On connaît surtout Éric Judor pour sa capacité à nous faire rire. Il suffit de citer H, La Tour Montparnasse infernale ou Platane et des souvenirs de scènes cultes nous reviennent assez vite en tête. Dans Roulez jeunesse, le comédien change totalement de registre et livre une performance aussi étonnante que touchante. Dans ce premier long-métrage de Julien Guetta, il incarne Alex, un dépanneur automobile qui travaille pour l’entreprise de sa mère. Un jour, il croise la route de Prune avec qui il passe la nuit. Quand il se réveille, elle n’est plus là et il se retrouve avec trois enfants sur les bras…

Après ses deux courts-métrages Les Ventres vides et Lana Del Roy, Julien Guetta continue d’explorer le thème de la famille avec un film qui réussit avec brio les ruptures de ton. Si l’on commence avec une comédie plutôt classique qui met en scène un quadragénaire un peu loser, on glisse petit à petit vers le drame familial qui ressemble tout simplement à la vie, comme nous l’a fait remarquer Éric Judor lors d’une interview : « Ce qui m’a séduit dans le scénario c’est ce vers quoi ça tend. Ça fait un moment que je tourne autour de l’hyperréalisme et là Julien Guetta a écrit un film où on se marre et soudain on pleure. Et la vie est comme ça. Il ne s’agissait pas de faire une énième comédie d’un quadra avec des gamins. »

© Céline Nieszawer

Roulez jeunesse fait du bien dans le paysage des comédies françaises trop calibrées. C’est subtil, intelligent et ça ne se moque de personne. Si Julien Guetta a eu du mal à convaincre les financiers – car son projet « leur faisait peur » -, il a tout de même réussi à imposer son idée jusqu’au bout et à ne pas réaliser une « grosse comédie » où le happy end est obligatoire. On se marre, certes, mais l’émotion est également au rendez-vous surtout lors d’une scène particulièrement bouleversante peu avant la fin du film où Éric Judor est bluffant.

Le reste du casting est d’ailleurs tout aussi convaincant (Laure Calamy, Brigitte Roüan, Deborah Lukumuena…) et on parie que le jeune Ilan Debrabant est promis à une belle carrière devant le caméra. Roulez jeunesse, c’est la très bonne surprise ciné de l’été à voir dès le 25 juillet dans les salles.