Hyphen Hyphen, ce sont les trois enfants terribles de la musique française. Ils se sont fait connaître avec des performances scéniques particulièrement énergiques et un premier album, Times, qui leur a valu une Victoire de la Musique en 2016. Cette année il sont de retour avec un second album, HH, sorti le 25 mai dernier. Nous avons pu les rencontrer pour la sortie de ce nouvel opus. Ils nous parlent de leurs nouveaux challenges, leurs influences et leur génération.

Votre premier album avait été fait pour la scène, et vous avez gagné une réputation grâce à vos concerts et votre talent pour enflammer les foules. Quel a été le challenge pour ce second album ?

Santa : De devenir le meilleur groupe ever sur album. Qu’il puisse exister en tant que tel et qu’on ait pas à rougir face aux grosses productions américaines.

HH est vraiment conçu comme un album studio, comment comptez-vous l’adapter et le défendre sur scène ?

Santa : On a commencé à le défendre sur scène et c’est génial. Comme les productions sonnent bien sur l’album, c’est hyper agréable de pouvoir les retravailler et les faire résonner encore plus fort sur scène.

On a pensé un show qui implique beaucoup plus nos corps, on a un show lumière qui est encore plus gros… Du coup ça habille aussi énormément le son. On a une nouvelle batteuse, Zoé, qui a une très très grosse frappe. J’adore cet album, il est hyper rugueux sur scène, presque urgent.

Vous avez composé et produit cet album vous-mêmes, pourquoi ce choix ? 

Santa : On avait envie de devenir des producteurs parce qu’on voulait notre propre son.

Line : Et aussi parce qu’on adore la production.

Santa : Oui, et on ne voulait pas être cet énième groupe qui travaille avec X ou Y à Paris. Je pense que créer son propre son c’est le prolongement de ta vision artistique, et je voulais pas le laisser à quelqu’un d’autre.

C’est un album qui vous ressemble davantage donc. 

Santa : C’est ça. Dans tout. On a eu envie d’avoir l’œil sur tout, et je pense que c’est une vraie liberté.

C’était quand même une prise de risque… 

Santa : Oui, mais on a toujours aimé joué avec le son. On avait déjà commencé avec le premier album, et sur le second c’était vraiment du jeu.

Line : On s’est vraiment éclaté à le faire.

Santa : On s’amusait, on était dans l’arrière du studio avec plein de synthés…

C’est aussi un album plus beaucoup plus violent et fougueux que le premier. Pourquoi ce choix ?

Adam : C’est venu assez naturellement en fait.

Line : Oui, on voulait quelque chose de plus direct en tout cas. On voulait pousser vraiment chaque direction à son maximum.

Santa : Et puis on avait aussi une espèce d’envie d’exploser. On bouillonnait, on avait l’envie de serrer les poings.

Votre première expérience sur l’album précédent vous a donné l’énergie et l’envie de faire plus ? 

Santa : Oui, et puis c’est aussi un contexte. On avait encore plus envie de prouver, de conquérir, d’élargir notre son et notre public. Ça passait aussi par les non-concessions et l’envie de pas avoir de regrets.

Vous dites que ce qui vous caractérise c’est l’excès, pourquoi choisir cette méthode d’expression ?

Santa : On est dans l’excès dans toutes les émotions. Je pense qu’on ne choisit pas, on le subit.

Adam : C’est quelque chose qu’on a en nous et qui nous a rapprochés. Ça se remarque aussi sur scène, où on se transcende totalement. On vit pleinement les émotions qu’on veut transmettre en tout cas.

Santa : Et puis ça nous libère de pouvoir en parler sur l’album, c’est parfois dur d’être toujours dans l’excès sans soupape.

Qu’est-ce qui vous a inspiré durant l’écriture de ces onze morceaux ?

Santa : Tout. Toutes nos vies. Y a de tout dans cet album, il est très personnel. Ça parle de notre sexualité, de ce qu’on vit, d’anecdotes très personnelles sur des relations qu’on peut avoir avec nos mères, des relations amoureuses déchues et celles qu’on a envie d’avoir, de libération, de drogue, d’envie d’oublier ensemble…

Et musicalement, où est-ce que vous allez chercher vos influences ? 

