On ne savait rien du projet jusqu’à l’annonce de sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs. Avant sa présentation officielle le 13 mai dernier, aucune image n’avait fuité, aucun indice sur la distribution. Simplement un logo en bleu blanc rouge et un titre : Climax. Gaspar Noé ne fait jamais les choses à moitié et pas d’exception à la règle ici. Un peu de mystère, beaucoup de provoc’, la recette reste la même mais fonctionne-t-elle encore ? 3 ans après Love, le réalisateur propose un trip chorégraphié aux allures de descente aux enfers qui se révèle particulièrement hypnotisant.

C’est bien connu, Gaspar Noé ne peut s’empêcher de faire des effets de style qui en agacent certains. Après une introduction qui annonce la fin, il pose sa caméra devant une télévision qui laisse apparaître les danseurs et danseuses qui feront le film. À gauche et à droite de l’écran, les DVD et livres empilés matraquent des références sans trop de subtilité. Salo, Un chien andalou, Possession ou De l’inconvénient d’être né de Cioran. Il n’est pas difficile d’imaginer à quoi s’attendre.

C’est après que le « trip » commence véritablement. On se retrouve dans une sorte de salle des fêtes où la troupe répète une chorégraphie. L’occasion pour Gaspar Noé de faire un premier plan-séquence incroyable où les corps se mêlent, se tordent, se déhanchent sur le morceau « Supernature » de Cerrone. Quand la danse s’arrête, le mouvement continue malgré tout. La musique ne s’arrête – quasiment – jamais non plus et électrise l’atmosphère de vibes des années 1990.

© Wild Bunch Distribution

Après une séquence un peu trop longue où les personnages parlent en binôme du sexe et de l’amour, Gaspar Noé balance un générique pour annoncer que la deuxième partie peut commencer. Fini de rigoler, les esprits et les corps ne contrôlent plus rien. Le cinéaste s’en donne à cœur joie : caméra qui tourne, qui se penche, qui nous met la tête en bas. Si c’est parfois excessif, ces effets fonctionnent à merveille pour certaines scènes.

Le directeur de la photographie Benoît Debie y ajoute également toute sa magie avec des lumières qui rappellent celles de Suspiria. Les couloirs se transforment en labyrinthe où le feu côtoie le sang. Mais on a connu Gaspar Noé beaucoup plus violent graphiquement. Pas besoin de détourner le regard, l’expérience se veut plus sensorielle. Le casting – composé essentiellement de comédiens amateurs – peut ainsi révéler tout son talent, particulièrement Sofia Boutella qui crève l’écran grâce à une performance hallucinante et magnétique.

Tourné en 15 jours dans l’ordre chronologique, en huis clos et sans scénario, le film reflète une très forte urgence de vivre. Si on avait envie de rejoindre la troupe au début, la suite nous incite plutôt à boire de la tisane et éviter à tout jamais les sangrias dans les salles des fêtes. Pour le reste, l’hypnose a fonctionné puisque le film fait encore son effet dans notre esprit quelques jours après la projection. Une réussite à retrouver dans les salles le 19 septembre prochain.