré à Londres, en particulier, être entouré de ça, de cette culture, et l’absorber. J’aime l’idée que je puisse en faire partie et qu’on me demande de jouer.

Et tu penses que ça t’aide à être plus fière encore de ton héritage ?

Oui ! Et c’est tellement important pour moi en tant qu’enfant d’héritage mixte. C’est tellement important de connaître les deux côtés. Je pense que c’est aussi important en tant qu’artiste noire de faire des choses comme Afropunk. C’est crucial que les gens sachent que je suis à l’aise de le faire et que je le fais avec assurance. On vit à une époque formidable pour l’émergence d’incroyables artistes noir-e-s et on doit vraiment s’en féliciter.

Pour finir, est-ce que tu as un EP qui va sortir ? 

Oui, j’ai un EP qui sort en septembre.

Il a un titre ?

Je pense que oui mais je ne vais pas te le dire parce qu’il risque de changer. Mais, sur le concept, c’est un opus sur les 5 phases d’une relation.

Qui sont ?

Je vais te donner la liste des chansons, c’est plus excitant :

  1. One Night Only
  2. Honeymoon
  3. Surprise me
  4. That’s ok
  5. Good Reason

Du coup, ça commence par une relation d’un soir quand tu penses que c’est juste un soir et tu es très excitée. Et puis, tu arrives dans la seconde phase qui est celle de la lune de miel, où tu te sens bien. Vient la troisième qui est un plateau, une stagnation. Ma quatrième phase est la chanson « That’s ok », mais je ne suis pas encore sûre de l’enchaînement entre celle-là et « Good Reason ». Ça peut bouger. « That’s ok » grosso modo c’est la phase d’acceptation, le « Je dois m’en aller, mais ce n’est pas grave ». Et « Good Reason » c’est dire à la personne que : « Si tu me donnes une bonne raison pour que je reste, alors je repousse mon départ à un autre jour » ou « Dis-moi de rester, et je resterai ».