D. Ace s’est fait connaitre grâce aux réseaux sociaux et ses freestyles décalés. Sa popularité grandissante lui a permis d’asseoir son statut de rappeur à part entière et de sortir un premier album Inévitable le 4 mai 2018 dernier. Le clip de son dernier hit « J’ai la flemme » est sorti le 28 juin dernier, l’occasion pour nous de le rencontrer.

Salut D. Ace. Pour commencer cette interview, on va te laisser te présenter; qui es-tu en quelques mots et peux-tu nous expliquer l’origine de ton nom ?

Salut, moi c’est D. Ace, j’ai 24 ans ! Je suis un rappeur originaire du 95, du Val-d’Oise. Ça fait à peu près un an et demi que je me suis lancé dans le rap. D. Ace ça vient du manga One Piece. C’est le nom d’un personnage que j’apprécie et dans lequel je me retrouvais assez. Du coup, quand je me suis lancé dans le rap, j’ai décidé de prendre son nom comme nom d’artiste !

On peut retrouver cette passion pour le manga dans tes musiques que ce soit dans les titres Mangas et Manga 2, les références ou alors ton rap en général qui est très imagé. Tu t’es d’ailleurs fait connaitre par des freestyles orientés second degré. Comment as-tu fait pour te détacher de cette image de « rappeur décalé » ?

C’est vrai que c‘était pas forcément évident au début, dans le sens où on ne savait pas vraiment ce que j’étais. J’étais à mi-chemin entre rappeur, youtubeur, viner, les gens ne savaient pas trop. Du coup, on me prenait plus pour un viner parce que les vidéos étaient plus virales que mes sons de base. J’ai ralenti la cadence des vidéos pour privilégier uniquement le contenu avec des vrais morceaux de rap. Au fur et à mesure les gens ont commencé à voir les morceaux à leur juste valeur. Ensuite j’ai annoncé l’album, j’ai commencé à faire des freestyles dans différents médias orientés rap, c’est là que ça a permis d’assoir mon statut de rappeur.

Aujourd’hui, on voit qu’il y a une certaine reconnaissance de ton travail, les médias spécialisés relayent tes dernières vidéos, tu as été invité dans le dernier épisode de « Rentre dans le Cercle ». Peux-tu nous parler de cette dernière expérience, comment s’est déroulé la prise de contact ?

En fait, c’est un membre de l’équipe de « Rentre dans le Cercle » qui m’a contacté. On a échangé et il m’a dit que Fianso – le rappeur Sofiane, créateur de l’émission – et toute l’équipe de Daymolition avaient regardé mes clips. Il m’a même cité des titres pour prouver qu’ils avaient checké mes sons. Ensuite, ils m’ont expliqué le déroulement, je lui ai dit que j’étais partant et ça c’est fait naturellement !

C’était une bonne expérience, t’es confronté à d’autres rappeurs. C’est comme une battle mais sans animosité. Chacun fait sa prestation, et c’est cool parce que tu rencontres d’autres personnes, donc tu peux ouvrir ton univers et élargir ton réseau. C’est pas comme dans un clip où tout est monté, etc. Là c’est vraiment du live, c’est spontané, tu montres qui tu es vraiment. Tu viens, t’as ton instru, plein de gens autour de toi qui te connaissent peut-être pas et tu poses. Tu dois montrer que tu mérites ta place !

C’est vrai que c’est un exercice compliqué, en plus le décor était un ring, ça montre qu’il faut y aller. Est-ce que tu as hésité à participer ?

Non non j’ai pas du tout hésité. Tu vois, qu’on aime ou qu’on aime pas, c’est une chose. Maintenant je sais que je sais rapper. À partir du moment où tu sais ce que tu sais faire, il n’y pas à avoir peur de participer à une émission comme ça.

Cela témoigne d’une certaine assurance, qu’on peut retrouver dans ton album Inévitable. 17 titres, seulement 2 featurings, c’était un choix de ta part d’assumer ton premier album en grande partie seul ?

Voilà, exactement. J’arrive dans un milieu que je ne connais pas vraiment. Je ne cherchais pas à être adoubé ou à arriver sous l’aile de tel ou tel rappeur. Je voulais vraiment monter mon truc. Et concernant les deux featurings, ce sont des amis de longue date qui sont dans la musique aussi. Pour ce premier album, je suis arrivé en mode « je montre ce que je sais faire ». Après je ne suis pas du tout contre l’idée de featurings. Si un deuxième album se profile je pense qu’il y en aura.

À l’écoute de ton album, on voit vite que tu es un MC polyvalent, les prods diffèrent, tes flows aussi. Tu peux passer d’un kickage pur à un flow un peu plus « chanté ». C’est une volonté de ta part d’afficher cette polyvalence ?