Santa : On se nourrit vraiment de plein de choses différentes. Et parfois c’est complètement cheesy, ça marche pas, mais on essaye quand même. Mais là on avait envie de quelque chose de très sensuel sur certains titres donc on est allé puiser dans le R’n’B, parce que c’est pour moi la meilleure manière d’être un peu cool et de pouvoir montrer tes plus beaux pas de danse. On a pioché aussi dans l’electro un peu rude, l’onirisme des Pink Floyd, dans tout ce qu’on aimait en fait.

Adam : Aussi dans tout ce qui était house, Moby…

Santa : Kanye West aussi, dans sa manière de juxtaposer les sons et les références et d’aller jusqu’au bout des idées pour créer de l’impact et des illusions sonores.

HH est justement un album aux multiples facettes, avec une juxtaposition de chansons très rythmées et pleines de rage et de mélodies plus douces, où ce sont les textes qui sont davantage mis en valeur.

Santa : Complètement, on voulait vraiment passer d’un extrême à un autre. C’est ce qu’on vit dans nos têtes, l’album c’est l’exact prolongement de nos cerveaux. C’est une chimie instable.

Dans vos textes on retrouve pas mal d’appels à la liberté en général, à la liberté sexuelle, au féminisme… Vous ne concevez pas la musique sans une part d’engagement ?

Santa : Pour moi c’est plutôt un non-engagement. On ne choisit pas qui on aime et on ne choisit pas sa génération non plus. On est de 1993, tout le monde dit qu’on est une génération un peu perdue… Je pense que c’est le cas mais je pense aussi que toutes les générations ont été un peu perdues à un moment donné. Ce qui peut donner un peu d’espoir c’est que justement, même si on est perdus, on est ensemble. On est les jeunes leaders de demain, et grâce à Internet on s’en rend de plus en plus compte.

Et justement quel regard vous portez sur cette génération ? Qu’est-ce que ça vous fait de voir des mouvements féministes, d’émancipation et d’acceptation de soi émerger un peu partout dans le monde ? 

Santa : Tant mieux ! Il faut que la parole se libère. Même si c’est parfois un peu mondain et que les gens utilisent ce créneau pour grossir leur fanbase Instagram.

Adam : C’est que du positif de toute façon. Ça peut aller que vers quelque chose de meilleur.

Line : L’important c’est que ça soit là.

Santa : La parole féminine qui se libère c’est vraiment quelque chose qu’on ressent de plus en plus. Surtout depuis qu’on vit à Paris.

Et c’est un mouvement auquel vous avez voulu participer ? 

Santa : En fait on n’a jamais eu vraiment la volonté d’y participer. On a écrit « Like Boys » par exemple il y a un an, et c’est un peu malgré nous qu’on fait partie de tout ça. Mais je pense que c’est comme dans tous les mouvements en fait, il y a un moment où tout se coordonne à l’international.

Adam : C’est quelque chose qui se passe et qui t’englobe sans que tu le veuilles vraiment.

Quel message vous voulez faire passer à votre public et à la jeunesse en général avec ce nouvel opus ?

Line : Juste d’être soi-même.

Santa : Libérez-vous ! Et n’ayez pas honte de vos failles. Je pense qu’au contraire ce sont les failles qui font les forces.

Depuis le début de votre carrière, quelle a été la plus grande leçon que vous ayez apprise ?

Santa : Le plus important c’est d’avoir toujours trois objectifs d’avance. De pas se contenter de ce qu’on a et de toujours vouloir plus. La vie est un perpétuel crescendo.

Quel conseil vous donneriez à un jeune artiste ?

Santa : D’oser. Et de pas avoir peur, parce que c’est ce qui crée le regret, et y a rien de pire que ça.


Ecoutez HH, le nouvel album d’Hyphen Hyphen