La 71e édition du Festival de Cannes s’achevait samedi dernier avec un palmarès sans grande surprise mais qui offrait une belle Palme d’or à Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda et une Caméra d’or amplement méritée pour Girl, le premier film de Lukas Dhont. Après 11 jours intenses de festival, quels sont les vrais moment à retenir ? On fait le bilan.

Girl power

Après l’affaire Weinstein qui a éclaté en octobre dernier et les différents mouvements comme Time’s Up qui se sont créés à la suite du scandale, on attendait le plus grand festival de cinéma du monde au tournant. La première bonne nouvelle était la nomination de Cate Blanchett en présidente du jury et la sélection de jurés totalement paritaires. L’autre événement marquant était la montée des marches des 82 femmes du monde du cinéma. Pourquoi 82 ? C’est le nombre (effrayant) de réalisatrices qui ont été sélectionnées à Cannes depuis la création du festival contre 1688 hommes. Ça se passe de commentaire.

Enfin, pendant la cérémonie de clôture, le discours poignant d’Asia Argento a permis une belle piqûre de rappel à toutes celles et ceux qui auraient préféré oublier le scandale. « Parmi vous, dans le public il y a ceux que l’on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n’importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous, nous savons qui vous êtes. Et nous n’allons pas vous permettre de vivre dans l’impunité. »

Des sélections parallèles réjouissantes

Si les films sélectionnés en compétition officielle n’envoyaient pas forcément du rêve, c’est du côté des sélections parallèles qu’il fallait se tourner. Exit les films déprimants en noir et blanc de plus de 4h (on n’a rien contre Les Âmes mortes mais 8h c’est un peu long) le Festival sait aussi se marrer, surtout à la Quinzaine des réalisateurs. Le monde est à toi et En liberté ! ont fait rire aux éclats les festivaliers (nous y compris) et ont fait souffler un sacré vent de fraîcheur sur la Croisette. Gilles Lellouche et son Grand Bain ont également bien dynamisé l’hors compétition du Festival.

Dans un autre registre, Un Certain Regard a permis l’émergence de vrais talents et la découverte de films aussi bouleversants que réussis. On pense à Girl, Les Chatouilles ou encore Rafiki, premier film kenyan a être sélectionné à Cannes.

© Studio Canal

Le retour de Lars Von Trier et Gaspar Noé

On ne pouvait pas évoquer cette 71e édition sans parler du retour de Lars Von Trier sur le tapis rouge. Déclaré persona non grata en 2011 à la suite de ses propos très maladroits lors de la conférence de presse de Melancholia, le réalisateur danois s’est vu retirer ce statut et a pu ainsi présenter son dernier long-métrage The House that Jack Built en hors compétition.

Si certains sont partis de la salle lors de la projection officielle, rien n’est pourtant très insoutenable dans cette histoire d’un serial killer interprété à merveille par Matt Dillon. C’est certes provoc’ et dérangé (mais on ne pouvait pas s’attendre à autre chose de la part de Lars Von Trier) le propos reste intelligent et certains plans sont sublimes.

Un autre enfant terrible du cinéma était de retour sur la Croisette. 3 ans après avoir présenté Love en séance de minuit, Gaspar Noé revenait avec Climax sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. On ne savait que très peu de choses sur son nouveau projet mais on a été agréablement surpris de découvrir un trip halluciné qui vaut clairement le coup d’œil.

Passion Cate Blanchett

C’est en toute objectivité que l’on déclare Cate Blanchett présidente du jury la plus classe du Festival de Cannes (et déesse de l’univers, n’ayons pas peur des mots). On a des exemples ici et ici, et et puis quand même aussi . On comprend pourquoi Kristen Stewart était autant fascinée par l’actrice.


(Re)découvrez le Palmarès entier :

Palme d’or : Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda

Palme d’or spéciale : Le Livre d’image de Jean-Luc Godard

Grand Prix : BlacKkKlansman de Spike Lee

Prix d’interprétation féminine : Samal Yeslyamova dans Ayka

Prix d’interprétation masculine : Marcello Fonte dans Dogman

Prix de la mise en scène : Cold War de Pawel Pawlikowski

Prix du jury : Capharnaüm de Nadine Labaki

Prix du scénario ex-aecquo : Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro et Nader Saeivar pour Trois visages de Jafar Panahi.

Caméra d’or : Girl de Lukas Dhont

Palme d’or du court-métrage : All Theses Creatures de Charles Williams

Mention spéciale du court métrage : Yan Bian Shao Nian de Wei Shujun