C’est sûr ! J’ai abordé mon album en me mettant à la place de l’auditeur. Quand j’écoute l’album Inévitable, je veux pouvoir kiffer, trouver de la variation dans les titres, etc. Quand j’écoute un album ça me saoule si c’est tout le temps la même chose. J’ai volontairement varié les flows pour que les gens ne s’ennuient pas. Et c’était aussi pour moi l’occasion de me challenger, voir si j’étais capable de changer mes habitudes. C’est le meilleur moyen de progresser !

Justement, comment tu travailles habituellement ? Tu es plutôt du genre à adapter tes textes en fonction de la prod’ ou tu as besoin de la prod’ pour être inspiré ?

Je peux faire les deux. Mais pour cet album et habituellement, je préfère écouter l’instru d’abord. C’est elle qui va me donner une direction que ce soit pour le thème ou le flow, etc.

J’ai retenu plusieurs de tes chansons sur ton album dont « Inévitable », « Viking », « Petite Sœur », « Payer comptant » ou encore « Zouzou ». Concernant ce dernier titre, peux-tu nous expliquer ce que veut dire « être en zouzou » ?

C’est même pas une expression « populaire », c’est une expression qu’on aime utiliser avec mes potes. En fait, ça vient d’un journaliste congolais qui s’appelle Sankara Dekunta. Il avait interviewé Zidane dans les années 2000. Il était tellement content de voir Zidane qu’il dansait en posant ses questions. Et le truc, c’est qu’il ne savait pas prononcé « Zizou ». Donc pendant l’interview tu le vois danser, et dire « je suis avec le grand footballeur Zouzou ! ».  Quand le beatmaker John Kercy m’a envoyé cette prod’, ça m’a fait penser à cette vidéo.

À l’écoute de ton album on a le sentiment que tu te livres, que tu rappes à cœur ouvert. La musique est-elle un exutoire pour toi ?

Honnêtement, je pars du principe que la musique permet à des gens d’avoir une voix, une résonance. Pour moi, elle doit véhiculer un message qui t’es propre. Bien sûr ça reste du divertissement, mais je considère que ce divertissement doit être accompagné de messages. Donc j’aime bien délivrer des choses, parler de ce que je ressens, etc.

Dans cet album, même si je l’ai fait sur certains titres comme « Petite Sœur » ou « Le temps ne nous appartient pas », je n’ai pas non plus été vraiment introspectif. J’ai abordé des thèmes sérieux mais qui touchent tout le monde y compris moi, en gardant une certaine distance. Je pense qu’à l’avenir je serai beaucoup plus personnel dans mes titres.

J’ai vu dans une interview que tu avais beaucoup écouté Booba ou encore Ol’ Kainry. Peux-tu nous parler de tes influences ? Quels sont les MC qui t’inspirent ? 

Je suis un grand consommateur de rap français. Pour être honnête, je n’écoute pas beaucoup de rap US, parce que j’aime bien comprendre la nuance des textes.
Même si je parle anglais un minimum, je ne pense pas pouvoir comprendre leur double sens, leurs références, leurs métaphores, du coup je n’apprécie pas les textes à leur juste valeur.

Concernant les MC français que j’ai beaucoup écouté, il y a Booba forcément. Il est inspirant quant à sa longévité. Il a commencé dans les années 1990, il est toujours présent aujourd’hui. Il a une facilité à s’adapter aux époques. Qu’on apprécie ou pas, on est obligé de respecter le parcours. 
C’est vrai que j’ai beaucoup écouté Ol’Kainry aussi, j’aime beaucoup parce que je trouve qu’il a beaucoup de flow, il a un rap très imagé aussi, il a beaucoup d’humour, il est fan de manga, donc je me reconnais vraiment dans ses délires. J’aime beaucoup Youssoupha, je trouve qu’il a une très belle plume. Orelsan également. J’ai souvent écouté Kery James aussi, j’aime beaucoup. Plus récemment, Damso aussi.

Ce sont des influences très différentes, chacun des rappeurs que je viens de citer fait quelque chose de différent. Chacun apporte ses convictions, sa manière de faire, et tant que c’est bien fait, j’aime.

Pour ton second album, imaginons que tu dois faire venir un artiste pour un featuring de rêve, qui contactes-tu ?

Ça dépend… Si c’est pour un but commercial,  j’inviterais Rihanna. Parce que je sais que si j’ai Rihanna sur mon album ça pète. Après, si c’est purement artistique, Kendrick Lamar. Pour moi c’est le rappeur ultime dans le sens où il allie le fond, la forme, les visuels qui vont avec, il est complet.

Pour terminer, quels conseils donnerais-tu à nos lecteurs pour se lancer dans le rap ?

Question compliquée… Il y a énormément de trajectoires dans la musique. Ca dépend de ce que tu veux faire, quel public tu vises ou si tu veux faire des concerts ou des showcase. Le conseil de base que je donnerais c’est de faire ce qu’on aime, de ne pas se laisser influencer par la maison de disque, ton label, ton entourage, etc. Parce que si tu aimes ce que tu fais, si ça marche tant mieux, et si ça ne marche pas, tu n’auras pas de regrets. Et surtout l’entourage est très important, entoure-toi des bonnes personnes.


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